Chronique d'Evariste

Vers une crise politique paroxystique Symptômes actuels

mercredi 28 avril 2021
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La gauche du système et la gauche de la gauche participent à leur propre éloignement des avant-postes de la lutte des classes. En cette période de crise larvée de longue durée, la perspective d’une gauche de gauche (selon le concept forgé par notre camarade économiste feu Michel Zerbato), seule à même de pouvoir construire un bloc historique majoritaire – menant concomitamment la lutte des classes et la bataille pour une nouvelle hégémonie culturelle  -, a du mal à éclore.

Voilà pourquoi, malgré ici la résistance syndicale locale, et là le développement des mouvements sociaux (gilets jaunes, luttes locales victorieuses, noyaux militants engagés dans une nouvelle praxis, etc.), ce sont les forces liées à nos deux formes actuelles du capitalisme, le néo et l’ordo-libéralisme, qui se déploient en dirigeant seules l’agenda politique de la séquence.

Le bal est mené par la « bande des trois » : l’extrême centre macroniste (selon le concept forgé par l’historien Pierre Serna), la droite installée et l’extrême droite. Ils réussissent à masquer la contradiction principale de la période grâce à la surexposition des contradictions secondaires orchestrée par un contrôle médiatique presque total. Trois événements récents structurent le propos que nous tenons.

  • Le premier est le traitement médiatique de la préparation de la présidentielle, élection centrale du système institutionnel capitaliste français.
  • La deuxième est le détournement du principe de laïcité par la « bande des trois ».
  • Le troisième est l’organisation d’un acte séditieux militaro-policier par l’extrême droite.

Préparation de la présidentielle

La tentative d’une union de la gauche sans contenu proactif en évacuant toutes les questions principielles posées par les classes populaires (primat de la question sociale et de la mobilisation de la classe populaire, liaison du combat laïque et du combat social pour fédérer le peuple, causes et traitement des injustices sociales et des politiques anti-populaires, etc.) – à quoi s’ajoute la course pour savoir qui sera le premier d’une gauche largement minoritaire à être éliminé dès le premier tour… –  n’est pas propice à une mobilisation populaire, qu’elle soit sociale ou électorale.

Même la gauche de la gauche est tentée par les pensées magiques perdantes : homme ou femme providentiel, revenu universel inconditionnel sans toucher aux rapports sociaux de production et sans tenir compte des réalités anthropologiques et monétaires, sortie des énergies fossiles et nucléaire d’ici 2030 alors que même Négawatt postule 2050, racialisation de la question sociale, priorisation des questions de race et de genre par rapport aux questions laïques, sociales et écologiques, néoféminisme contre féminisme républicain, racialisme contre lutte antiraciste, maintien du tabou de la propriété lucrative contre la propriété d’usage, abandon d’une politique d’immigration et de nationalité républicaine et sociale, acceptation de tomber de Charybde en Scylla plutôt que transition énergétique, acceptation d’un recul démocratique avec le remplacement de l’élection populaire au suffrage universel par le tirage au sort et par la prolifération des pratiques anti-démocratiques au sein des organisations syndicales et politiques de gauche, écriture « inclusive » contre langue française populaire, essentialisme et universel formel vs. universel concret, seul antidote au désastre qui s’annonce, etc.

Des Etats généraux de la laïcité au service de l’extrême centre

Alors que les gauches deviennent de plus en plus ouvertes et complaisantes aux thèses des adversaires de la laïcité (qui sont les  mêmes que les adversaires des conquis sociaux !), la « bande des trois » tente de renforcer son hégémonie culturelle en changeant, chacun à sa façon,  la définition du principe de laïcité. Ainsi, le débat médiatique se situant uniquement entre eux trois, les gauches néolibérales, essentialistes ou soi-disant radicales sont sommées de choisir l’une de leurs définitions !

Ces Etats généraux de la laïcité sont donc engagés par Marlène Schiappa avec les « solutions » uniquement sécuritaires de la droite installée et les politiques implicites de l’extrême droite. Et ce n’est pas l’excellente intervention philosophique d’Henri Pena-Ruiz que nous saluons, une fois de plus, qui changera le devenir de ces Etats généraux au service de l’extrême centre macroniste.
Le ballet de la « bande des trois » utilise tour à tour l’essentialisme, l’universel purement formel et une forme de solipsisme (1)« Conception selon laquelle le moi, avec ses sensations et ses sentiments, constitue la seule réalité existante dont on soit sûr », selon Larousse, cette attitude d’extrême idéalisme empêche de concevoir le réel du monde et est incompatible avec une praxis laïque, sociale et globale.. Malheureusement, les organisations syndicales et politiques de la gauche soi-disant radicale restent malgré tout en partie influencées par les formes de l’idéologie dominante en matière de laïcité que l’on vient de décrire. Voilà pourquoi il nous faut entreprendre une campagne pour une nouvelle hégémonie culturelle qui refuse les trois faux amis de l’idéologie dominante que sont l’essentialisme, l’universel formel et sur la segmentation solipsiste.

Nous devons promouvoir un universalisme concret qui globalise l’ensemble de la question laïque au sein d’une politique holiste incluant questions démocratiques, sociales et écologiques.
Qui n’a compris que la loi de 1905, insérée dans l’actuel droit positif français,  ne permet plus de respecter ses deux premiers articles à cause de la hiérarchie des normes et de la prééminence du dernier texte voté face à un texte plus ancien ? D’où le foisonnement des financements publics des structures religieuses de toute nature par tous les partis participant à un exécutif local ou national.
Qui n’a compris que les liens du néolibéralisme avec les communautarismes intégristes de toute nature emportent comme un tsunami les idéalismes ?

Un acte pré-séditieux

Et voici que sort la tribune  du 14 avril sur https://www.place-armes.fr/post/lettre-ouverte-a-nos-gouvernants. Tribune peu lue au départ par les militants, plus prompts à se contenter de commentaires dans la presse médiatique et militante. Un millier de signatures avant publication, 8 400 à l’heure où est écrit ce texte… Il y faut du temps et de l’organisation. Signature de retraités pour cause de protection. Mais signatures allant de généraux de corps d’armée jusqu’à la troupe (jusqu’à des deuxièmes classes). Mais pas seulement :  des gendarmes (militaires), mais aussi des majors de la police nationale (les médias dominants ont du mal à lire jusqu’au bout).
Percée médiatique le jour de sa publication – qu’on ne peut juger innocente – par Valeurs actuelles  à la date symbolique du 21 avril pour le 60e anniversaire du putsch d’Alger ! Les deux derniers paragraphes prévoyant « l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national » et se terminant par « On le voit, il n’est plus temps de tergiverser sinon, demain la guerre civile mettra un terme à ce chaos croissant, et les morts, dont vous porterez la responsabilité, se compteront par milliers. »
Première réaction : celle de Marine Le Pen le 23 avril saluant « le courage » des auteurs en les appelant à la rejoindre. Le lendemain, un communiqué du site Place d’Armes récuse ce « racolage pour des objectifs électoraux ». Il faut attendre le 25 avril au soir pour avoir droit à une réaction minimale et gênée de la ministre des Armées jugeant ce texte « irresponsable » ! La droite installée regardant ailleurs et minimisant l’événement. Macron surfe sur les perspectives de déconfinement alors que la France a l’un des taux d’incidence de la syndémie les plus forts de l’OCDE… Pas une procédure, pas de mission d’enquête d’ampleur lancée par l’exécutif envers les signataires de cette tribune factieuse ! Voilà où nous mènent tous ceux qui ont détruit la conscription militaire du contingent. (2)La CGT note que même le Conseil supérieur de la réserve militaire ne se réunit plus à la fréquence habituelle. Jaurès reviens !

Amis et camarades, formez des noyaux militants, partout sur le territoire national, pour engager des débats argumentés sur cette crise politique paroxystique en développement. Sortez du conformisme qui nous fait reculer sur tous les plans, pour faire la lumière sur le réel, travailler à l’émergence d’un bloc historique majoritaire, pour la future république sociale ! Hasta la victoria siempre !

Notes de bas de page

1 « Conception selon laquelle le moi, avec ses sensations et ses sentiments, constitue la seule réalité existante dont on soit sûr », selon Larousse, cette attitude d’extrême idéalisme empêche de concevoir le réel du monde et est incompatible avec une praxis laïque, sociale et globale.
2 La CGT note que même le Conseil supérieur de la réserve militaire ne se réunit plus à la fréquence habituelle.
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