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Petit journal deviendra grand : entrevue avec le rédac’ chef du « Progrès Social »

lundi 27 juin 2016
Par
Rédacteur en chef - Le Progrès Social
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Trois mois et demi après la parution du numéro 1, êtes-vous satisfaits du chemin parcouru ? que souhaitez-vous développer ?

C’est déjà une réussite d’avoir pu lancer le journal et d’avoir tenu plus de trois mois1. C’est à la fois peu, mais beaucoup pour un projet qui demandait autant de financement, d’audace, que de soutiens. Si le journal existe aujourd’hui c’est donc grâce aux abonnés et à l’investissement important des membres du journal, salariés ou bénévoles, qui font tout leur possible pour assurer une rédaction et production de qualité, et pour le faire connaître. Sur ce point-là, nous sommes vraiment contents car nous jouissons d’une certaine estime et la connaissance du journal a dépassé la sphère uniquement militante, même si nous ne sommes pas encore en kiosques. Pourtant, être connu ou reconnu, et même avoir une certaine estime ne se concrétise pas forcément en abonnements. C’est sur ce point-là que nous devons encore progresser, afin que les structures syndicales participent davantage en s’abonnant, mais aussi les associations ou encore des bibliothèques pour offrir une offre réelle de pluralité de la presse. Nous devons continuer à convaincre qu’il n’existe pas de presse papier gratuite, surtout quotidienne, et qu’il s’agit d’un outil d’information-réflexion pour toutes celles et tous ceux qui s’engagent. Le Progrès Social va aussi continuer d’élargir sa rédaction, et structurer les Amis du Progrès social par département pour avoir une présence sur le terrain par et pour les abonnés : faire vivre un projet démocratique de cette ampleur est une vraie ambition mais indispensable pour que le journal puisse exister. Après, en toute transparence, nous le disons : il manque 300 abonnements pour que le journal puisse être à l’équilibre. Nous sommes fiers d’avoir recours à une imprimerie où les ouvriers ont une garantie des acquis conventionnels, mais il faut compter 35 000 euros / mois pour la seule impression. Les abonnements sont donc vraiment nécessaires pour faire vivre un journal papier. Le cas échéant, les mois qui arrivent risquent d’être difficiles, mais nous faisons tout notre possible !

Connaissez-vous ceux qui vous lisent ? quels retours avez-vous ?

Nous avons organisé au printemps une rencontre des Amis du Progrès social et des lecteurs parisiens, ce qui a permis de rencontrer plusieurs dizaines de personnes. A côté de ça, nous recevons régulièrement des mails ou appels de lecteurs, qui échangent avec nous et remontent plusieurs initiatives. On peut dire que nous avons un lectorat réuni autour de valeurs qui nous sont chères et qui font partie de notre ligne éditoriale (anticapitalisme, antiracisme, parole à celles et ceux qui sont impliqués, laïcité, etc.) mais qui est assez diversifié. On a aussi bien des syndicalistes que des militants politiques, associatifs, que des lecteurs qui souhaitent se tenir au courant de l’actualité sociale en ayant une vision plus critique et alternative que L’Humanité. Notre positionnement a au moins le mérite d’être clair depuis le début, quitte à provoquer quelques crispations de certains ; pour autant, nous avons reçu beaucoup de mots d’encouragements et ce qui nous pousse à continuer aujourd’hui.

Comment êtes-vous organisés en interne ? (choix des collaborateurs, des sujets…)

Nous avons dû concilier un système à la fois artisanal et professionnel. Les contributeurs réguliers ou membres permanents de la rédaction sont surtout le fruit de connaissances au fil des années de militantisme, avec des valeurs et une énergie commune. Le journal s’est aussi construit de façon empirique, mais avec un fonctionnement qui implique aussi de faire des choix rédactionnels. Chaque matin, à 8h 00, une conférence de rédaction réunit une partie de l’équipe de rédaction permanente en ma présence, afin de trancher éventuellement sur les sujets et les angles en cas de discussions trop longues. Le temps est une donnée qu’il faut savoir gérer dans un quotidien : on ne peut pas s’amuser à perdre une heure le matin, tout est très calibré et les rythmes de travail sont assez intenses, avec une grande coordination. Tous les matins donc, nous avons une quinzaine de thématiques qui sont sélectionnés par plusieurs journalistes, avec une phase ensuite de hiérarchisation. Nous avons aussi beaucoup d’informations qui proviennent de militants ou de structures, ce qui nous permet d’anticiper les sujets sur quelques jours quand nous le pouvons.

Concernant l’édition du samedi, « Jours heureux », notre quinzaine de contributeurs a carte blanche, chacun sur sa rubrique en respectant les conditions fixées ensemble au début. Avoir un journal à la fois démocratique et quotidien, avec des moyens « limités », c’est apprendre à composer en permanence et avoir une vision la plus globale possible pour parler de l’essentiel en gardant à l’esprit notre grille d’analyse.

Comment analysez-vous l’actualité du mouvement social (grèves, Nuit debout…) ?

C’est un mouvement social riche, très riche, qui va au-delà de la lutte contre la casse du code du travail. Nous avons écrit de nombreux articles et publiés de nombreux témoignages, sur Paris, en régions mais aussi de manière globale. Ces grèves sont indispensables pour éviter un recul social d’ampleur, mais les gens qui se battent contre la « loi travail » aspirent à des changements plus profonds. C’est le modèle économique, social et démocratique qui est contesté, et la fatalité a fait place à un espoir de changement, d’émancipation individuelle et collective. L’interdiction des manifestations annoncées par le gouvernement doit provoquer une réaction à la hauteur de l’agression faite contre les droits démocratiques les plus fondamentaux. A quand l’interdiction ensuite de certains syndicats ? Il se passe quelque chose dans ce mouvement social, c’est une clarification du rôle de chacun, j’entends par là organisations politiques, syndicales. Le combat social est plus que jamais à mener, sans le déconnecter de ce qui nous est cher.

Comment vous situerez-vous dans la perspective de la présidentielle ? plus généralement, quel est votre rapport au politique ?

C’est une question très intéressante, à laquelle je répondrai en trois temps. Le premier, c’est l’identité du journal : nous sommes indépendants de toute organisation politique tout en affirmant un certain nombre de valeurs. Nous tenons à défendre des positions sans être la courroie de transmission d’un parti. La seconde, c’est la composition du lectorat ou même des journalistes : nous préférons rassembler ce qui est épars, et respecter les sensibilités de chacun en s’unissant autour du progrès social. Enfin la troisième, c’est de valoriser l’engagement : nous pensons que le plus important est de s’impliquer dans la vie citoyenne d’une manière générale. Ça peut prendre différentes formes et nous ne voulons pas hiérarchiser ou mettre en avant une forme plus qu’une autre, en sachant qu’il faut savoir garder raison et rester critique à chaque instant pour tenter d’apporter une information la plus juste et parfaite mais aussi alternative.

  1. ReSPUBLICA avait salué la naissance du quotidien en février dernier, voir http://www.gaucherepublicaine.org/chronique-devariste/le-coup-de-coeur-devariste-un-nouveau-journal-un-vrai/7397613.
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