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Quelle position internationaliste face aux événements au Venezuela ?

samedi 9 septembre 2017
Par
Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

Il convient sur ce sujet comme pour tant d’autres, d’user de méthode et faire une analyse concrète de la situation concrète. Nous proposons ici un article synthétique qui ne sera qu’un résumé succinct de notre position. Mais, vu la nécessité de la précision, nous vous proposons de nous permettre d’intervenir avec du temps long dans des initiatives d’éducation populaire refondée que vous pourriez organiser dans toute la France DOM compris. Nous aurons alors le loisir de développer et de vous donner tous les liens à la source de notre analyse.

1) Position des médias dominants

Jamais on n’avait été aussi loin en France dans la désinformation sur un conflit. Pour la première fois de l’histoire française, nous avons la quasi-unanimité des médias gouvernementaux néolibéraux et des grands médias privés non moins néolibéraux qui recyclent la position de la CIA étasunienne et des grands médias espagnols dont on sait que ces médias sont parmi les plus désinformatrices du monde occidental. Même les journalistes de ces grands médias en poste à Caracas ne sortent jamais de plus de quelques centaines de mètres de leurs hôtels de luxe de la capitale du Venezuela.

Finie la déontologie de l’information, finies les investigations au plus près du terrain. Un nouveau gap a été franchi depuis la sortie du film “Les nouveaux chiens de garde”.

Jamais il n’y a eu autant d’indulgence dans la presse face aux violences de l’extrême droite vénézuélienne,  largement financée par les services étasuniens. A aucun moment, la presse ne note l’alliance de la droite et de l’extrême droite!

Même une partie de l’ex-gauche de la gauche moribonde française prend ses sources dans ces médias. C’est du BHL, Kouchner puissance dix ! Ces “garimperos” vénézuéliens d’extrême droite sont présentés comme des démocrates luttant contre une dictature alors que c’est eux qui sont à l’initiative d’une majorité des morts lors des manifestations. La préparation médiatique est encore plus sophistiquée que dans le cas de l’Algérie des années 90 ou dans le cas plus récent de l’Ukraine où des néo-nazis se revendiquant comme tels ont été présentés par nos médias comme des démocrates à patte de velours.

A noter que 90 % des médias vénézuéliens sont des médias oppositionnels au président Maduro.

L’arnaque journalistique s’opère principalement par la technique de l’inversion qui utilise des images au montage en inversant la chronologie des événements et en en effectuant une légende contraire au réel. Grâce au documentaire de Kim Battley, qui a bénéficié de plusieurs prix internationaux pour son “La révolution ne sera pas télévisée”,  nous avons pu être mieux informés. Par ailleurs, une analyse détaillée de la propagande quotidienne en France a été faite par le site “Le vent se lève”.

2) Comparaison avec la déstabilisation chilienne de la période précédant le coup d’Etat d’Augusto Pinochet

Deux seules différences dans l’état actuel des choses. D’abord, et nous le répétons, il y a un gap réalisé dans le contrôle médiatique international que nous n’avons pas connu dans le début des années 70 et d’autre part, la direction de l’armée vénézuélienne reste aux cotés des présidents élus Chavez et Maduro bien que ce dernier soit un civil. L’action de ce point de vue de Diosdado Cabello, militaire nommé Vice-président du Venezuela du temps de Chavez et ancien président de l’Assemblée nationale, est semble-t-il déterminante.

3) Dix-neuf  élections et une défaite en moins de 20 ans au Venezuela, dont un référendum révocatoire gagné par le président Chavez

La situation s’est durcie après la victoire aux législatives de l’opposition en 2015 quand les leaders de la droite ont engagé des pratiques de type insurrectionnel pour prendre le pouvoir dans les 6 mois sans passer par les urnes. Ce qui explique que cette opposition a boycotté les élections de la Constituante du 30 juillet 2017, ce qui a conforté le pouvoir actuel. Aujourd’hui, nous vivons une « guerre institutionnelle » entre l’Assemblée nationale et l’Assemblée constituante et nous assistons à  une « guerre civile de basse intensité ».

Nous voyons aujourd’hui la droite se déchirer sur les causes de ce renforcement du pouvoir actuel à cause de la stratégie insurrectionnelle qu’elle avait choisi. L’un des dirigeants des partis de droite a déjà dit qu’il participerait aux prochaines élections régionales et présidentielle prévues en octobre 2017 et en 2018.

4) Les causes énergétiques et géopolitiques du conflit

Les Etats-unis ont besoin d’importer du pétrole et du gaz pour son économie. Sa première source d’approvisionnement est l’Arabie saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis d’où les conflits en Irak, Syrie et Libye. Mais le pétrole et le gaz pour arriver aux Etats-Unis passe par le détroit d’Ormuz, fait le tour de l’Afrique pour un transport d’environ 1 mois et demi.

Le Venezuela qui possède les plus importants gisements énergétiques est à moins de 5 jours de transport du Texas.

Par ailleurs, la politique de contrôle des prix du pétrole négocié au sein de l’Opep entre Chavez, Kadhafi et Saddam Hussein est entrée en contradiction avec l’axe Etats-Unis-Arabie saoudite et Qatar.

5) Un peu d’histoire du Venezuela

Pendant 40 ans, la domination étasunienne a tenu au Venezuela grâce au pacte de Puntofijo entre deux organisations politiques: l’Action démocratique et le Copei qui pratiquant l’alternance sans alternative.

Jusqu’au “Caracazo” : le gouvernement fait tirer sur la foule, 3 000 morts ! Le commandant Hugo Chavez Frias, lui, refuse de tirer sur la foule d’où sa popularité. Il tente un coup d’Etat militaire contre cette oligarchie assassine en 1992 qui ne réussit pas. Il passe deux ans en prison. Il se présente alors à l’élection présidentielle  et est élu en 1998.

La pauvreté est passé de 54,2 % en 1995 à 23,2 % en 2012, la mortalité infantile a diminué de 50 %, la santé et la sécurité sociale représentent 21 % du budget de l’Etat, les inscriptions universitaires sont passées de 800.000 à 2,6 millions avec 75 universités, l’analphabétisme est éradiqué.

6) Les erreurs du chavisme

Sa principale erreur réside dans le fait qu’il n’a pas utilisé la rente énergétique quand le montant du baril était important pour la réindustrialisation du pays. C’est le cas de tous les programmes de gauche ou populistes de gauche : la nécessaire réindustrialisation avec transition écologique n’est jamais à l’ordre du jour. La forte baisse du prix du baril négocié entre les Etats-Unis et les amis de l’Arabie saoudite a fortement diminué la rente pétrolière du Venezuela. D’où la diminution forte de la redistribution entraînant un mécontentement populaire.

Par ailleurs, au moment où il fait voter la Constitution de la 5ème République, il ne propose pas un programme du type des “Jours heureux” de la Libération en France et laisse à la bourgeoisie oligarchique la quasi-totalité des médias, l’ensemble des circuits de distribution. Aujourd’hui, ce sont ces circuits de distribution aux mains de l’opposition qui sont utilisés pour organiser la pénurie. Ce n’est que récemment que l’armée a organisé des circuits parallèles.

En dernier lieu, l’intensité du conflit a entraîné le président Maduro (qui est un civil) à faire entrer les dirigeants de l’armée au sein de l’Etat et dans le secteur économique. Il n’est pas sûr que la formation des militaires soit la meilleure pour gérer le fonctionnement de l’économie.

En dernier lieu, la lutte contre la corruption, principalement dans l’oligarchie oppositionnelle mais aussi au sein de l’Etat chaviste, n’a pas été portée  à la hauteur des enjeux.

7) Conclusion provisoire

Notre solidarité internationaliste doit nous pousser à soutenir l’expérience chaviste continuée par Maduro face à l’impérialisme étatsunien. Mais nous devons faire une analyse concrète de la situation concrète pour différencier la prise du pouvoir de l’exercice du pouvoir et donc ne pas reproduire les erreurs passées, comme par exemple ne pas prendre le soin d’étudier les conditions de l’exercice du pouvoir dans une période de transition révolutionnaire, croire que l’on peut faire la révolution sans réindustrialisation du pays, sans au minimum un programme global du type des Jours heureux », etc.

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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

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