L’ordinaire du maintien de l’ordre et des effets d’annonce macronistes
6 800 personnes mises en garde à vue. 21 écrouées. Une main arrachée, un œil perdu, une double fracture de la mâchoire, 24 enquêtes ouvertes par l’IGPN. Tels sont les chiffres de la mobilisation lycéenne et estudiantine, de l’avis général réussie, du 5 octobre. Réponse du gouvernement Lecornu : cahiers de doléance, 3024 professeurs remplaçants mobilisés. Bref : la routine sous la Présidence Macron.
D’un côté, une répression policière sans ordre de retenue donné par le ministre de l’Intérieur face, pourtant, à des milliers de primomanifestants, inexpérimentés. Puis le Premier ministre sort 3 024 enseignants de son chapeau, tel un magicien avec un lapin. Le bon sens aurait voulu qu’ils soient mobilisés avant la crise en raison de milliers d’heures de cours annulées faute d’enseignants à mettre devant les élèves.
Nous avions souligné la semaine dernière que la présidence Macron fonctionne à la crise. Nous en avons une nouvelle démonstration avec « la crise des lycées » que le gouvernement a tenté en vain de requalifier en « émeutes urbaines », qualification bien faite pour plaire aux médias audiovisuels avides de sensationnalisme plus que d’un examen sérieux des griefs et des propositions des lycéens ; le tout en fustigeant une instrumentalisation du mouvement par LFI.
Des médias complaisants
Là encore, du classique. Une poubelle flambe ? On en fera une image repassée en boucle par les chaines dites d’information en continu (en réalité, des conciliabules interminables entre éditocrates et toutologues, avec une prime aux plus réactionnaires). Le site ACRIMED a ainsi calculé qu’au journal de France 2, 75% du temps ont été dédiés aux violences et aux dégâts matériels contre… 8 % aux revendications lycéennes !(1)https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout.
À l’occasion de cette séquence, l’on a découvert médusé l’état de délabrement de certains établissements indigne d’une République sociale : toilettes inondées, portes qui ne ferment plus, fenêtres dans le même état, plafonds qui s’écroulent, rats qui courent dans les couloirs. Tout se passe comme si l’interdiction des portables avait incité les élèves à relever la tête et à constater la honte des conditions d’apprentissage qui sont les leurs(2)https://legrandcontinent.eu/fr/dimanches/et-si-linterdiction-du-portable-avait-declenche-la-revolte-des-lyceens/?utm_source=brevo&utm_medium=email&utm_campaign=LLQ%20-%206%20octobre.. Diffusées sur les réseaux sociaux, ces images édifiantes expliquent la « crise de vocation » des enseignants : qui aurait envie de travailler dans de telles conditions… hormis les hospitaliers ?
La pauvreté des lycées mise en évidence par la « démocratie lycéenne »
Selon le quotidien vespéral Le Monde, la plateforme mise en place par le gouvernement pour recueillir les revendications lycéennes, pas si lointain écho des cahiers de doléance des « gilets jaunes », viendraient en tête les journées et classes trop chargées, puis loin derrière le stress suscité par Parcoursup et enfin l’interdiction des portables(3)https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/10/09/mobilisation-lyceenne-les-premieres-surprises-de-la-plateforme-de-concertation_6790617_823448.html.. On s’étonne que n’y figurent pas les abandons des collèges et lycées publics qui menacent ruine, mais il est vrai que l’entretien du bâti incombe aux régions. Belle aubaine pour le gouvernement pour se défausser de ses propres responsabilités.
Tout se passe comme si l’interdiction des portables avait incité les élèves à relever la tête et à constater la honte des conditions d’apprentissage qui sont les leurs.
Comment a-t-on fait, ou pas fait, pour en arriver là ? On nous bassine avec l’enquête PISA, mais, si j’ose dire, la collectivité en a pour son argent. Si l’interdiction des portables a joué le rôle de détonateur pour mettre au grand jour cette situation, certes inégalement, dramatique de l’état de l’école publique en France, l’initiative aura au moins eu ce mérite. Les lycées flambants neufs, si l’on ose dire, dont se gargarisent certains élus jouent le rôle de village Potemkine. Ici, un nouveau lycée récemment construit, là un établissement « complètement » rénové. Les arbres qui cachent la forêt.
Un pouvoir acculé
Le gouvernement joue le pourrissement dans un contexte budgétaire austéritaire.
Comment sortir d’une telle crise ? Clairement les annonces gouvernementales ne satisfont pas la majorité des porte-parole lycéens. Ces derniers ont bien compris que le gouvernement joue le pourrissement dans un contexte budgétaire austéritaire – les annonces tentent de dissimuler une baisse, compte tenu de l’inflation, de la dépense réelle, et les autorités anticipent la baisse des effectifs lycéens dans les années qui viennent.
Investir massivement dans les établissements : impossible budgétairement, d’autant que les prétendants aux postes de professeur ne se bousculent pas au portillon ; la sélection via Parcoursup : encore impossible de renoncer à la sélection dans le supérieur, d’autant que les universités sont à l’os ; instaurer une « démocratie lycéenne » qui a tous les airs de gadget, tant la voix lycéenne est inaudible dans les instances où prévaut une gouvernance autoritaire et verticale.
Jouer la montre pour des parents inquiets pour leurs enfants
L’austérité qui s’annonce va jouer, non dans le sens de la démocratisation, mais dans celui d’une gouvernance verticale.
Disons-le encore une fois : l’austérité qui s’annonce va jouer, non dans le sens de la démocratisation, mais dans celui d’une gouvernance verticale. À cet égard, le déploiement des forces de l’ordre surarmées lance un signal à celles et ceux qui auraient encore des velléités de manifester, même avec leurs parents. Rappelons-nous que le premier mandat s’est ouvert sur l’affaire Benalla, proche du nouveau président pris en flagrant délit de tabasser, casqué, des manifestants du 1er mai. La frayeur que les gilets jaune ont causée au Pouvoir, a renforcé cette peur de la rue et la tendance à la militarisation des forces de l’ordre. Dernière solution : jouer la montre.
Nous ne sommes pas devins et il est difficile d’anticiper le devenir de cette mobilisation : délitement ou radicalisation ? Une chose est certaine : il n’y aura pas d’autres annonces du gouvernement Lecornu. Il n’a plus rien à proposer pour faire face à la mobilisation lycéenne et estudiantine massive, et ce, d’autant plus qu’il fait face à d’autres revendications, des agriculteurs, des automobilistes, des hospitaliers, etc.
Notes de bas de page
