Combat social

La direction nationale de la CFDT pousse dehors son coordonnateur Sanofi

mardi 30 avril 2013
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.

La CFDT reste cohérente avec sa nouvelle ligne stratégique. Son alliance stratégique avec le Medef l’entraîne à faire la chasse aux responsables locaux “coupables” de manifester contre la loi du Medef avec la CGT. La direction confédérale, droit dans ses bottes, visait particulièrement Pascal Vially, coordonnateur CFDT chez Sanofi, l’entreprise spécialiste des licenciements boursiers (voir la vidéo que Respublica a effectué avec Laurent Ziegelmeyer, responsable CGT de la même entreprise, en octobtre 2012 http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/sanofi/5054 ). Véronique Pamiès, déléguée CFDT de Sanofi Lyon avait lancé avec d’autres camarades une pétition pour soutenir Pascal Vially. La direction confédérale lui a alors retirée son mandat syndical. Anticipant son tour, Pascal Vially démissionne de la CFDT et retourne travailler sur un poste de travail Sanofi. Voici quelques phrases significatives de la longue lettre expliquant son geste :

En préambule je souhaite rappeler que contrairement aux idées reçues véhiculées par les structures CFDT  je suis personnellement très attaché à la culture du dialogue et de la négociation chers à la CFDT. J’en apporte pour preuve si besoin était, le nombre très élevé d’accords que j’ai pu signer, chaque fois à l’issue d’un processus démocratique de prise de décision collective des équipes CFDT concernées…

Tout a changé lorsque la nouvelle Direction de Sanofi est arrivée, en 2009, avec de nouveaux objectifs et de nouvelles méthodes….

Ce que j’ai vu ces derniers mois dépasse l’entendement et mérite que l’on s’attarde. Le 11 juin 2012, le Secrétaire Général de la FCE-CFDT m’appelle pour me dire qu’une réunion va avoir lieu en toute confidentialité, entre la Direction Sanofi, la confédération CFDT en la personne de son secrétaire général F. Chérèque, et la fédération en sa propre personne, et me demande de lui transmettre un bilan de la situation chez Sanofi. Je lui adresse en réponse le travail réalisé en intersyndicale Sanofi, qui a été envoyé dans la foulée à différents ministères car nous anticipions à l’époque une annonce imminente de nouveau plan de restructuration à visée financière. Je lui précise être en désaccord avec la méthode : une réunion secrète au plus haut en amont des annonces, en dehors du cadre légal de négociation et des instances représentatives du personnel, qui laisse le doute sur la possibilité d’accords cachés, et je lui demande la possibilité d’évoquer cette réunion et son contenu en toute transparence avec les équipes CFDT, ce qui m’est refusé.

Le 29 juin 2012, le Secrétaire général de la FCE-CFDT me … donne les consignes suivantes : « Ne pas faire d’intersyndicale avec la CGT, ne pas agiter les chiffons rouges, ne pas faire trop de bruit dans les medias, et le message à retenir est le suivant : ce plan permet de sauvegarder la recherche en France, et la compétitivité de Sanofi.

l’intersyndicale (de Sanofi, NDLR) évaluera le nombre réel de suppressions de postes à environ 2000, alors que le groupe réalise des milliards d’euros de bénéfices, et confirmera l’analyse selon laquelle ce plan est uniquement financier dans le cadre d’un plan d’économies drastiques et d’une augmentation de la proportion des bénéfices remontée aux actionnaires sous formes de dividendes. L’intersyndicale dénonce l’externalisation de la R&D et des fonctions support, les délocalisations de vaccins, la désorganisation, la financiarisation…   Au vu de ces faits, le comité de liaison CFDT Sanofi (composé de 16 représentants nationaux de la CFDT Sanofi) a décidé dès le départ à l’unanimité de combattre fermement ce plan au sein d’une intersyndicale qui regroupera les 5 organisations syndicales représentatives au niveau national, plus Sud qui est notamment bien représenté à Toulouse. Contrairement aux consignes données par notre fédération, la CFDT Sanofi s’investit fortement dans une mobilisation sans précédent à l’échelle du Groupe, toutes décisions validées au préalable démocratiquement, dans un contexte très fortement médiatisé dont je deviens personnellement l’une des figures au sein de Sanofi avec plusieurs prestations télévisées, et multiplie les interventions auprès des politiques pour solliciter leur intervention et leur soutien (élus locaux, maires, députés et sénateurs, ministères, Elysée…) avec en points d’orgue des auditions auprès de l’Assemblée Nationale et du Sénat et plusieurs échanges avec M. Montebourg.   Dans toutes nos actions, la CFDT s’est faite le relai d’une exigence de retrait d’un plan social dévastateur, inefficace et motivé par les seuls impératifs financiers, et d’une demande de loi contre les licenciements dans les groupes qui font de larges bénéfices. A l’inverse, la confédération CFDT, qui a brillé par son absence comme toutes les autres confédérations dans toutes nos manifestations, a multiplié des interventions médiatiques (dès le 6/07/2012 !) visant à minorer l’impact social de ce plan, à justifier sa nécessité, et à refuser toute législation contre les licenciements financiers. Et pour cause ! La confédération CFDT s’était engagée dans une tout autre orientation dans le cadre de la conférence sociale, qui allait accoucher d’un ANI qui va plutôt dans le sens d’une plus grande souplesse des licenciements économiques…

… Un débat interne dans la CFDT Sanofi a confirmé ce que nos adhérents et militants de terrain pensent de cet ANI : deux tiers des sections donnent un avis négatif…

…le constat pour nombre de militants de ces entreprises, est qu’aucune confédération syndicale ne souhaite organiser vraiment une convergence de toutes les manifestations contre les licenciements financiers.

Dernier point en date : j’ai eu confirmation de la bouche de la Direction Sanofi, d’une rumeur qui m’était revenue aux oreilles. Dans le cadre des mesures d’accompagnement du plan de restructuration, figure un volet qui permet à des seniors de partir travailler pour des associations tout en étant payés par Sanofi. Il est aujourd’hui clairement établi que les Organisations Syndicales pourront bénéficier de cette mesure, en accueillant de nouveaux permanents syndicaux dans les structures syndicales, payés par Sanofi, grâce au plan social : n’y a-t-il pas là un conflit d’intérêt évident ?

N’est-ce pas une triste histoire de voir des militants sincères, utilisant l’argumentation, le débat, la démocratie, pour faire leur travail syndical se faire malmener par une organisation syndicale défendant de façon opaque d’autres intérêts dans une culture de soumission exclusivement descendante?
Malheureusement, beaucoup d’organisations politiques, syndicales, associatives ou mutualistes sont dans ce même déni de démocratie.
Notre conviction est que cette affaire ne doit pas seulement amener de la compassion pour les militants incriminés mais faire réfléchir l’ensemble du mouvement social et politique. Notre conviction est que parmi, les ruptures nécessaires pour mener la transformation sociale et politique, la rupture démocratique est la première des ruptures nécessaires. Cette rupture doit être fait dans le champ politique, le champ social et dans l’entreprise. Mais la crédibilité des organisations qui le disent n’existera que si elles commencent par l’appliquer dans leur propre organisation. Et on en est loin ! Voilà pourquoi les conférenciers de Respublica et du Réseau Éducation Populaire font une large place à l’enjeu démocratique.

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