Chronique d'Evariste

Pourquoi la stratégie de Syriza est-elle riche d’enseignements ?

lundi 9 février 2015
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Jusqu’ici la stratégie de la douceur pour faire plier Angela Merkel a échoué. François Hollande pensait que sa victoire électorale dans la deuxième économie de la zone euro lui permettrait d’aller quémander un assouplissement de la politique néolibérale à la chancelière allemande. Un mois après son élection, il acceptait le diktat allemand qui refusait de faire payer ses contribuables. De même Matteo Renzi pensait que sa victoire électorale dans la troisième économie de la zone euro lui permettrait d’aller quémander lui aussi un assouplissement de même nature. Il eut droit à un ridicule plan Juncker. Ce matamore accepta le diktat allemand qui refusait une fois de plus de faire payer ses contribuables.

Alexis Tsipras et de Yannis Varoufakis ne pouvait pas tenter une troisième fois d’engager la stratégie de la douceur car l’économie de la Grèce est encore moins forte que celle de la France et de l’Italie. A noter que ce ne sont plus les banques qui sont majoritaires dans la masse des créances grecques, mais les institutions européennes et donc les Etats de la zone euro1. D’autre part, l’économie grecque est, selon le ministre grec des finances Yannis Varoufakis, « aux abois » car les échéances des remboursements des dettes sont proches (cet été pour la BCE).

Et comme la majorité de Syriza a donné au congrès de 2013 un mandat de renégociation et de volonté de restructuration de la dette(les partisans de la sortie de l’euro et de l’Union européenne étant minoritaires), Alexis Tsipras et Yannis Varoufakis ont engagé la dernière possibilité qui leur reste, après les échecs(on peut se demander cependant si leur alignement face à la chancelière n’était pas prévu d’avance !) en rase campagne de Hollande et de Renzi, celle d’engager la stratégie du faible au fort, c’est-à-dire d’entrer dans une rude confrontation avec les autorités allemandes et celle de la BCE. Rappelons que Draghi qui est le directeur de la BCE, ancien de Goldman Sachs, est quelque peu comptable des faux bilans fournis par la Grèce sous les conseils de Goldman Sachs lors de leur entrée dans l’euro2.

Voilà pourquoi Yannis Varoufakis a rejeté d’un revers de main les 7 milliards d’euros que la Grèce devait recevoir selon l’accord accepté par l’ancien président grec. « Aux abois » car comme la dette grecque est de plus de 300 milliards d’euros dont certaines échéances sont proches, les 7 milliards ne permettent pas à l’exécutif grec de répondre au choix des électeurs grecs.

La BCE, institution de la lutte des classes au service de l’oligarchie, a, pour satisfaire les néolibéraux allemands (voir plus loin dans le texte), supprimé l’avant-dernier moyen de financer les banques grecques sur le marché secondaire des titres. Les banques grecques ont, encore, jusqu’au 28 février seulement, dernier délai, la possibilité d’utiliser la procédure ELA de la liquidité d’urgence. Il y a donc le feu au lac !

Alors que peut-il se passer ?

D’abord, la Grèce est au bord du défaut de paiement. Si la BCE met ses menaces à exécution, la Grèce est obligé de sortir de la zone euro en catastrophe, réimprimer une monnaie nationale avec des conséquences sociales immédiates et traumatisantes pour le peuple grec.

Mais cela entraînera aussi une nouvelle crise dans la zone euro. Finie l’irréversibilité de l’euro : les investisseurs changeront de politique sur les marchés en réévaluant le risque sur l’euro. Et là, il faudra payer la note de la politique d’assouplissement quantitatif (en langage populaire cela veut dire « politique de la planche à billet », c’est-à-dire de la création monétaire sans contrepartie) que la BCE mène depuis plusieurs années qui a produit une bulle financière qui pourrait alors éclater ! Les pompiers pyromanes de l’Union européenne avait alors prévu d’utiliser un programme d’opérations monétaires sur titres (OMT) pour essayer de mettre un terme à la crise. Ce programme prévoit la possibilité pour la BCE d’acheter sans limites des emprunts d’Etat d’une maturité de 1 à 3ans des pays en difficulté ayant fait appel à l’aide tout en acceptant des conditions. Mais patatras, suite à la contestation de 35.000 citoyens allemands, la cour constitutionnelle de Karlsruhe a jugé que le programme OMT outrepassait les pouvoirs de la BCE. Le différend a donc été soumis à la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Pour l’instant, ce système a donc du plomb dans l’aile. Un nouvel éclatement de la crise systémique est donc toujours possible possible. Le renforcement des partis eurosceptiques serait alors accéléré. Mais en France, comme l’Autre gauche n’est malheureusement pas à la hauteur des enjeux , ce sera principalement l’extrême droite qui sortira renforcée comme dans les années 30 (voir nos nombreux articles sur ce sujet et ci-après).

Il est donc probable que la négociation aura bien lieu. Et alors, tout dépend alors du résultat de la négociation. Une restructuration faible mécontentera les électeurs de Syriza et renforcera l’extrême droite. Une restructuration forte fera payer les contribuables des pays européens à commencer par l’Allemagne. Pour l’instant, cela n’en prend pas le chemin.

Alors que les thuriféraires de l’ordolibéralisme nous faisaient croire que la sortie de crise était proche, le réel est donc revenu au galop. Le risque est aujourd’hui plus grand d’avoir une sortie de crise à chaud par l’éclatement de la crise systémique. Là encore, nous voyons que la plupart des « économistes atterrés » et pour certains atterrants, que la plupart des responsables de l’Autre gauche, englués dans la vision de la possibilité d’un euro social, sont pris à contre-pied par l’actualité.

D’autant, que les années 30 en Europe ou les années 70 en Amérique latine et en Italie ont montré que les dirigeants du capitalisme ont toujours la possibilité d’utiliser des forces non conventionnelles tels qu’assassinats, stratégie de la tension, ou développement de l’extrême droite. Il faudrait alors qu’une gauche de gauche soit à la hauteur des enjeux !
En attendant, nous devons soutenir la politique de Syriza et surtout développer les initiatives d’éducation populaire3 pour aider à la prise de conscience populaire qui seule peut renverser la table!

A lire :

Notes :

  1. Sur 320 milliards d’euros de dette publique grecque, 32 milliards sont détenus par le FMI, 141,8 milliards par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et donc par chaque Etat au prorata de son importance, 27,7 milliards par la BCE, 53 milliards par des États européens ayant accordé des prêts bilatéraux. []
  2. Le « conseil » de Goldman Sachs a été de dissimuler une partie de la dette grecque par des « swaps » qui sont des titres hors bilan. Par ailleurs, Goldman Sachs « conseillait » ses autres clients d’acheter des CDS (assurances contre une faillite sans être obligé d’acheter les titres correspondants). []
  3. Pour vos initiatives, vous pouvez utiliser les intervenants du Réseau Education Populaire (REP) www.reseaueducationpopulaire.info avec toutes les formes proposées (conférences traditionnelle, interactive, gesticulée, ciné-débat, atelier de lecture, théâtre forum, conférence populaire sans conférenciers, controverse, théâtre image, théâtre de rue, etc. []
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