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Quel doit être notre objectif : croissance ou développement écologique et social ?

lundi 28 mai 2012
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Est-ce que la croissance pour la croissance suffit au bonheur des hommes et des femmes de la planète ? Voilà la question que l’on se pose face au leitmotiv du nouveau président François Hollande. Cette question mérite d’être posée car c’est un mot-valise qui peut susciter des espoirs mais qui va surtout produire de la déception, et cela très vite.
Tout d’abord, posons-nous la question : de la croissance pour qui ? Est-ce pour la bourgeoisie néolibérale ou pour les couches populaires (53 % de la population ayant travaillé ou travaillant) et les couches moyennes intermédiaires (24 %) ? Pendant les « 30 piteuses », c’est-à-dire les 30 dernières années (avec de nombreuses années de gouvernement de « gauche pas très à gauche »), la croissance s’est accompagnée de celle des inégalités avec la déformation du partage de la valeur ajoutée de 9,3 points de PIB par an (soit 186 milliards en euros 2010) et l’augmentation de la pauvreté (comme le montre la dernière étude d’ATD Quart monde). Ce point montrant l’acuité de la lutte des classes est central.
Ensuite, la croissance, qu’elle soit hollandaise ou pas, ne peut pas en elle-même résoudre la triple crise économique, financière et de la dette publique. D’abord parce qu’il y a crise de la profitabilité du capitalisme lui-même, que la crise financière a d’autres causes. Quant à la crise de la dette, il faut d’abord analyser le phénomène avant de faire croire aux miracles. On peut toujours mettre des cierges dans les églises pour résorber la dette mais de plus en plus de citoyens et de salariés deviennent au moins dubitatifs devant l’utilisation de slogans pour résoudre un problème social, économique, culturel et politique.
En première approche, on peut diviser la dette en trois parties inégales.

  1. Il y a de la bonne dette, celle qui finance ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins sociaux et écologiques des salariés, des citoyens et de leurs familles. Vive la bonne dette ! Il faut donc la rembourser !
  2. Il y a la dette produite par la crise financière et par le jeu de la patate chaude visant d’une part à transformer une dette privée inutile pour les citoyens en dette publique et d’autre part en la mutualisant de plus en plus, ce qui la fait “payer” par ceux qui n’en sont pas la cause. C’est de la mauvaise dette illégitime et il ne faut pas la rembourser !
  3. Puis, il y a la dette produite par les cadeaux fiscaux aux plus riches augmentant de façon inexorable les inégalités sociales. C’est de la mauvaise dette et il ne faut pas la rembourser !

Voilà pourquoi François Hollande devrait écouter le Collectif national pour un audit citoyen de la dette publique!
On a donc compris que pour résoudre la triple crise, il faut changer de paradigme et tourner la page du capitalisme lui-même en produisant un modèle politique alternatif1.
Nous ne passerons pas sous silence le fait que le développement passe aussi par une harmonisation sociale et fiscale européenne par le haut, l’accroissement de la démocratie nationale et internationale et par une internationalisation solidaire.
Nous ne passerons pas sous silence le fait que ce développement écologique et social implique une réindustrialisation forte de la France et de l’Union européenne.
Nous ne passerons pas sous silence que ce développement écologique et social passe par une modification des indicateurs de développement pour ne pas subir ad vitam la dictature du PIB qui augmente chaque fois qu’on pollue et chaque fois qu’une production inutile s’effectue !
Nous ne passerons pas sous silence que ce développement ne peut plus se concevoir sans une transition énergétique radicale avec un pourcentage de moins en moins d’énergies fossiles, de moins en moins d’énergie nucléaire de génération 2 et 3, de plus en plus d’énergies renouvelables et d’abord et surtout une diminution drastique des pertes de chaleur, notamment dans l’habitat.
Nous ne passerons pas sous silence que ce développement écologique et social ne peut plus se concevoir sans avoir une réflexion sur l’utilité des choses produites pour les citoyens, les salariés et leurs familles et donc sur la fin de la prééminence du profit dans les choix citoyens.
Nous ne sommes pas abusés par les oxymores de l’écologisme des « bobos » des couches moyennes supérieures (soit-disant radicalisées), tels que « décroissance heureuse » ou « sobriété abondante », qui visent à se détourner de la lutte des classes, seul moteur de l’histoire ; il nous revient donc de participer à la production d’un nouveau modèle alternatif – la République sociale – pour tourner la page du modèle néolibéral actuellement « épuisé ». Avec ses quatre ruptures (démocratique, laïque, sociale et écologique) et ses 10 principes (liberté, égalité, fraternité, démocratie, laïcité, solidarité, sûreté, universalité, souveraineté populaire, développement écologique et social). On est loin des incantations ecclésiales de François Hollande et de ses amis sur la croissance !

  1. C’est pourquoi le Réseau Education populaire (REP), près de 200 initiatives par an) a ouvert entre autres un cycle République sociale avec 26 conférences et des séminaires de cohérence correspondants. []
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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