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La Commune de 1871 – premier épisode

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Les hommes de la Commune — Par Auteur inconnu. L'Illustration, journal universel, 15 juillet 1871, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19906752

Il y a 155 ans se terminait de manière sanglante la Commune de 1871. C’est un épisode historique qui est demeuré dans la mémoire collective. Pourtant, la Commune fut d’abord dénigrée. Nous vous proposons une relation d’un fort mouvement ouvrier précurseur des conquis sociaux et démocratiques à venir, et remis en cause actuellement, en trois épisodes.

La Commune de 1871 : une insurrection républicaine

Sa réintégration dans l’histoire nationale française se fit en trois temps :

  • Dans un premier temps, cette réintégration fut portée par le mouvement ouvrier. Les anniversaires de la Commune, en mars et en mai, furent célébrés sans discontinuité sous la IIIème République.
  • Dans un deuxième temps, elle fut le fait du Front populaire de 1936 et de ses amples manifestations au Père-Lachaise pour que la Commune réintègre officiellement l’histoire nationale française. Le 24 mai 1936, Léon Blum écrivait dans le journal Le Populaire : « La commémoration des morts de la Commune dira l’espoir vivant des hommes d’aujourd’hui. Ils sont morts pour la Liberté. Ils sont morts pour la Justice sociale. Ils sont morts pour la République ».
  • Le troisième temps fut consécutif aux évènements de mai 1968 avec la célébration en 1971 du 100e anniversaire de la Commune.

Ce dernier temps de réintégration fut le fruit du travail d’historiens appartenant pour la plupart au Parti communiste et à l’association « Les amis de la Commune de 1871 » (association créée en 1880 par d’anciens communards et qui existe toujours). Cependant, cet évènement fut longtemps minoré. Jusqu’à récemment, les manuels scolaires ne l’évoquaient presque pas ou pas du tout. Sous la Vème République naissante, nulle mention de la Commune. Lors de la célébration du 100e anniversaire, nul message présidentiel ou gouvernemental.

Alors, pourquoi une telle difficulté à faire reconnaître cet événement, d’autant qu’il eut un retentissement international exceptionnel ? Cette question est centrale. On peut estimer que cet épisode ne cadrait pas avec le récit que les classes dominantes voulaient imposer au reste de la société. Pour Karl Marx, la capitulation de la France face à la Prusse avait été voulue par la bourgeoisie française pour sauvegarder ses intérêts, non vis-à-vis de l’ennemi allemand, mais vis-à-vis du danger que représentait le peuple français. En d’autres termes, la bourgeoisie française fit primer en 1870 ses intérêts de classe sur ceux de la patrie en trahissant cette dernière.

La Commune s’explique à partir de la chute du régime impérial

Pour comprendre pourquoi on en est arrivé là, il est nécessaire de remonter à ce qui s’est passé à la suite de la capitulation de Napoléon III à Sedan, le 2 septembre 1870. Grâce au télégraphe, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre sur l’ensemble du territoire national en provoquant une situation quasi insurrectionnelle.

En effet, entre le 4 septembre et le 18 octobre 1870, outre Paris, la République fut autoproclamée dans de nombreuses villes, notamment Lille, Montereau, Chartres, Cosne-sur-Loire, Vierzon, Saint Amand, la Charité-sur-Loire, Dijon, Le Creusot, Saint-Étienne, Grenoble, Nîmes, Nice, Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Lyon, Marseille.

Treize départements du Sud se fédérèrent dans une ligue, « La Ligue du midi », centrée sur Marseille. Une autre ligue en Occitanie centrée sur Toulouse faillit voir le jour. Des Comités de salut public firent leur apparition. Un embryon de Ligue de l’Est autour de Besançon faillit aussi voir le jour. Leurs objectifs : préserver la République, pallier les défaillances de l’État central et poursuivre la guerre. Mais le centre de gravité de cette insurrection face au pouvoir central resta Paris.

L’importance prise par Paris dans cette insurrection s’explique :

  • par la présence sur son sol du pouvoir politique d’alors (le gouvernement de la Défense nationale),
  • par le blocus imposé par les Prussiens,
  • par le poids politique de la Garde nationale à Paris, notamment les bataillons des arrondissements populaires de l’Est parisien,
  • par le souvenir des journées d’août 1792.

La Commune, c’est un enchaînement de fait

  • Le 4 septembre 1870 : le peuple de Paris envahit le Palais Bourbon, proclame la République et donne naissance au Gouvernement de la Défense nationale censé poursuivre la guerre contre la coalition allemande menée par la Prusse.
  • Le 19 septembre 1870 : les Allemands sont aux portes de Paris et procèdent au blocus de la ville.
  • Le 7 octobre 1870 : Léon Gambetta quitte Paris en ballon afin d’organiser la défense du territoire à partir de la Province. Les membres du Gouvernement de la Défense nationale – le général Trochu, gouverneur militaire de Paris et chef du Gouvernement, les trois Jules (Jules Simon, Jules Favre, Jules Ferry) et Ernest Picard – s’attirent la critique des milieux populaires qui leur reprochent leur inertie et leur modération face à l’ennemi. Les bataillons de la Garde nationale, notamment ceux des arrondissements de l’Est parisien, réclament la « sortie en masse » et la « guerre à outrance », qui leur sont refusées pour des raisons plus politiques que stratégiques.
  • Le 31 octobre 1870 : l’annonce de la capitulation du Maréchal Bazaine à Metz cristallise le conflit entre les bataillons de la Garde nationale de l’Est parisien et le Gouvernement de la Défense nationale. Ces bataillons prennent d’assaut l’Hôtel de Ville de Paris, où siège le Gouvernement de la Défense nationale, avec la ferme intention de constituer une Commune. Cette tentative de changer la donne échoue en raison de l’intervention des bataillons bourgeois et plus sûrs de l’Ouest parisien.
  • Le 22 janvier 1871 : nouvelle journée d’émeutes lorsque les réfractaires de l’Ouest parisien apprennent que Jules Favre est allé à Versailles négocier un armistice avec les Allemands, au nom du Gouvernement de la Défense nationale, alors qu’eux voulaient poursuivre la guerre. La consigne est donnée d’investir l’Hôtel de Ville [Rappel : siège du Gouvernement de la Défense nationale] pour empêcher la capitulation de la France. Des coups de feu sont échangés entre la Garde nationale et les gendarmes défendant l’Hôtel de Ville. Il y a des morts. La répression suit : les clubs qui s’étaient multipliés depuis la proclamation de la République sont fermés, les journaux d’opposition également, les meneurs sont arrêtés.
  • Le 28 janvier 1871 : l’armistice est signé. Le Gouvernement de la Défense nationale capitule. Les forts entourant Paris sont livrés à l’ennemi. L’armée doit rendre ses armes, sauf une dizaine de milliers de soldats destinée à assurer la police dans la capitale, ainsi que la Garde nationale, qui garde ses fusils et ses canons. Le sentiment des Parisiens, dans leur grande majorité à ce moment-là, est que Paris a été livrée. L’indignation populaire est alors à son comble.
  • Le 8 février 1871 : les conditions de l’armistice faisant obligation au Gouvernement de la Défense nationale d’organiser rapidement des élections pour décider si la France cesse les combats ou poursuit la guerre, des élections sont organisées le 8 février 1871 de manière précipitée et dans un pays largement occupé. Résultat : est élue une majorité de députés monarchistes provenant des territoires ruraux. Cette situation heurte Paris, profondément républicaine (la capitale a élu 36 députés républicains), qui s’offense de ces résultats et craint fortement une restauration monarchique. Pendant les semaines qui suivent cette élection, la tension ne cesse de monter entre le nouvel exécutif dirigé par Adolphe Thiers et les républicains parisiens dirigés d’abord par le Comité central républicain, puis par le Comité central de la Fédération de la Garde nationale. La Garde nationale s’est largement politisée depuis le 28 janvier 1871, date de la signature de l’armistice. Sous l’influence des internationalistes de l’Association internationale du Travail (AIT ou première internationale), la Garde nationale s’est structurée en Fédération et s’est dotée d’une direction politique : le Comité central de la Fédération de la Garde nationale. Cette Fédération regroupe les bataillons des 20 arrondissements de Paris. C’est elle qui prend le pouvoir à Paris à ce moment-là.
  • Le 1er mars 1871 : les Allemands font leur entrée dans Paris et défilent dans la ville en évitant les quartiers populaires de l’Est parisien. Paris est décrétée ville morte par le Comité central de la Fédération de la Garde nationale, qui veut ainsi démontrer que c’est la Garde nationale qui assure l’ordre à Paris et non le Gouvernement issu des élections du 8 février 1871. Par la même occasion et pour éviter qu’ils ne tombent entre les mains des Allemands, la Garde nationale met en sûreté ses canons dans les quartiers populaires, dont Montmartre.
  • Le 18 mars 1871 : Thiers tente de faire enlever les canons. Cette tentative échoue. Des barricades sont dressées un peu partout. Le Gouvernement, qui était toujours à Paris, fuit à Versailles où siège déjà, depuis le 10 mars 1871, l’Assemblée nationale à majorité monarchiste élue le 8 février 1871. Le Comité central de la Fédération de la Garde nationale s’installe à l’Hôtel de Ville en lieu et place du Gouvernement, proclame la Commune et prépare des élections pour donner démocratiquement un gouvernement à cette Commune.
  • Le 26 mars 1871 : a lieu cette élection, dont les résultats sont proclamés le 28 mars suivant. Le Comité central de la Fédération de la Garde nationale cède le pouvoir à ce gouvernement de la Commune, dénommé Conseil de la Commune de Paris. Ce Conseil est composé de 81 membres. Il est animé en majorité par des Jacobins qui se réclament de la Constitution de 1793 (Constitution ultra démocratique qui ne fut jamais appliquée), mais aussi par des socialistes internationalistes dont la plupart se situait dans la filiation de Proudhon, soucieux de la question sociale et fidèles aux principes d’autonomie et de fédération, et par des partisans d’Auguste Blanqui, favorable à une dictature socialiste.
  • Le 2 avril 1871 : début de la guerre civile. Paris se hérisse de barricades.
  • Du 21 au 28 mai 1871 : semaine sanglante. Des dizaines de milliers de soldats de la Garde nationale et de civils sont tués sur les barricades ou sont sommairement exécutés. Les Versaillais reprennent Paris. 147 insurgés sont exécutés devant le mur des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise.
  • Le 29 mai 1871 : le fort de Vincennes capitule. Les officiers sont fusillés. Avec ce dernier événement, l’épisode de la Commune s’achève.