Extrême-droite

Enseignements de la manifestation du 13 janvier 2013 : ordre moral et extrêmes droites

lundi 14 janvier 2013

Vous avez tous lu de nombreux articles sur la mobilisation contre le « mariage pour tous » officiellement souhaité par le le président de la République et le gouvernement socialiste. Nous allons essayer d’en tirer quelques enseignements. Quelques centaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel pour cette manifestation de l’ordre moral. Et les organisateurs veulent réitérer la mobilisation d’ici la fin du mois.
Rappelons que l’exécutif a laissé à l’extrême droite catholique du temps pour mobiliser ses troupes. Alors que la gauche de gauche, opposée au traité budgétaire, n’a eu qu’un petit mois pour le faire. Deux poids, deux mesures. Pan sur le bec de la gauche social-libérale. Cela s’explique par le fait que l’extrême droite catholique, qui est à la manœuvre, bénéficie sur ce type de sujet de larges soutiens à droite mais aussi à gauche (voir par exemple l’évangélique ancienne ministre de François Mitterrand Georgina Dufoix).
Cette manifestation est extrêmement instructive sur la droite, l’extrême droite, mais aussi sur la gauche.D’abord, dans la gauche, il y a une sous-estimation de ce que représente l’extrême droite catholique, dont les membres se retrouvent politiquement, soit au Front national, soit dans l’UMP. Pour se remettre dans la raison, il suffit pourtant de lire, comme nous le faisons régulièrement à Respublica, les livres et l’hebdo de Golias. Ainsi, pour une partie de la gauche, l’extrême droite se résume à l’extrême droite politique du FN, qui est un compromis entre les deux extrêmes droites que nous allons qualifier ci-après. En fait, la gauche néglige le fait qu’il y a plusieurs extrêmes droites, notamment une extrême droite païenne (quelquefois appelée extrême droite nazie) et des extrêmes droites religieuses. C’est une fois de plus, ne pas avoir compris les enseignements de la vie politique des années 30 et du pétainisme. Répétons-le, l’extrême droite catholique est bien plus dangereuse en France que l’extrême droite païenne. Et ce qui est plus dangereux encore, c’est quand ces deux extrêmes droites s’allient. Ce qu’elles tentent aujourd’hui.

Il faut comprendre qu’avec le règne de Woytila, appelé Jean-Paul II par ses thuriféraires, l’extrême droite catholique a pris le contrôle du Vatican (alors que le tournant de Vatican II avait eu la conséquence notable d’écarter l’extrême droite catholique). Cette prise de pouvoir s’est réalisée dans des circonstances qui restent à élucider (entre autres la mort subite d’Albino Luciani, appelé dans l’église Jean-Paul Ier, sans compter les soubresauts au sein du Vatican et la fin étonnante de certains de ses financiers). Monsieur Woytila, membre numéraire de l’Opus Dei, est resté suffisamment de temps à la tête du Vatican pour nommer assez de cardinaux pro-Opus Dei pour permettre que Joseph Ratzinger, que certains appellent Benoît XVI, soit élu à sa succession dans un fauteuil !
Donc nous sommes dans la situation où l’église catholique est dirigée par l’extrême droite catholique depuis des décennies. Le 31 janvier 1999 , l’extrême droite catholique a réussi à mobiliser en France 100.000 personnes (qui sont passées sous des portiques de détection pour que le chiffre ne soit pas contesté) autour des Associations familiales catholiques (AFC) et de Familles de France (FF)1.
Au sein de l’église catholique, la conférence épiscopale française a longtemps résisté à la direction extrême droite du Vatican. Mais aujourd’hui, elle s’est ralliée. D’où le franchissement de la ligne jaune du Secrétariat général de l’enseignement catholique (SGEC), bras armé du cléricalisme catholique, quant il a entrepris de mobiliser le réseau des écoles privées sous contrat, en bafouant même la sinistre loi Debré de 1959. D’où l’appel lancé par André Armand Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale, qui retrouvait là les accents cléricaux de l’Eglise au début du XXe siècle ou dans les années 1930 et 40.
Comme le précisait notre dernier édito, l’accroissement de la lutte de classes due à la quadruple crise culturelle, économique, financière et de la dette publique que nous traversons, a comme conséquence la droitisation de la droite parlementaire. La manifestation contre le « mariage pour tous » devient donc une manifestation de l’ordre moral et une tentative politique (non encore réussie mais le chemin est clair !) d’alliance tripartite « église catholique-extrême droite catholique-droite parlementaire ».
Même une partie heureusement très minoritaire de la gauche social-libérale et de la gauche de gauche est elle-même influencée par l’idéologie de l’extrême droite catholique. Soit dans son soutien à l’ordre moral via ses prévisions de vote au Parlement, soit dans l’affirmation hypocrite que cette mesure n’est pas prioritaire et que François Hollande n’aurait pas dû proposer ce texte. Cette attitude est un pendant à la dérive ultra-laïciste anti-islam (ultra-minoritaire cependant) que nous connaissons dans cette période, dérive qui n’hésite pas à rejoindre l’extrême droite païenne (il suffit de lire Riposte laïque pour voir les écrits de militants de la gauche social-libérale et de la gauche de gauche en faveur des identitaires et de Marine le Pen).
Voilà pourquoi, nous le disons clairement :

  • nous sommes contre les idéologies des extrêmes droites païenne et religieuse, même quand elles influencent une petite minorité de la gauche social-libérale et de la gauche de gauche ;
  • nous sommes pour la globalisation des combats, pour les ruptures démocratique, laïque, sociale et écologique. Voilà pourquoi nous appelons à la mobilisation populaire et parlementaire pour le « mariage pour tous » et contre cette manifestation de l’ordre moral. Mais bien évidemment, nous continuerons aussi à la même mobilisation pour la démocratie, la laïcité, le social et l’écologie ;
  • nous sommes pour résister et combattre la poussée cléricale au même niveau que tous les autres combats que nous menons avec le journal Respublica. Allez, on va le dire, quid du combat laïque dans les textes de congrès du PCF et du PG ?
  1. Depuis, une révolution de palais a éliminé la direction de l’extrême droite catholique (Bichot, Marcilhacy) de Familles de France pour une direction de droite catholique classique. []
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