Histoire

Quand Habiba Menchari réclamait l’abolition du voile

vendredi 11 février 2011

Serge Moati, journaliste et animateur de télévision, et français d’origine juive tunisienne, relate dans, Villa Jasmin1, son autobiographie romancée, un événement singulier qui eut lieu, au cours d’une conférence organisée, vers 1930, à Tunis, par l’Essor, une association culturelle de gauche, à laquelle son père, socialiste, libre penseur et laïque avait été convié.

Une femme tunisienne, Habiba Menchari, prit la parole à cette occasion pour réclamer l’abolition du voile, imposé aux femmes musulmanes, puis s’était soudainement découverte. Une telle audace était impensable à cette époque ! Promptement, le père Moati soutint énergiquement la jeune femme au nom des idéaux universalistes, qui étaient les siens.

Tout aussi promptement, un jeune avocat prit lui aussi la parole, mais pour s’opposer avec fougue à l’abolition immédiate du voile pour des raisons de priorité politique.

Le voile fait partie selon lui de la personnalité tunisienne, personnalité qui constituait le dernier rempart de résistance au colonialisme français. Plus tard, dans une Tunisie indépendante et laïque, les Tunisiennes seront libres de l’enlever.

Mohamed Noman, journaliste dans Tunis socialiste, organe du Parti socialiste tunisien, lui répliqua avec virulence en le traitant d’hypocrite, et en lui reprochant son mode de vie à l’Européenne et le fait que sa femme, qui était française, n’était pas tenue, elle, à le porter… tandis qu’il voudrait le maintenir pour les musulmanes. Les débats n’ont alors pas manqué de s’envenimer. Ce jeune avocat s’appelait Habib Bourguiba. Celui-ci était marié à une Tunisienne d’origine européenne avant d’épouser Wassila.

  1. In Serge Moati, Villa Jasmin, roman, édition Fayard, Paris, 2003. Ce roman fut adapté au cinéma, Villa Jasmin, par son compatriote, le réalisateur, Férid Boghedir. []
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