Chronique d'Evariste

Que veut dire le mot “culture” ? Que veut dire mener la bataille pour “l’hégémonie culturelle” ?

lundi 10 mars 2014
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Dans le langage philosophique et politique, la culture relève de l’acquis et non de l’inné. La culture est la sédimentation par couches successives d’éléments d’idéologie, dominante ou pas, qui ont fait l’histoire de la société.
Pour un groupe de personnes ou pour une nation, la culture est ce qui est commun à ce groupe de personnes ou cette nation. Il s’agit donc de l’ensemble des valeurs et des idées du groupe ou de la nation. Pour le philosophe marxiste Antonio Gramsci (1891-1937), la culture est organiquement liée au pouvoir dominant.
Pour lui, si le pouvoir bourgeois tient, c’est moins par sa « main de fer «  que par son emprise sur les représentations culturelles analogiques de la masse des travailleurs. Cette hégémonie culturelle bourgeoise sur les travailleurs amène les « dominés » à adopter la vison du monde bourgeoise comme « allant de soi » : ils seront ainsi conduits, par exemple, à accepter l’idée qu’il faut « baisser les cotisations pour augmenter la compétitivité des entreprises », qu’il faut « une concurrence libre pour aller vers le progrès », que « il faut baisser les impôts et les dépenses publiques », que « l’Etat est un mauvais gestionnaire », que « le marché s’autorégule », que « le capitalisme est la fin de l’histoire », que « ce que disent TF1 et France 2 est la vérité », que « la laïcité n’est pas un principe universel puisque le mot n’existe pas en anglais », que « la démocratie c’est uniquement le suffrage universel », que « la liberté c’est la liberté pour tous, y compris du renard dans le poulailler, que « la solidarité c’est la même chose que la charité », que « il n’y a que les patrons qui peuvent diriger », etc.
Voilà pourquoi il faut marcher sur ses deux jambes. Avec la première jambe : mener, autour des couches populaires ouvrières et employés, en travaillant à son alliance avec les couches moyennes intermédiaires, la lutte économique et politique, car c’est l’économique qui est déterminante en dernière instance. Avec la deuxième jambe : se battre pour conquérir l’hégémonie culturelle par l’éducation populaire.

La domination culturelle de la bourgeoisie s’effectue par les valeurs défendues par les églises, les partis, les organisations de travailleurs, de scientifiques, artistiques, les médias, etc. Pour « renverser la vapeur », il faut que, préalablement à la conquête du pouvoir, une nouvelle hégémonie culturelle voie le jour. Cela nécessite donc un travail culturel, idéologique, cela nécessite d’agir pour installer de nouvelles valeurs.Pour cela, une priorité doit être donnée à l’éducation populaire, qui est un travail culturel pour une transformation sociale et politique afin que chaque salarié et donc chaque ouvrier ou employé devienne acteur et auteur de sa propre vie. Cette éducation populaire doit principalement s’effectuer dans la société civile. Elle doit s’effectuer par la distillation des idées progressistes et révolutionnaires, d’abord dans les marges et les interstices, puis dans la société tout entière, par « un travail de taupe et de termites ». Elle appelle à combattre les intellectuels de la classe dominante, y compris ceux qui se cachent dans la gauche. Les intellectuels indépendants, mais liés organiquement aux travailleurs, se doivent d’armer la pensée de la classe populaire ouvrière et employée et de son alliée la classe moyenne intermédiaire, pour que cette alliance puisse elle-même mener la bataille idéologique et culturelle contre la bourgeoisie, son oligarchie et ses alliés.
Donc, tant que les militants et responsables politiques et syndicaux n’auront pas modifié leur façon de militer, en donnant une priorité à l’éducation populaire sous toute ses formes1, aucune transformation sociale et politique ne pourra avoir lieu. Sans quoi, ces militants et responsables politiques et syndicaux continueront à se plaindre qu’ils ne sont pas suivis, alors qu’ils ne le méritent même pas !

  1. Conférence traditionnelle, conférence interactive, conférence gesticulée, conférence populaire sans conférenciers, théâtre-image, théâtre-forum, ciné-débat, lecture d’articles et de livres, lecture-débat, flash-mob, processus de formation-recherche-action, etc. []
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