Laïcité

Comment ne pas réagir à l’agression contre Rayhana?

samedi 20 février 2010
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Comment ne pas réagir à l’agression, le 12 janvier à Paris, contre Rayhana, dramaturge et actrice algérienne, auteure de la pièce “A mon âge, je me cache encore pour fumer”!

L’attaque dont elle a été victime est d’une extrême violence et nous saluons non seulement son courage face à cette attaque mais tout son engagement de femme et d’artiste.

Qu’il s’agisse d’attaques à l’acide ou à l’essence, cet acte extrême est utilisé à travers la planète contre les femmes dès qu’elles luttent pour leurs droits et leur liberté ! C’est un acte qui a pour objectif non seulement de les terroriser mais surtout de les défigurer à vie physiquement, psychologiquement et de faire disparaître socialement les femmes.

Cependant nous ne pouvons pas rester simplement dans la condamnation d’un acte et ne pas nous interroger sur ses causes. Il est d’autant plus important de nous interroger sur la portée de cet acte dans un pays où la laïcité est consacrée dès l’article premier de la Constitution.

Pourquoi ? La République laïque, dans laquelle nous sommes néEs, ou bien avons choisi de vivre, doit être respectée dans son essence parce que la France des Lumières n’a pas le droit de brader les valeurs fondamentales pour lesquelles se sont battus des millions de Françaises et de Français de 1789 à nos jours.

Que cela signifie-t-il ?

D’une part, la laïcité conjugue la liberté de conscience, qui permet aux options spirituelles de s’affirmer sans s’imposer, l’égalité des droits de tous les citoyens et citoyennes sans distinction d’option spirituelle et la définition d’une loi commune à tous visant le seul intérêt général.

D’autre part, des femmes et des hommes, qu’ils soient nés ou aient choisi de vivre en France sont dans un État laïque où la liberté de conscience est garantie par la loi. L’instauration « des lois divines » dans différents pays (Iran, Algérie, Soudan, Égypte, etc.), les violences et les actes terroristes qui sont perpétrés contre les femmes et les hommes porteurs de valeurs laïques, de liberté de conscience ont été poussés à l’exil. Ces femmes et ces hommes ont choisi de vivre dans une démocratie où la laïcité fait place à la liberté et aux rapports humains dans une société vivable pour toutes et tous.

Au cours de ces dernières années, nous n’avons eu de cesse d’interpeller les décideurs politiques pour rappeler que la laïcité, la mixité et le principe d’égalité entre les femmes et les hommes sont des valeurs non négociables du vivre ensemble. A chaque fois qu’un responsable politique cède sur les principes fondateurs de la République au nom de la liberté de religion, il met en péril le principe de laïcité et de ce fait, ouvre la brèche au particularisme et au communautarisme.

Nous ne sommes pas surpris par l’agression de Rayhana. L’avancée de l’islamisme politique est une réalité quotidienne pour nos concitoyennes de Paris à Marseille, Lille, Lyon, Montpellier, Montataire, Creil, Orly, Saint-Denis….

Qu’il s’agisse de la pression sociale du groupe ou du quartier, des agressions verbales et physiques dont elles sont victimes, elles le vivent dans la plus grande indifférence mais aussi dans le déni d’une majorité des décideurs politiques. S’il n’existait pas des associations progressistes et laïques, des initiatives citoyennes au sein des quartiers, les femmes auraient été encore plus rapidement éradiquées de l’espace public et de la vie sociale.

Ce n’est pas faute d’avoir exprimé notre inquiétude face à la montée de l’Islamisme en France, comme en Europe. Un grand nombre de défenseurs des droits humains, des forces de droite et de gauche ont fait le lit de ces intégristes religieux.

Les luttes des féministes contre le patriarcat et l’interprétation des «lois divines» les amènent à être taxées de « féministes blanches » par les groupes communautaristes, les islamistes et les islamo-gauchistes. Si, elles sont féministes, laïques et de naissance musulmane, c’est d’occidentalisées, de traitres à leur culture, d’islamophobes qu’elles sont accusées dès qu’elles dénoncent les atteintes aux droits fondamentaux des femmes et le relativisme culturel de ces «penseurs du communautarisme ».

Ces penseurs communautaristes ont amené les citoyens et citoyennes à avoir un langage stéréotypé et une pensée aseptisée : C’est leur culture…, institutionnalisant un racisme différentialiste.

Nous ne pouvons pas oublier Sohane, brulée vive, Samira Bellil dans l’enfer des tournantes, les jeunes filles mariées de force et celles tuées « au nom de l’honneur ». Les femmes, dès qu’elles veulent exprimer leur émancipation ou revendiquer une autre façon de vivre de penser, sont les victimes de l’ordre moral codifié par le patriarcat en pleine expansion par la montée de l’intégrisme religieux.

Aujourd’hui, la régression est telle que l’on voit fleurir non seulement le voile, le niquab et la burqa mais aussi les accommodements de tout genre : des repas hallal dans les cantines scolaires, le choix du médecin dans les hôpitaux. Dans une commune, il a été demandé aux fonctionnaires de sexe féminin d’apporter une attention particulière à leur tenue vestimentaire afin de ne pas agresser ou provoquer… les usagers « d’obédience musulmane » !!

Dans certaines villes et quartiers, il a même été instauré … un couvre-feu de fait ! Au delà d’une certaine heure, les femmes et les jeunes filles doivent se claquemurer chez elles faute de quoi elles sont considérées comme des femmes aux mœurs légères, exposées aux insultes, voire à la violence.

Tous ces exemples, ne sont pas de l’ordre du fantasme. Ils sont une réalité quotidienne !

Lors du rassemblement devant la Maison des Metallos, samedi après-midi, nous avons été bien aise d’apprendre que l’imam de la mosquée du quartier avait condamné l’attaque dont a été victime Rayhana.

Il est aisé de condamner un acte, par une déclaration aux autorités locales ou à la presse, cela s’appelle avoir une bonne politique de communication. Qu’en est-il des prêches incendiaires de cet imam dont le fonds de commerce est la haine des femmes, la chasse aux mécréants et mécréantes.

La situation est telle que, dans sa tentative de fuir ses incendiaires, Rayhana n’a trouvé ni refuge, ni main protectrice dans le quartier. C’est dire qu’il existe déjà dans une partie du territoire du XIème arrondissement de Paris, un ordre islamiste qui quadrille le quartier et impose son diktat par la terreur et la peur.

Quand nos décideurs politiques arrêteront-ils de penser que l’on règle les problèmes en faisant appel aux imams et autres représentants religieux ? La réponse au repli identitaire et au déni de citoyenneté ne se résout pas en accordant un rôle politique aux représentants religieux. Ils ne sont en aucun cas les représentants des citoyennes et des citoyens dans la Cité. Ce n’est pas non plus en offrant, à la place des services publics, des salles de prière, des terrains pour la construction de mosquées ou en permettant l’éclosion de commerces à dominante cultuelle.

Nos décideurs politiques ont tellement cherché la paix sociale, par peur d’être accusés de racistes, qu’ils ont pactisé avec la pensée islamiste. Ils ont offert à ses représentantes et représentants des tribunes, des plateaux de télé et tout un espace social et politique au sein de la Cité. Est-ce par naïveté ou par calcul politique, toujours est-il qu’ils ont contribué à l’islamisation des esprits.

Ils ont refusé d’écouter la voix des forces progressistes laïques, des féministes. Ils ont entériné le recul de la laïcité en la confinant exclusivement dans le respect et le dialogue des religions. La laïcité, est d’abord et avant tout liberté de conscience, séparation de la sphère politique et de la sphère religieuse.

La vraie réponse au recul de la laïcité, de la mixité c’est la reconnaissance d’une pleine citoyenneté, un enseignement laïque avec la protection de l’école publique laïque – abandonnée au nom du choix de la carte scolaire –, la défense des services publics de proximité, de maisons de jeunes, de maisons de quartiers dignes de ce nom, d’acteurs sociaux prônant des valeurs de laïcité, d’égalité, de mixité. Ce qui est loin d’être une réalité aujourd’hui.

Les jeunes filles et les jeunes hommes, les citoyennes et les citoyens aspirent à un avenir dans notre société laïque, démocratique et sociale. Ils souhaitent vivre dans l’égalité politique, économique et sociale et non dans un quelconque attachement ou appartenance à une communauté religieuse. Dans une société laïque, l’individu est d’abord un CITOYEN !

Les responsables politiques étaient certes présentEs à ces rassemblements mais quand sortiront–ils de l’ambiguïté et l’inaction pour qu’enfin se décide dans toute sa rigueur le respect du principe de Laïcité ?

A moins qu’il ne faille commencer à compter nos morts, ICI, pour que les lois de la République reprennent naturellement leur place dans la société.

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