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Nos priorités politiques pour 2020

mercredi 15 janvier 2020
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De nombreux soulèvements sociaux ont eu lieu en 2019 : les gilets jaunes en France, le Hirak en Algérie, les mobilisations massives à Hong-Kong, à Porto-Rico, en Catalogne, la grève de General Motors, la plus longue depuis 50 ans aux États-Unis, en Équateur, au Chili, en Haïti, au Liban, en Irak, en Iran, en Éthiopie, en Bolivie contre le coup d’État réactionnaire, et de forts mouvements de grève et de manifestations de masse en Colombie, en Inde où de fortes manifestations universalistes s’opposent à la modification raciste de la loi sur la nationalité du gouvernement Modi interdisant la nationalité indienne aux musulmans en provenance de trois pays, etc. Et en France, le mouvement climatique, l’incroyable mouvement hospitalier, le mouvement social des Chronopost employés sans papiers et le début de leurs régularisations, le déclenchement des grèves le 5 décembre pour le retrait du projet gouvernemental sur les retraites qui continue en ce début janvier 2020.

Bien évidemment, tout n’est pas équivalent sur le plan de l’analyse de classes notamment par les couches sociales en mouvement, par les objectifs poursuivis et par la nature de classe de leur projet politique. Et donc, tout cela ne peut pas converger de façon naturelle. Des conditions indispensables à la transformation sociale et politique ne sont pas encore réunies à cette heure.

Mais tous ces mouvements sociaux ont une influence importante sur les agendas des oligarchies capitalistes en freinant l’intensification des politiques néolibérales indispensables à la survie du capitalisme. D’autant que la crise du capitalisme lui-même relance les affrontements inter-impérialistes mondiaux et les systèmes d’alliances des oligarchies capitalistes avec tous les communautarismes, tous les racialismes, tous les identitaristes. On voit bien le chemin qui reste à parcourir dans notre propre camp quand on s’aperçoit que des fractions de la gauche dite radicale se perdent dans des actions ouvertement initiées par des communautaristes identitaires et racialistes (comme le 10 novembre 2019) tout en critiquant d’autres communautarismes. Nous disons, quant à nous, oui à la laïcité, oui à l’anti-racisme radical mais non à tous les communautarismes sans exception !  D’autant que le développement actuel de tous les communautarismes sans exception n’est que le produit des difficultés internes du capitalisme lui-même(1)La crise du profit capitaliste a entraîné les dirigeants du capitalisme à développer des politiques néolibérales pour augmenter leurs profits via la spéculation financière internationale, via la privatisation des profits et la socialisation des pertes dans les services publics, l’école, la protection sociale et via les politiques d’abaissement des salaires directs et socialisés. Pour mener cette politique, l’alliance avec les forces réactionnaires communautaristes, racialistes, identitaires leur est indispensable pour remplacer la destruction des services publics et de la protection sociale.! Par ailleurs, l’intensification des conflits inter-impérialistes se développe également avec une tendance forte à la privatisation des fonctions publiques en général(2)La fonction publique n’est plus nécessaire dès que satisfaire une volonté générale n’est plus nécessaire., et des forces armées, en particulier sur tout le globe.

Tout cela entraîne les oligarchies mondiales en général et françaises en particulier à durcir le niveau de répression, à transformer petit à petit la démocratie en démocrature, à renforcer leurs alliances communautaristes, identitaires et racialistes en combattant la laïcité. À noter que chaque année qui passe augmente les subventions aux communautarismes ethniques et religieux au détriment des services publics et de la volonté générale.

Tout cela trouve son origine dans la crise du capitalisme lui-même. L’action des couches populaires et principalement de la classe populaire ouvrière et employée et des parties les plus conscientes des couches moyennes intermédiaires devient centrale dès que ces derniers refusent d’être, par leur nombre, la variable d’ajustement de l’intensification des politiques néolibérales. Et c’est à ce moment-là que l’on s’aperçoit que tous les mouvements sociaux ne peuvent pas converger naturellement puisque les uns font mine de croire que l’on peut humaniser le capitalisme et que d’autres pensent qu’il est possible de créer un paradis à côté du capitalisme ou en son sein ou encore que d’autres pensent aboutir à leurs fins sans la globalisation des combats et que beaucoup pensent qu’il est inutile de penser et d’agir sur les conditions indispensables à la transformation sociale et politique puisqu’il suffit pour eux d’attendre… Godot et la naturelle coagulation sociale et politique qui n’arrive jamais si on ne l’aide pas un peu… Comme ceux qui pensent qu’il n’y a pas de lien entre la volonté du gouvernement macronien de parvenir à sa réforme sur les retraites et la dynamique de la politique économique et sociale de l’Union européenne !

Voilà pourquoi nous devons intensifier notre stratégie des trois champs autonomes : le champ de l’éducation populaire refondée pour mener les campagnes pour une nouvelle hégémonie culturelle sans laquelle aucune transformation n’est possible, celui du syndicalisme et celui du champ partisan. Ces trois champs autonomes des uns et des autres doivent se développer de façon concomitante.

Le premier (le champ de l’éducation populaire refondée) en se libérant des déviances des directions des organisations naguère d’éducation populaire et en refusant d’être les supplétifs des politiques néolibérales et en reprenant comme définition de l’éducation populaire refondée comme étant une activité culturelle visant à la transformation sociale et politique aux fins que tout citoyen et tout salarié devienne acteur et auteur de sa propre vie.

Le deuxième champ (le champ du syndicalisme) en se libérant de sa bureaucratisation et de son intégration dans une cogestion dans le système lui-même que l’on déclare vouloir combattre(3)Par exemple, on ne peut pas dire en même temps, comme le syndicat FO : « il faut lutter contre l’épargne retraite et la capitalisation » et gérer la Préfon, qui est un instrument de capitalisation.. On ne négocie pas sans avoir d’abord créé le rapport des forces dans l’action de masse.

Le troisième champ (celui des organisations politiques) en se libérant de la dictature de la tactique à court terme et en radicalisant la stratégie de la double besogne à savoir des revendications immédiates intégrées dans une perspective de temps long dans un modèle politique alternatif au capitalisme lui-même, le tout en développant les liens sociaux et politiques avec les acteurs mobilisés.

Voilà pourquoi nous devons intensifier la cohérence de notre ligne politique avec les principes constitutifs de la République sociale (liberté, égalité, fraternité, laïcité, solidarité, démocratie, universalité, droit à la sûreté, souveraineté populaire, développement écologique et social), ses exigences indispensables et la stratégie de l’évolution révolutionnaire(4)Tous ces concepts sont expliqués dans le livre Penser la République sociale pour le 21ème siècle, disponible dans la librairie militante. Par exemple, on expliquera pourquoi  seules l’universalité et la laïcité permettent la coexistence pacifique et humaniste des cultures..

C’est ainsi que l’on pourra sortir de la crise des directions des organisations et revenir à une stratégie gagnante.

Notes de bas de page   [ + ]

1. La crise du profit capitaliste a entraîné les dirigeants du capitalisme à développer des politiques néolibérales pour augmenter leurs profits via la spéculation financière internationale, via la privatisation des profits et la socialisation des pertes dans les services publics, l’école, la protection sociale et via les politiques d’abaissement des salaires directs et socialisés. Pour mener cette politique, l’alliance avec les forces réactionnaires communautaristes, racialistes, identitaires leur est indispensable pour remplacer la destruction des services publics et de la protection sociale.
2. La fonction publique n’est plus nécessaire dès que satisfaire une volonté générale n’est plus nécessaire.
3. Par exemple, on ne peut pas dire en même temps, comme le syndicat FO : « il faut lutter contre l’épargne retraite et la capitalisation » et gérer la Préfon, qui est un instrument de capitalisation.
4. Tous ces concepts sont expliqués dans le livre Penser la République sociale pour le 21ème siècle, disponible dans la librairie militante. Par exemple, on expliquera pourquoi  seules l’universalité et la laïcité permettent la coexistence pacifique et humaniste des cultures.
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