Le spectacle du débat sur le budget de l’État 2026 au Parlement reste affligeant

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Le projet de loi de finances (PLF) portant débat sur le budget de l’État est arrivé ainsi dans l’Hémicycle le mardi 13 janvier en deuxième lecture dans la version modifiée et adoptée par le Sénat le 15 décembre dernier. Autant dire que son contenu est scandaleux sur le plan écologique et social, et marque la soumission de la France au mirage guerrier de l’Union européenne, lui-même inféodé à l’impérialisme étasunien actuel.

Sur le plan international, la notoriété de l’exécutif français est au plus bas et ce dernier n’est plus pris au sérieux. Sur le plan français, nous avons assisté aux préparatifs de l’alliance du gouvernement Macron-Lecornu avec le Parti socialiste pour essayer de voter un budget sans censure ! Dimanche 11 janvier, nous avons vu Olivier Faure dévoiler son projet de demande au gouvernement afin qu’il fournisse des efforts pour les catégories populaires, pour la jeunesse, pour l’écologie, le social, les services publics. Il demande la reconduction des 8 milliards d’euros de la surtaxe sur les 400 plus grandes entreprises françaises, la remise en cause du pacte Dutreil et la taxe sur les holdings. Il jure qu’il n’y a pas de pacte de non-censure, que les députés socialistes s’abstiendront si la copie est passable et que, dans le cas contraire, ils voteront la censure. Les chaînes continues se délectent du conflit interne entre Olivier Faure et François Hollande, notamment sur l’usage du 49-3.

La machine de l’extrême centre s’enraye

Patatras ! Mercredi 14 janvier et jeudi 15 janvier, l’Assemblée nationale rejette l’amendement gouvernemental consacré à la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises françaises grâce à une alliance LR-Renaissance contre le gouvernement, rejette l’amendement sur une extension de l’impôt sur la fortune, rejette l’amendement sur la taxe sur les holdings. La messe est dite ! Il ne reste donc plus qu’à continuer avec la loi spéciale votée en décembre 2025, ou le retour au 49-3, ou l’utilisation du 47-3 (par ordonnances), ou l’article 16 des pouvoirs spéciaux donnés au seul Emmanuel Macron. D’après notre lecture de la constitution, seul le 49-3 peut-être présenté avec les amendements choisis par l’alliance Lecornu-PS-extrême centre et LR.

On vient d’apprendre par la cellule d’investigation de Radio France le déroulé exact du lobbying étasunien en direction de l’extrême centre français concernant l’épisode scandaleux de la taxation des GAFAM à 15 % qui a tenu à peine 24 heures ! Soumission totale !

Bien sûr, l’avantage fiscal pour les exilés fiscaux voté en 2023 sur proposition du député macroniste d’alors, Mathieu Lefèvre, actuellement ministre délégué à la transition énergétique du gouvernement Macron-Lecornu, est toujours dans le droit positif.

Macron-Lecornu siffle la fin de la récréation

Conformément à ce qui précède, Macron-Lecornu a sifflé la fin de la récréation parlementaire par l’intervention télévisuelle du Premier ministre Lecornu, le vendredi 16 janvier.

L’exécutif a alors comme projet un 49-3 avec un accord du PS, de l’extrême centre et de LR. Son discours uniquement basé sur les dépenses reprend une à une les demandes minimales de l’extrême centre, du PS et de LR : pas d’augmentation des impôts des ménages (donc maintien du « plus on gagne, moins on paye d’impôts »), cantine des étudiants à un euro pour tous, 50 euros de plus sur la prime d’activités pour 3 millions de personnes, maintien de la fiscalité des ménages et des retraités, pas d’année blanche sur le barème de l’impôt, installation d’une allocation sociale unique qui est un démarrage de la version Wauquiez du revenu de base, 2 000 enseignants de plus, etc.).

Pas un mot sur les recettes. Pas un mot pour préparer l’avenir (coupes sombres dans le social et l’écologie), pas un mot sur les aides nécessaires à la réindustrialisation, sur les aides indispensables à la recherche fondamentale et à la recherche-développement, rien également sur la lutte pour les principes d’une République sociale, comme par exemple l’égalité, la solidarité, la sécurité et la sureté, presque rien sur l’amélioration de la sphère de constitution des libertés qui dépendent du budget de l’État (car les 2 000 postes supplémentaires à l’Éducation nationale sont notoirement insuffisants au niveau des services publics). Par contre, pour la défense et l’armement, c’est « open-bar » ! Pas un mot sur le véhicule législatif envisagé, bien qu’il soit probable que ce soit un 49-3 accepté par la nouvelle alliance LR, extrême centre et PS.

Rien n’est joué ! Rendez-vous mardi 20 janvier !

Et pendant ce temps-là…

Le conflit Etats-Unis-Chine structure la nouvelle géopolitique sans que la France et l’Europe se mettent à la hauteur des enjeux. Nous notons que l’excédent commercial de la Chine en 2025 est de 1189 milliards de dollars, nouveau record historique ! Que la Chine est le premier partenaire commercial de toute l’Amérique latine et que c’est une des raisons (avec celle du pétrole) de l’intervention étasunienne au Venezuela le 3 janvier dernier. Car la Chine tente de participer à la dédollarisation en achetant en yuans ! Que la tension s’invite au sein de l’Otan quand le pays le plus puissant de l’Otan convoite de prendre un territoire (le Groenland) appartenant à un autre pays de l’Otan.

Conclusion provisoire

L’extrême centre continue son travail de défense de l’oligarchie française en retardant un retour aux urnes. L’avenir de la classe populaire ouvrière et employée et des catégories moyennes est sombre. Mais leurs organisations politiques et syndicales ne sont toujours pas à la hauteur des enjeux. Malgré la défaite du mouvement des gilets jaunes, sa pensée persiste dans une partie importante du peuple.

Cela nous fait penser à la formulation de Guy de Maupassant dans une lettre à la comtesse Potocka datée du 13 mars 1884 :

Quand on voit de près le suffrage universel et les gens qu’il nous donne, on a envie de mitrailler le peuple et de guillotiner ses représentants. Mais quand on voit de près les princes qui pourraient nous gouverner, on devient tout simplement anarchiste. 

À la comtesse Potocka.

Nous avons besoin, pour penser une alternative efficace, de plus de débats sur le « que faire ? ». Multiplions les réunions à ce sujet !