Manifestation contre le budget de 2026 et contre la corruption
La démission du gouvernement conservateur de Rossen Jeliazkov, le 11 décembre 2025, n’était pas un accident politique, mais l’aboutissement d’une pression populaire devenue insoutenable. Un mouvement social hétéroclite, unissant des électeurs de l’ensemble de l’arc politique, a été porté par une mobilisation massive de la jeunesse contre la corruption endémique de ce pays classé en 84e position des nations (de la moins corrompue à la plus corrompue), selon l’Indice de Perception de la Corruption 2025 rapporté par Transparency International.
Au cœur des revendications : la fin de l’emprise de l’oligarchie sur l’État avec une corruption massive. Les manifestants appelaient au dégagisme des oligarques corrompus dans le gouvernement et hors du gouvernement.
Toutefois, l’élément déclencheur de cet événement a été l’intention du gouvernement d’adopter avec une procédure accélérée le budget 2026. Un budget qui, outre le fait d’être le premier libellé en euros, comportait des hausses d’impôts et de taxes. De nombreux manifestants ont considéré que ces augmentations avaient pour objectif de masquer des détournements de fonds.
Certains de ces manifestants avaient également peur que ce passage à l’euro provoque une inflation galopante. Cette crise a révélé une méfiance profonde envers des institutions jugées plus soucieuses des critères de convergence européens que de la protection des citoyens vulnérables. La Bulgarie est le pays le plus pauvre de la zone euro.
Le défi énergétique et la dépendance russe
Il existe un fort courant russophile en Bulgarie, car l’énergie vient de la Russie. La situation a été complexifiée par les sanctions américaines de novembre 2025 contre Lukoil et Rosneft. Avec 80 % de ses besoins en carburant provenant de la raffinerie Lukoil Neftohim Burgas, la Bulgarie s’est retrouvée dans une position critique. Cette dépendance aux infrastructures russes reste un levier de pression majeur sur la souveraineté bulgare au bord de la mer Noire.
La démission du président de la République
À la suite de la démission du gouvernement en décembre 2025, le président de la République Roumen Radev, qui a accompli deux mandats, démissionne pour se présenter aux élections législatives. Lors de ces élections, Roumen Radev se présente comme le nouveau champion de la lutte contre la corruption imposée par l’oligarchie de ce pays de 6,5 millions d’habitants. Il monte une nouvelle organisation politique. Il entend ainsi capitaliser sur le mécontentement d’une population qui a déclenché des manifestations massives dans la capitale, Sofia, début décembre, provoquant la chute du gouvernement de droite que les manifestants dénonçaient comme mafieux.
Une campagne sous influence numérique pour une élection au scrutin proportionnel avec vote préférentiel
La période électorale a été menée dans un climat délétère. La campagne fut marquée par une grande influence des réseaux sociaux, véritable lieu de confrontation.
Notons que l’élection législative s’effectue à la proportionnelle selon la méthode du quotient de Hare(1)Le scrutin à vote unique transférable (ou système de Hare) est un système électoral destiné à élire plusieurs candidats, inventé indépendamment vers 1860 par Thomas Hare et Carl Andrae. Dans la pratique, un électeur vote en classant les candidats de sa circonscription par ordre de préférence, en écrivant des chiffres à côté de leurs noms sur son bulletin de vote : 1 étant sa première préférence, 2 sa deuxième, et ainsi de suite. L’électeur peut être libre de classer ainsi autant de candidats qu’il le souhaite. dans 31 circonscriptions, avec la possibilité d’un vote préférentiel pour faire monter un candidat dans son rang dans la liste choisie.
Les résultats, annoncés par la Commission électorale centrale après le dépouillement de 100 % des procès-verbaux, ont donné une nette victoire à « Bulgarie progressiste » de Roumen Radev, avec 44,594 % des voix et une majorité absolue de 130 sièges. Il s’agit de la première majorité absolue depuis près de 30 ans. La coalition de droite GERB-SDF est arrivée en deuxième position avec 13,387 % des voix (39 sièges), suivie de la coalition de centre droit libéral « Poursuite du changement – Bulgarie démocratique » avec 12,618 % (37 sièges), du DPS centre droit néolibéral avec 7,120 % (21 sièges) et de l’extrême droite Renaissance « Vazrazhdane » avec 4,257 % (13 sièges) Les autres formations – notamment BSP-Gauche unie, et les organisations d’extrême droite « Velicie » et « MECH » – sont restées sous la barre des 4 %. Il faut faire au moins 4 % pour entrer à la Narodno Sabranie
Commentaire sur Roumen Radev, le nouvel homme fort de la Bulgarie
Roumen Radev a indiqué à plusieurs reprises son opposition au maintien de l’aide militaire européenne à l’Ukraine. Il a également plaidé pour le rétablissement des relations avec la Russie de Vladimir Poutine, une position en contradiction directe avec celle de Bruxelles.
Pour autant, Rumen Radev, ancien communiste, ancien commandant de l’armée de l’air, ancien général, fut l’un des organisateurs d’une large campagne anticorruption avec comme mot d’ordre « Mafia, dehors ». Son fait d’armes célèbre fut de refuser, en tant que Président, de signer le décret de nomination de procureur général d’Ivan Geshev, jugé trop laxiste dans la lutte anticorruption. Dans ses anciennes fonctions de Président, il fut attaché à l’appartenance de son pays à l’UE et n’a jamais évoqué l’idée de copier la politique de veto menée par M. Orban, s’il devenait Premier ministre. Par propagande, certains le comparent à Orban. Comme il est coutume de dire : comparaison n’est pas raison ! Sur le conflit Russie-Ukraine, il a toujours défendu l’idée qu’il « n’y avait pas de solution militaire à ce conflit ». Il s’affirme partisan de la reprise du dialogue avec la Russie tout en disant qu’il « ne voit pas l’intérêt pour son pays, pauvre, de payer »dans ce conflit.
Notes de bas de page
| ↑1 | Le scrutin à vote unique transférable (ou système de Hare) est un système électoral destiné à élire plusieurs candidats, inventé indépendamment vers 1860 par Thomas Hare et Carl Andrae. Dans la pratique, un électeur vote en classant les candidats de sa circonscription par ordre de préférence, en écrivant des chiffres à côté de leurs noms sur son bulletin de vote : 1 étant sa première préférence, 2 sa deuxième, et ainsi de suite. L’électeur peut être libre de classer ainsi autant de candidats qu’il le souhaite. |
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