Proche-Orient

Les sionistes chrétiens : de faux amis d’Israël

lundi 23 novembre 2009

La plupart des dirigeants israéliens, Menahem Begin, Ariel Sharon, Benyamin Nétanyahou, Ehud Olmert… et les deux autres composantes du lobby pro-israélien aux Etats-Unis d’Amérique ne tarissent pas d’éloges à l’égard des intégristes chrétiens évangélistes pour leur soutien indéfectible à Israël ; soutien qui remonte, à 1977, suite à l’accession au pouvoir du parti d’extrême droite israélien, le Likoud.

Cet éloge est tel que l’une de leurs figures emblématiques, le télévangéliste, Jerry Falwel, leader de l’organisation intégriste, Moral Majority, s’est vu offrir en 1979, par Begin, un jet privé, et d’être, en 1980, l’unique non-Juif à recevoir par Begin, également, la fameuse médaille Jabotinsky.

« Nous soutenons Israël, explique John Hagee, fondateur du Christians United for Israel, parce que toutes les autres nations ont été crées par la volonté des hommes, mais qu’Israël a été crée par la volonté de Dieu. »

En vérité, leur soutien en Israël va uniquement aux intégristes juifs, ainsi qu’à la droite et à l’extrême droite. Ils ont crée à cet effet une multitude d’organisations : Christians United for Israel (CUFI), National Christian Leadership Conference for Israel, Unity Coalition for Israel, Christians Friends of Israeli Communities, etc.

Ils disposent aussi d’une force de frappe importante : un budget annuel de plusieurs millions de dollars, grâce aux dons de richars appartenant à leur mouvance, des dizaines de think-tank, plus de 600 stations de radios et de chaînes de télévisions, etc.

Selon le rabbin états-unien, Yechiel Eckstein, grâce surtout à ces sionistes américains, près de 60 millions de dollars ont été récoltés, depuis 1993, au profit de l’Etat hébreu. Cet argent a servi à inciter, près de 200 000 Juifs des Etats-Unis d’Amérique, de Russie et d’Argentine à émigrer en Israël. De même que les touristes chrétiens, constitués d’une part importante d’évangélistes, rapporte près de 1 milliards de dollars par an à ce pays.

Si les sionistes chrétiens militent aussi fébrilement pour l’émigration des Juifs en Israël, et contribuent au financement de leur implantation dans ce pays et dans les Territoires palestiniens ; et s’il s’opposent aussi farouchement à l’avènement d’un Etat palestinien ou à la cession du moindre bout de territoire à ce peuple, ce n’est nullement pour faire le bonheur des Israéliens et d’Israël, mais parce qu’ils considèrent la conquête de la Terre promise par les Juifs, comme l’étape précédant la seconde venue du Christ pour mille ans, conformément aux Ancien et Nouveau Testaments.

Leur doctrine dispensationaliste, fondée au XIXe siècle en Grande-Bretagne, par principalement les pasteurs, Louis Way et John Nelson Narby, considère que le monde est appelé à connaître, avant ce retour, le chaos, qui verra périr, au cours de la bataille d’Harmageddon, les deux-tiers des Juifs, et se convertir au christianisme les rescapés parmi eux.

Des chrétiens sionistes et antisémistes

L’ancien président de l’Eglise baptiste du Sud, Bailey Smith, avait déclaré : « Dieu n’entend pas les prières des Juifs. » « Les Juifs, a écrit récemment, John Hagee, leader du CUFI, avait tout, sauf une vie religieuse ». Il précise aussi que l’antisémitisme a pour cause la «rébellion des Juifs [contre Dieu] » et que Dieu allait attirer les « nations antisémites en Israël pour soumettre les Juifs d’Israël, afin qu’ils confessent qu’Ils est le Seigneur. »

Pour autant, ces propos racistes n’ont pas répugné l’AIPAC, qui a invité peu de temps après, leur auteur à sa conférence annuelle de 2007, et d’ovationner le discours que celui-ci prononça à cette occasion.

Ces évangélistes, qui appartiennent à la droite et surtout aux conservateurs du Parti républicain, n’ont dans leurs bouches, que les propos misogynes tels que ceux de l’apôtre, Saint-Paul : « le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme. », « L’homme […] est l’image et la gloire de Dieu : […] la femme, est à la gloire de l’homme. »

Ils prônent, à l’instar des islamistes, l’interdiction de l’avortement et de la mixité dans le sport, l’inégalité entre les sexes, incitent les femmes mariées à rester à la maison pour se consacrer exclusivement à mettre au monde des enfants et à les élever, pratiquent le racisme et les discriminations dans leurs universités, fustigent les homosexuels, qu’ils accusent d’être la cause du Sida, etc.

Pourtant, nombre de leaders sionistes chrétiensn’ont pas moins été éclaboussés par plusieurs scandales : détournements de centaines de milliers de dollars, parmi les dons destinés à des pauvres ou à des malades dans les pays du tiers-monde, rapports sexuels avec des homosexuels et des prostitués, mensonges en public…

L’un d’entre eux n’est autre que le virulent, Pat Robertson, ancien candidat, en 1988, à l’élection présidentielle. Celui-ci n’avait pas hésité, en janvier 2006, à qualifier l’attaque cérébral, dont Sharon a été victime, de punition divine, parce qu’il avait cédé Gaza aux Palestiniens

« Un Palestinien, ça n’existe pas ».

Néanmoins, l’extrémisme et le bellicisme des sionistes chrétiens inquiètent grandement les organisations juives modérées, tant en Israël, qu’aux Etats-Unis d’Amérique et dans le reste du monde. Elles voient en eux une menace à long terme visant à convertir les Juifs au christianisme, ainsi qu’un obstacle à la paix entre Israéliens et Palestiniens, et entre Israël et les autres pays du Moyen-Orient.

D’ailleurs, « Un Palestinien, ça n’existe pas », pour Malcom Hedding, directeur de International Christian Embassy Jerusalem.

Ces intégristes avaient également organisé à Washington un rassemblement de soutien aux bombardements intensifs et à grande échelle du Liban par Israël, en 2006. Jerry Falwel a déclaré en cette circonstance : « Nous sommes au bord d’une guerre sans limites. » qui servira de « prélude ou d’annonce à la bataille d’Armageddon et au retour glorieux de Jésus-Christ. » Pour sa part, John Hagee avait estimé, en 2006, qu’une attaque nucléaire préventive contre l’Iran par Israël, comme « imminente et inévitable. »

Il ne faut alors pas s’étonner que Jo-Ann d’American for Peace Now considère, comme une « alliance impie », l’alliance entre sionistes chrétiens et la grande majorité des organisations sionistes juives américaines ; ou que l’Israélien, Yossi Alpher, déclare à la chaîne de télévision, C.B.S, que le soutien des sionistes chrétiens aux colonies : « nous mène tout droit au désastre. », avant d’ajouter à leur sujet : « Dieu nous préserve de ces gens-là. ».

Il ne s’agit, bien évidemment, pas de mettre toute l’Eglise chrétienne états-unienne dans un même sac. Un grand nombre de ses ecclésiastiques et de citoyens états-uniens s’opposent au nom de leur foi chrétienne aux implantations des colonies juives sur les territoires palestiniens, aux exactions et aux injustices, dont ce peuple est victime, et soutiennent la solution de deux Etats, et donc en échange le droit à l’existence, à la sécurité et à la paix d’Israël, selon les Accords d’Oslo.

Sources :

  • Caroline Fourest et Fiammetta Venner : Tirs croisés. La laïcité à l’épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, éditions Calmann-Lévy, Paris, 2003.
  • John J. Mearsheimer et Stephen Walt : le Lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, éditions La Découverte, Paris, 2009.
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