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« Panorama sur l’histoire des syndicats » par A. Graux, en souscription

mercredi 11 juillet 2012
Par
Union des Familles Laïques, Réseau Education Populaire

Je ne vous proposerai pas en cette veille de vacances le roman de l’été mais un investissement indispensable bien que modeste : il s’agit en effet d’avancer 20 € pour permettre la publication du « Panorama sur l’histoire des syndicats » écrit par Allain Graux, éd. Les points sur les i [1]. Pourquoi une souscription alors que rien d’équivalent n’existe ? Aucun éditeur ne serait donc prêt à prendre des risques pour un ouvrage aussi bien renseigné, peut-être par crainte que le sujet ne passionne pas un public suffisant ? Ou que la forme ne rentre pas dans les catégories habituelles de la monographie, de l’encyclopédie, de l’essai ou de la thèse ?
Puisque j’ai eu le privilège de lire son manuscrit, je voudrais d’abord situer l’auteur : d
épanneur d’ascenseurs, Allain Graux se syndique à la CGT en 1962 et devient rapidement secrétaire général de l’Union des métallos de la région parisienne, jusqu’en 1969. Il sera de nombreuses fois victime de la répression patronale avant de se stabiliser dans une entreprise dans laquelle son activité syndicale sera constante. Adhérent du PSU, puis du PCF et du PS (de 1977 à 2005), puis à PRS, il milite à présent au Parti de Gauche en Côte-d’Or. C’est à l’Université de Bourgogne que, retraité, il approfondit sa connaissance du mouvement syndical pour rédiger ce « Panorama ».
Les deux tiers de l’ouvrage sont consacrés aux neuf principaux syndicats « généralistes » actuels : CGT,
FO, CFTC, CFDT, Solidaires, CGC, FSU, UNSA, CNT. Avec, nécessairement, pour comprendre les évolutions et reclassements, de longs développements sur les périodes de rupture comme la création de la CFDT, la perte d’adhérents de celle-ci à la suite de la réforme Fillion de 2003 et des départs vers SUD et la CGT.
Pour la compréhension de l’existant, le chapitre sur la Fédération de l’Education nationale (FEN) est particulièrement riche : les conflits ont été permanents de 1971 à 1992, année des exclusions, non seulement sur des bases idéologiques mais sur les projets éducatifs, pour conduire à partir de 1993 à la constitution de la FSU et de l’UNSA.
Pour chacune des centrales, des syndicats, l’auteur recourt à toutes les sources possibles : présentation des mouvements par eux-mêmes, résultats des élections prud’homales[2] ou de comités d’entreprise, notices biographiques des principaux dirigeants, déclarations phares, chronologie des événements, mode de fonctionnement, sociologie et chiffrage de l’adhésion. Tout ceci étant subordonné à la capacité des organisations de renseigner le chercheur en fournissant leurs chiffres… L’analyse des prises de position sur les grandes réformes sociales des dernières décennies et les enjeux de société (y compris l’Europe et la laïcité) n’est pas évitée.
Outre les dix organisations mentionnées ci-dessus on trouvera également des développements sur le syndicalisme étudiant (l’UNEF) et sur le syndicalisme international dont j’extrais le tableau suivant pour montrer que l’affaiblissement de la mobilisation syndicale ne frappe pas seulement la France, en rapport clair avec
l’offensive néolibérale des années 1980 :

année

Suède

Italie

G-B.

Allemagne

Espagne

France

Etats-Unis

1970

67,7 %

37 %

44,8 %

32, %

21,7 %

23,5 %

1980

78

49,6

50,7 %

34,9 %

12,9 %

18,3 %

19,5 %

1990

80,8

38,8

39,3 %

31,2 %

12,5 %

10,1 %

15,5 %

2000

79,1

34,9

29,7 %

25, %

16,1 %

8,1 %

12,8 %

2004

74

34

29 %

23 %

15 %

10 %

12,3 %

Source : Jelle Visser, “Unionmembeship statistics in 24 countries , in Monthly labor review,janvier 2006

Les enjeux de la mondialisation sont bien évoqués : « Faut-il politiser davantage les luttes syndicales contre les effets néfastes du néolibéralisme à l’échelle mondiale, pour une amélioration des conditions de travail et de vie, et pour cela construire des alliances avec le nouveau mouvement politique mondial, altermondialiste, et les syndicats des pays du Sud, en affirmant davantage les rapports de classe et l’identité des salariés, avec une solidarité internationale mieux affirmée, des actions à des échelles internationales et mondiales ? »

On appréciera aussi les développements consacrés aux syndicats « indépendants » c’est-à-dire « jaunes », en particulier dans l’industrie automobile, et l’historique du mouvement syndical français avec le rappel de documents fondamentaux comme la réponse de J. Guesde concernant la grève (Le Socialiste du 16 octobre 1892), la Charte d’Amiens de 1906 ou encore les positions des « Lip » post-68.

La partie la plus prospective de l’ouvrage reste concentrée dans les chapitres sur « La représentativité » et sur « Le dialogue social ».:

  • La loi du 25 juin 2008 (« portant modernisation du marché du travail » signée par quatre syndicats – CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC mais non la CGT – et qui comporte des enjeux importants à l’horizon 2013 : FSU, Solidaires et l’UNSA, exclus jusqu’à nouvel ordre de cette représentation peuvent estimer que « les nouveaux critères permettent de s’implanter dans les entreprises mais ferment la porte de la représentativité interprofessionnelle »);
  • celle du 5 juillet 2010 relative à la rénovation du dialogue social dans la fonction publique (mise en oeuvre des accords de Bercy, conclus le 2 juin 2008, non signés par FO et la CFTC : 8 organisations représentées au Conseil supérieur de la fonction publique de l’État ).

Ces textes sont analysés avec pour conclusion : « Désormais, aucun syndicat ne sera plus présumé représentatif de manière irréfragable : c’est le critère objectif de l’audience du syndicat auprès des salariés qui est le critère essentiel de la démonstration de la représentativité. »

Sur le contexte néolibéral conduisant à la régression sociale, les dernières pages sont sans ambiguïté. Si, sans manier pour autant la langue de bois, Allain Graux reste discret sur les failles de la Confédération dont il est issu, on sent dans son propos en filigrane l’obsédante question des rapports entre les syndicats et les partis, jamais résolue (et pourquoi le serait-elle ?), ainsi que les questions que la gauche de gauche se pose déjà mais doit surtout faire partager aux travailleurs de tous horizons partout où elle le peut…

Pour finir, un seul réflexe : commander cet ouvrage dont je peux vous assurer que vous retirerez information et matière à réflexion militante.

[1] Télécharger le bon de réservation pour commander l’ouvrage.
[2] Elections prud’homales du 3 décembre 2008 (Source
Institut supérieur du Travail)
Taux de participation : 25.5 %
CGT : 33.8% + 1,6 %
CFDT : 22.1% – 3%
FO : 15,9% – 2,3%
CFTC : 8.9% – 0,7%
CFE-CGC : 8.2% + 1,2% – Première place chez les cadres devant la CFDT, avec 27,9%.
UNSA : 6.2% + 1,2%
Solidaires : 3.8 % + 2,3% – Plus que le doublement de son résultat précédent.

Par
Union des Familles Laïques, Réseau Education Populaire

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