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Combattre les maladies infantiles de la gauche de la gauche devient un impératif catégorique du courage : L’exemple de la protection sociale en porte témoignage

jeudi 19 octobre 2017
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Première remarque liminaire : nous pourrions prendre d’autres exemples dans d’autres domaines que la protection sociale car nous voyons ces maladies infantiles dans leur action de retardement de l’arrivée des conditions de la révolution citoyenne tant souhaitée par une fraction grandissante du peuple.

Deuxième remarque liminaire ; bien d’autres maladies infantiles pourraient être caractérisées.
 Pour ces deux raisons, ce texte en appelle beaucoup d’autres, sur le domaine de la protection sociale mais aussi sur tous les autres domaines, sur la maladie infantile que nous allons détailler comme sur d’autres maladies infantiles. Nous continuerons d’y travailler dans d’autres articles mais surtout dans des initiatives d’éducation populaire refondée où vous nous inviterez localement à débattre avec vous à l’occasion de réunions que vous organiserez.

Nous allons donc en rester dans cet article au domaine de la protection sociale et à la maladie infantile qui consiste à prôner l’idéal sans connaître et comprendre le réel. 
Avant d’entrer dans le vif de l’exemple présenté, relisons un morceau du « Discours à la jeunesse » de Jean Jaurès :

« L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement. Le courage, aujourd’hui, ce n’est pas de maintenir sur le monde la nuée de la Guerre, nuée terrible, mais dormante dont on peut toujours se flatter qu’elle éclatera sur d’autres. Le courage, ce n’est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre ; car le courage est l’exaltation de l’homme, et ceci en est l’abdication. Le courage pour vous tous, courage de toutes les heures, c’est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action. Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit : c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; (…) Le courage, c’est d’être tout ensemble et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe. Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale. (…) Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir, mais de n’en pas être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense. Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » Jean Jaurès, « Discours à la Jeunesse », Albi, 1903.

Lier la réflexion et l’action sur le réel en ayant en tête
un modèle alternatif au système dominant

Aujourd’hui, on ne compte plus les intellectuels, les militants, les organisations qui prônent leur idéal, leur paradis en négligeant la compréhension du réel et de l’action pour modifier ce réel. Quel engouement autour de certains intellectuels transformés en gourous entourés de leurs adeptes pour promouvoir leur idéal ! En langage populaire, ils proposent le bout du chemin sans s’intéresser au chemin lui-même pour y parvenir. En langage politique, ils rompent avec la dialectique historique matérialiste nécessaire à toute praxis visant à la transformation sociale et politique vers le progrès humain.
On peut néanmoins comprendre cette prolifération idéaliste qui se développe face au discours d’adaptation et de connivence d’une partie grandissante des responsables politiques, syndicaux et associatifs, voire des intellectuels ou supposés tels présents dans les médias aux ordres du mouvement réformateur néolibéral.
Et bien sûr, cette double réalité n’est pas pour rien dans l’abstention majoritaire, aux élections de toute nature (dans la séquence des élections présidentielle et législatives 2017 mais aussi dans les élections professionnelles syndicales), dans les couches populaires ouvrières et employés, elles-mêmes majoritaires dans le pays. Car quand un militant souhaitant la transformation sociale et politique ne sait pas répondre efficacement à des questions et réflexions simples dans tout contact en « porte-à porte » ou dans l’entreprise – « vous proposez quoi aujourd’hui et maintenant », « est-ce plus crédible que ce que disent les autres ? », « que puis-je faire pour satisfaire tel ou tel besoin social », « tous pourris Front national compris », etc. – il n’y a pas d’autre posologie que la dialectique des luttes sociales et politiques et des méthodes « efficaces » de l’éducation populaire refondée (voir http://www.gaucherepublicaine.org/education-populaire-2/des-methodes-efficaces-pour-une-education-populaire-refondee/7400673 ).
Mais la conséquence de cette double réalité est que le mouvement réformateur néolibéral avance de plus en plus fort, de façon de plus en plus brutale, en se dotant des futurs instruments de violence contre des manifestants ou contestataires. Même si les études d’opinion montrent qu’une majorité est opposée à telle ou telle mesure (réforme des retraites, loi travail XXL, etc.), rien ne semble arrêter le déploiement du néolibéralisme  ; trop de résignation et de fatalisme se répandent en milieu populaire en conséquence de la soumission d’une partie importante des élites de gauche au mouvement réformateur néolibéral et au faible lien politique et social des organisations politiques, syndicales et associatives avec ces couches populaires ouvrières et employées. Et pourtant, l’oligarchie au pouvoir est fragile. Elle continue à se déployer que parce que les forces progressistes ne sont pas à la hauteur des enjeux, parce qu’elles ont perdu le lien social et politique avec les masses populaires.

Et la protection sociale dans tout cela ?

Il en est de la protection sociale comme de la défense dans un match de rugby : il vaut mieux résister face à l’attaquant que de rester de l’autre côté du terrain ! La protection sociale et les droits au travail sont la priorité des travailleurs et de leurs familles dans toutes les études d’opinion quand on agglomère la santé, les retraites, les prestations familiales, les droits et les aides au logement, les accidents du travail et les maladies professionnelles, l’assurance-chômage et les aides sociales.
Or la protection sociale, les droits au travail, l’école, les services publics, la baisse des salaires directs et socialisés, s’affirment la priorité de l’attaque néolibérale pour diminuer les conquis sociaux, étatiser ce qui appartient au peuple, privatiser les profits et socialiser les pertes. Alors ?
Eh bien, comptez le nombre de réunions publiques organisées par les militants politiques, syndicaux et associatifs lors du 70e anniversaire de la sécurité sociale en 2015 ! Voyez le film «  La Sociale » de Gilles Perret dont le Réseau Éducation Populaire fut un partenaire pour les débats, véritable outil d’éducation populaire refondée, en 2016 qui a permis plus de 500 débats et plus de 150.000 personnes participantes ! Comptez le nombre d’initiatives publiques d’information et de débat sur la loi travail XXL des ordonnances Macron  ! Et cela malgré la faiblesse de la préparation militante au sein du peuple avant l’appel à manifester, malgré la multiplication des appels à la grève sectorielle et non interprofessionnelle, et enfin la continuation des manifestations « saute-mouton » au lieu d’une montée nationale sur une attaque aussi gravissime contre les conquis sociaux.
Il y a pourtant bien une cohérence entre la suppression annoncée de la part salariale des cotisations chômage et maladie, leur transfert vers la CSG, la suppression du régime social des indépendants, le projet de réforme des retraites (vers un régime en comptes notionnels), la nouvelle loi travail XXL, l’augmentation du forfait hospitalier à 20 euros, la fiscalisation progressive de la protection sociale, les exonérations massives de cotisations sociales, la désertification médicale, l’augmentation des restes à charge, l’accroissement fort des inégalités sociales scolaires, de santé, de retraite, de logement, de services publics, le recul de la laïcité et de la démocratie, la privatisation du logement social, la non-reconnaissance de nombreux accidents du travail et de maladies professionnelles – dus à l’amiante, aux pesticides1, aux conditions inhumaines de travail, etc..
C’est à l’explication de cette cohérence (au sein du peuple et non dans des cénacles peu liés au mouvement social et politique) que doivent s’atteler les organisations militantes en liant les luttes sociales et politiques et les méthodes efficaces de l’éducation populaire refondée (voir http://www.gaucherepublicaine.org/education-populaire-2/des-methodes-efficaces-pour-une-education-populaire-refondee/7400673) afin de porter au débat populaire tant le chemin pour en sortir que le bout du chemin à atteindre.

  1. Un nouveau film va sortir le mois prochain sur ce sujet, « Les sentinelles » de Pierre Pézerat, film dont le Réseau Education Populaire est partenaire pour les débats à l’issue du film. Avis aux amateurs. []
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