Drive My Car, une pépite du cinéma japonais à découvrir absolument

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Présenté au festival de Cannes en juillet 2021 où il avait enthousiasmé la critique, Drive My Car de Ryūsuke Hamaguchi est visible en salle depuis le 18 août.

Le précédent film du réalisateur, le formidable Asako I & II, avait déjà été sélectionné à Cannes en 2018. Dans ce long-métrage, on pouvait déjà reconnaître toutes les qualités du réalisateur japonais, en particulier son talent de scénariste. Pour Drive My Car, Ryūsuke Hamaguchi a fondé son intrigue sur une nouvelle du même nom du célèbre écrivain japonais Haruki Murakami, agrégeant aussi des éléments de deux autres nouvelles (Shéharazade et Le bar de Kino) du même recueil intitulé Des hommes sans femmes. Et de cette nouvelle, il en a tiré un film de trois heures !

Recueil de nouvelles.

Pour résumer simplement l’intrigue : le personnage principal de Drive My Car est acteur de théâtre et metteur en scène ; devenu veuf, il est invité par un festival à monter la pièce Oncle Vania de Tchekhov. Son contrat stipule qu’il doit bénéficier d’un chauffeur pour effectuer les trajets entre son lieu de résidence et la salle de répétition. Il se voit donc contraint de confier les clefs de sa voiture, une Saab 900, à une jeune conductrice orpheline. Dans cet habitacle, ils vont peu à peu se dévoiler, se confier leurs peines respectives, se rapprocher pour finalement essayer de surmonter les drames qu’ils ont traversés. Mais de la même manière que dans Asako I & II, le réalisateur déploie plusieurs fils en parallèle, conférant au film une grande profondeur. Ainsi, la pièce Oncle Vania (citée dans la nouvelle de Murakami) pour laquelle on assiste au processus de répétitions devient un élément central du film par un jeu d’échos aux vécus des personnages. Le réalisateur déploie des trésors d’inventivité comme par exemple cet autre personnage de la troupe, une actrice coréenne sourde et muette, qui joue en langue des signes ou encore le fait d’avoir situé le festival de théâtre à Hiroshima, une ville à la charge symbolique évidemment lourde. Cependant, il reste très fidèle à l’univers de Murakami – que l’on pense notamment aux scènes de discussions dans des bars chics, assez présentes dans l’œuvre de l’écrivain qui tenait un bar de jazz avant de se lancer dans l’écriture –, ce qui était moins le cas de l’adaptation d’une autre de ses nouvelles Burning (sorti en 2018) adapté par un réalisateur coréen qui y avait insufflé une dose de fantastique.

Que Ryūsuke Hamaguchi ait remporté le prix du scénario à Cannes avec ce film est donc amplement mérité (d’aucuns pensaient qu’il aurait mérité la palme), mais il faut aussi souligner la qualité de sa mise en scène. Il a entre autres l’audace de faire intervenir son générique au bout de 45 minutes ! Chacun des plans est extrêmement travaillé et les acteurs et actrices sont particulièrement convaincants, y compris les rôles secondaires. Enfin, au-delà de la beauté formelle, c’est aussi un film d’une grande humanité qui décrit magnifiquement le lien qui se crée entre deux personnes qui n’ont a priori rien en commun.