Reconstruire la Gauche

Qu’est-ce qui est le plus important pour 2012 : les principes, le programme, le modèle politique, les couches sociales qui soutiennent le proje ou le candidat ?

vendredi 20 mai 2011
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Voilà la question que ne se pose pas les grands médias, fascinés qu’ils sont par les esthétiques royales, cléricales, extrême-droitières et par les grands destins individuels censés diriger le monde. En fait, toute leur prose, toutes leurs images, sont portées par cette fascination esthétique ou par leur tentative d’expliquer l’évolution du monde uniquement portée par des destins individuels. A la question posée dans le titre de cette chronique, ils répondent tous en cœur : “le candidat, bien sûr !
Vous me direz que force est de constater qu’une partie des citoyens formatés par cette pensée conformiste entonnent en cœur, c’est tel ou tel candidat qui peut changer les choses. Et bien non, aucun candidat, aucune individualité n’a changé quoi que ce soit dans l’histoire sans qu’intervienne d’autres causes et d’autres déterminants. C’est pour cela que pour combattre cette idée chez certains citoyens voire certains militants et responsables politiques, il convient de développer sur grande échelle des cursus de cycles de conférences afin de donner corps à la célèbre phrase de Jean Jaurès : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques…». Le peuple et les militants sincères des organisations n’ont rien à gagner aux pratiques sectaires d’organisations ou de chapelles, aux pratiques d’exclusions anti-démocratiques et anti-républicaines, aux pratiques de « salissement » des autres militants, aux pratiques de destruction des individus physiquement ou moralement (type Affaire Dreyfus ou Affaire Maurice Kriegel-Valrimont ou comme tant d’autres y compris aujourd’hui même1 ).
Et bien à ReSPUBLICA, nous pensons que c’est l’ensemble « les principes,le programme, le modèle politique, les couches sociales de soutien et le candidat » qui est important. Oublier l’un des points de l’ensemble est de croire à la surplombance de l’homme sur les déroulement de l’histoire ce qui n’est pas notre pensée à ReSPUBLICA. Nous pensons qu’un candidat doit incarner « les principes, le programme, le modèle politique, les couches sociales de soutien » mais pas les remplacer.

Le débat sur les couches sociales relancé au sein du PS

Deux publications viennent corroboré ce que ReSPUBLICA dit depuis des mois. La ligne de classe passe au sein de la gauche et même au sein de la majorité du Parti socialiste :

  • La fondation Terra Nova, animé par Olivier Ferrand, maire-adjoint d’une commune des Pyrénées orientales vient de publier « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ? ».
  • Le livre « L’Equation gagnante » est cosigné par Laurent Baumel, maire de Ballan-Miré (Indre-et-Loire), et François Kalfon, conseiller régional d’Ile-de-France, tous deux membres du secrétariat national du PS, l’un chargé des relations internationales, l’autre des études d’opinion.

Pour la Fondation Terra Nova, la victoire de la gauche en 2012 n’est possible que si elle parvient à améliorer son score électoral dans les catégories qui votent traditionnellement pour elle : les diplômés, les jeunes, les minorités, les non-catholiques et les habitants des villes-centres. Il s’agit en fait pour Terra Nova de refaire la campagne d’Obama en France. Et sur ce socle, il convient d’élargir au reste des couches moyennes. Pour Terra Nova, le fait que les couches populaires adhèrent au discours de gauche sur le social mais se rapprochent culturellement du refus de voter ou de l’extrême droite sur le plan culturel suffit à justifier qu’il faille les ignorer comme aux Etats-Unis. Et de pousser le PS de travailler à une fiscalité favorable aux couches moyennes et à leur volonté d’épargne pour toucher les femmes et les habitants des grands centres urbains. Pour bien fixer cette nouvelle ligne, Olivier Ferrand va jusqu’à en reprendre le vocable : les outsiders sont à opposer aux insiders. Parler aux couches populaires pour Terra Nova cela revient aujourd’hui à renier ses valeurs en faisant du “social-populisme”. Il justifie cela en disant que le parti travailliste néerlandais (PvdA) a fait ce chemin et s’est retrouvé à 13% aux élections. Pour compléter le tableau, il estime que les personnes âgées sont obligatoirement de droite et que c’est peine perdue de leur parler.
Ils oublient que les couches moyennes intermédiaires salariées représentent 24% de la population, que les cadres salariés seulement 15% et que les couches moyennes non salariés entre 3 et 4% au grand maximum.

Les co-auteurs de « L’Equation gagnante » estiment quant à eux, que c’est l’électorat populaire (53% de la population) qu’il faut conquérir. Ceux qui ont pu être séduit par Sarkozy ou les Le Pen, ceux qui s’abstiennent et ceux qui forment l’électorat populaire chez les personnes âgées2 . En fait, ils reviennent à la stratégie électorale de François Mitterrand pour 1981 de parler aux travailleurs et aux retraités en faisant remarquer que le poids électoral des retraités est au moins trois fois plus élevé que celui des jeunes.

Bien évidemment, nous estimons que la thèse de Terra Nova prépare le prochain départ de la gauche vers la droite. Mais si nous partageons la thèse de François Baumel et de François Kalfon, nous leur disons que cela ne suffit pas. Si vouloir faire en France du Obama (thèse de Terra Nova) est une pure hérésie, le retour à François Mitterrand ne suffit pas car le monde a changé. Déjà François Mitterrand en suivant Jacques Delors contre Laurent Fabius en 1982 sur l’affaire du serpent monétaire européen a engagé le tournant libéral qui fut l’amorce du fossé entre la gauche et les couches populaires. Puis, aujourd’hui, « parler aux couches populaires » demande de rompre avec les politiques néolibérales, de prendre les principes de la république sociale, son modèle politique avec les quatre ruptures démocratique, laïque, sociale et écologique, un programme qui engage au minimum le desserrement de l’étau de l’Union européenne et de l’Euro, la fin de l’ « indépendance de la banque centrale européenne et des banques centrales nationales » pour pouvoir être crédible auprès des couches populaires qu’elles soient en activité ou à la retraite.

  1. Il a fallu près de 10 ans pour que Dreyfus soit innocenté, il a fallu plus de 30 ans pour qu’un responsable du PCF admette le mensonge du PCF sur Maurice Kriegel-Valrimont, et combien aujourd’hui sont dans le même cas dans de nombreux pays et dans de nombreuses organisations… []
  2. Pour mémoire, chez les plus de 65 ans, le différentiel  de voix entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au deuxième tour de la présidentielle de 2007 avait atteint de 3 millions de suffrages, soit plus que le différentiel final ! []
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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