(sur)Vive le peuple iranien !

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Manifestation à Paris (France) le 17 janvier 2026 - FreCha, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Aujourd’hui, le peuple iranien est seul, coupé du monde par le blocage de l’Internet et le brouillage de Starlink. Les Mollahs terroristes exécutent à huis clos. Combien de victimes ? C’est impossible à estimer. Plus de 4 000 morts en une seule semaine de manifestations, c’est certain. Toutefois, des ONG iraniennes évoquent plus de 30 000 morts. Le « Guide Suprême » (des tueurs), Ali Khamenei, reconnaît lui-même « des milliers de morts ». Il faudra certainement attendre des semaines, voire des mois, pour connaître l’étendue du désastre.

 

Quant aux milliers de personnes emprisonnées, leurs sorts suscitent une incertitude angoissante quand on sait que, pendant l’année 2025, en période dite de paix civile, ce sont plus de 2 000 détenus qui ont été exécutés. Combien d’entre eux vont être liquidés dans les geôles des Gardiens de la Révolution en 2026, en période de guerre civile ? 5 000,10 000 ? Impossible à prévoir.

La solidarité internationale aux abonnés absents 

Face à ce massacre islamiste, la solidarité internationale est très faible… c’est le moins que l’on puisse dire. Une petite manifestation a bien eu lieu place du Panthéon le dimanche 18 janvier, mais la majorité des 3 000 participants était des réfugiés politiques iraniens.

Les campus étatsuniens ou britanniques sont étrangement calmes et on ne note aucun mouvement à Sciences Po Paris. Une apathie si étonnante que ça ? Visiblement, la cause du peuple iranien pour sa libération du carcan religieux n’est pas la tasse de thé des « décoloniaux », comme Houria Bouteldja, qui excuse carrément les Mollahs, ou des « wokistes » de tous poils. Il est vrai qu’il est délicat de soutenir le Hamas et le Hezbollah et de condamner en même temps leur commanditaire, le chef d’orchestre, c’est-à-dire Khamenei et sa bande infâme du clergé chiite iranien. 

Pour les Verts, le Parti communiste ou les syndicats, c’est justement « le minimum syndical ». Aucune manifestation de masse devant l’ambassade d’Iran. Même son de cloche du côté des « féministes », alors que les femmes sont en première ligne du combat pour la démocratie à Téhéran. Là aussi, l’indignation est sélective.

Ceux qui défendent le voile à l’école à Paris ne peuvent pas soutenir en même temps le mouvement « femme-vie-liberté » à Téhéran ! 

Cette passivité d’une partie de la gauche est finalement assez compréhensible, car le soulèvement de janvier en Iran remet en cause le cléricalisme en général avec son cortège d’oppression, d’atteintes aux droits des femmes, de tortures et d’exécutions commises par des milices dignes des fascistes-nazis. Ceux qui défendent le voile à l’école à Paris ne peuvent pas soutenir en même temps le mouvement « femme-vie-liberté » à Téhéran ! 

Quant à Jean-Luc Mélenchon, sa tactique rhétorique sournoise et malhonnête consiste d’une part à minorer la révolte politique iranienne en la réduisant à un simple combat contre « la vie chère » et, d’autre part, à dénoncer des ingérences d’Israël dans cette rébellion populaire. Notons une similitude des argumentaires entre les explications des tueries par les Mollahs et celles de Mélenchon : au final, la responsabilité retombe sur le Mossad, c’est-à-dire sur les services secrets israéliens. Du côté de sa fidèle Rima Hassan, spécialiste exclusive du Proche et Moyen Orient à LFI, c’est « silence radio ». Il faut rappeler qu’elle a été reçue en grande pompe il y a deux ans par Assad, le boucher de Damas, et allié des Mollahs jusqu’à sa chute. Elle est par ailleurs une partisane déclarée du Hezbollah, pure création des Gardiens de la Révolution iraniens, au moment du conflit contre Israël en 2024 et 2025.

Trump dit n’importe quoi et retourne sa veste 

D’autres forces, autrement plus importantes, portent une grave responsabilité indirecte dans l’extrême solitude du peuple iranien, et en premier lieu le président des États-Unis, Trump. Le show permanent et les multiples interventions contradictoires du « parrain de Mar-a-Lago » ont donné de faux espoirs aux manifestants. Pour faire une analogie historique, nous nous trouvons un peu dans le même cas de figure qu’à Budapest en 1956 : la CIA avait fait croire aux démocrates hongrois que leur insurrection provoquerait une intervention de l’OTAN à partir de la frontière autrichienne. Finalement, les insurgés furent abandonnés à leur triste sort. 

En effet, après les manifestations des commerçants du bazar de Téhéran qui se sont mobilisés contre l’hyper-inflation et l’effondrement économique, Trump a laissé miroiter une intervention de l’armée étatsunienne lorsque le mouvement se radicaliserait suffisamment et prendrait d’assaut les bâtiments officiels. Comme à son habitude, Trump a commis des déclarations particulièrement irresponsables, par exemple : « Prenez les institutions, l’aide arrive ! ».

Un début de résistance armée

Des groupes armés parmi les manifestants sont passés à l’action, peut-être des moudjahidines du peuple, et ont riposté les armes à la main aux forces de sécurité du régime qui tiraient sur le peuple. Cela a provoqué, à partir du 8 janvier, une véritable insurrection armée dans des dizaines de villes d’Iran. Il faut bien constater le nombre élevé de morts dans les forces de répression des gardiens de la révolution, mais surtout parmi les bassidji, milice de volontaires aux ordres du régime.

Ni la théocratie terroriste des mollahs ni le retour du Shah

Syndicalistes, communistes, militantes féministes, démocrates, moudjahidines du peuple, conservateurs du Bazar… toutes ces sensibilités politiques coexistent dans l’action.

Toujours sur le chapitre de l’irresponsabilité étatsunienne, Reza Pahlavi, le fils du dernier Shah d’Iran vivant aux États-Unis, n’a tenu aucun compte du rapport de force et a poussé lui aussi à l’insurrection générale. Pure créature des services américains, ce prétendant au trône bénéficie d’une crédibilité très relative en Iran. Certes, des monarchistes sont présents dans les manifestations, mais de manière minoritaire. De nombreux Iraniens se souviennent encore de la terrible dictature des Pahlavi, qui mena à son renversement par des foules immenses lors de la révolution islamique de 1979. En fait, le mouvement actuel est beaucoup plus large et divers que ne le laissent croire Trump et son entourage amoureux du futur Shah autoproclamé. Syndicalistes, communistes, militantes féministes, démocrates, moudjahidines du peuple, conservateurs du Bazar… toutes ces sensibilités politiques coexistent dans l’action. Pahlavi n’a aucun monopole ni exclusivité, et beaucoup de manifestants ne veulent à aucun prix le retour d’une monarchie, même constitutionnelle.

Les monarchies pétrolières vent debout contre l’intervention

Trump voulait-il vraiment intervenir ? C’est possible, mais pas certain. 

Par contre, ce qui est prouvé, c’est la mobilisation rapide et coordonnée des monarchies pétrolières autour de l’Arabie saoudite, du Qatar et d’Oman pour le dissuader d’agir. Pourquoi ce positionnement, alors que ces monarchies sunnites détestent le régime théocratique chiite iranien ? Tout simplement en raison de la peur du vide et de la crainte de l’effondrement complet du cours du pétrole. Analysons ces deux points.

Rêvons un instant et imaginons l’instauration d’un régime démocratique à Téhéran. Que se passerait-il pour les régimes monarchiques et théocratiques du golfe arabique ? N’y aurait-il pas un danger de propagation du « virus démocratique » à l’ensemble du Moyen-Orient ? L’Arabie saoudite, le Qatar et Oman évoquent cette possibilité en parlant officiellement de « menace de déstabilisation politique générale ». Ces régimes vermoulus n’ont rien à gagner à faire tomber la dictature islamiste iranienne… car elles sont elles-mêmes des dictatures islamistes !

Autre point, les monarchies du Golfe ont-elles le moindre intérêt à la libération des stocks de pétrole iranien, aujourd’hui sous embargo, sur le marché libre des hydrocarbures ? Absolument pas, les prix sont déjà à la baisse depuis quatre ans, passés de 124 dollars le baril en 2021 à 64 dollars aujourd’hui. Une augmentation de l’offre avec levée de l’embargo sur le pétrole iranien (et éventuellement vénézuélien) risque d’amener les cours vers les 40 dollars le baril, un désastre pour les rois du pétrole !

Sur ce sujet, Riyad et Doha ont dû trouver des alliés parmi les compagnies pétrolières étatsuniennes, en particulier texanes. Souvenons-nous que les pétroliers américains ont été, avec les entreprises des crypto-monnaies, les premiers contributeurs de la campagne électorale de Donald Trump en 2024. La principale méthode d’extraction aux États-Unis est la fragmentation des roches bitumineuses. Une méthode rentable si et seulement si le prix du baril est autour de 80 dollars le baril. Donc, plus longtemps l’Iran des mollahs et son pétrole sont hors jeu, mieux ce sera pour leurs intérêts financiers.

Et maintenant ?

Donc, Trump a retourné sa veste en se satisfaisant d’une soi-disant suspension des exécutions à Téhéran… pendant quelques jours !

Que va-t-il se passer dans les semaines à venir ? Sur le plan intérieur, un coup très sévère à l’opposition au régime de Khamenei a été porté avec les milliers de morts et les dizaines de milliers de personnes arrêtées. Il faudra hélas peut-être des années pour surmonter une telle défaite. Toutefois, il est possible qu’une intervention étatsunienne ou israélo-étasunienne soit finalement menée. Car Israël ne craint pas vraiment une déstabilisation générale du Moyen-Orient, tant redoutée par les pétromonarchies. Si le pouvoir financier considérable de l’Arabie saoudite et du Qatar diminue ou s’effondre, Jérusalem pourrait en tirer des avantages stratégiques. Un « deuxième round » est très possible, le dispositif militaire qui commence à être mis en place dans la région par l’US Army est impressionnant (arrivée de porte-avions dans la zone et d’une centaine d’avions de chasse F15…). Tandis qu’en Israël, les mesures de défenses et d’attaques sont toujours au maximum.

Mais, pour le moment, le peuple iranien est seul, coupé du monde et sans perspective politique. Aujourd’hui, à Téhéran, c’est « silence on tue… ».