Seconde Guerre mondiale, Résistance, Collaboration
L’actualité cinématographique récente semble très inspirée par la période de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, plusieurs films apportent des éclairages nécessaires, à l’instar de celui sur Jean Moulin, l’un des acteurs de l’unification des mouvements de Résistance en France, amené à sortir en 2026 et présenté à Cannes, ou celui sur le journaliste collaborateur Jean Luchaire, intitulé Les Rayons et les Ombres, qui évite le manichéisme. La nuance dans l’analyse n’implique pas l’approbation de la collaboration avec l’occupant allemand, mais permet d’appréhender pleinement la période. La Bataille de Gaulle complète la série.
Des sources d’inspiration et de rébellion ?
Ces nombreux films se nourrissent-ils d’une atmosphère, d’un esprit de résistance, d’insoumission à l’ordre économique du capitalisme financier ? Se rappeler ce que certains ont osé réaliser en résistant à l’oppression dans des conditions très difficiles est révélateur d’une envie de construire un monde plus juste, plus égalitaire, plus libre. Ces nombreux « films-anniversaires » sont, peut-être, révélateurs d’un désir de s’émanciper d’un système ultra libéral, néoconservateur, prenez le nom que vous voulez, système qui, de plus en plus, de manière insidieuse, et pour cette raison très efficace, contrôle, oriente nos vies.
Flotte dans l’air une atmosphère d’insurrection qui pourrait prendre appui sur le courage des résistants. Et ce d’autant plus que, dans une situation de pénurie, le Conseil National de la Résistance, avec son programme « Les Jours heureux », a initié une société encore plus libérée de la tutelle religieuse, avec l’inscription de la laïcité dans le préambule de la Constitution de la IVe République, de même qu’émancipée en partie de la tutelle économique des grands détenteurs de capitaux.
Moi, la France
Cette identification à la France – la France éternelle – d’un général en exil à Londres, condamné pour « trahison » par le régime collaborationniste de Vichy, caractérise bien le caractère de de Gaulle. Ainsi, dans les relations plus que houleuses avec le Premier ministre britannique Churchill, et encore plus méprisantes de la part du Président étatsunien, Roosevelt, il ose lancer cette flèche tout à son honneur « Je les emmerde ! Vous comprenez, je les emmerde ! La guerre les balaiera, et moi, la France, moi, je resterai et je les jugerai. » Dans la France d’aujourd’hui, chacun irait de sa moquerie d’une telle présomption. Un certain s’y est essayé en proclamant « La République, c’est moi ! ». Pour le moins, il n’a pas été compris.
En lançant cette diatribe, de Gaulle, percevait-il déjà la volonté des Alliés de mettre la France sous leur coupe ?
La Résistance et le caractère entier de de Gaulle : sa grande force
Chronologiquement, l’appel du 18 juin 1940 exprimé par de Gaulle à la BBC ne fut pas le premier. De plus, il n’a pas été connu immédiatement. Un autre grand héros de la Résistance à l’occupant nazi, un autre grand Charles, a été Charles Tillon qui, dans la logique révolutionnaire et anticapitaliste du PCF de l’époque, a lancé un appel clandestin(1)https://votreprofesseur.fr/histoire/appel-17-juin-1940-resistance-charles-tillon/. dénonçant la capitulation de la bourgeoisie française, dont l’orientation pouvait se résumer à « plutôt Hitler que le Front populaire », et l’indigne demande d’armistice de Philippe Pétain.
Charles Tillon pointait également la responsabilité des classes dirigeantes dans la défaite. En effet, contrairement au cliché répandu, les soldats français se sont battus, et bien battus. Seules, l’incurie stratégique des chefs de guerre, les tergiversations durant la « drôle de guerre », ont conduit à la défaite de l’armée française, considérée comme l’une des meilleures du monde avec ses cinq millions d’hommes. Dans son tract, Charles Tillon, plus que réticent au pacte germano-soviétique à l’instar du communiste Gabriel Péri, s’écarte de la ligne attentiste des Duclos-Thorez.
La figure de Jean Moulin
A juste titre, la personne de Jean Moulin apparaît ; il entre en contact direct avec de Gaulle, à qui il remet un état de la situation de la Résistance. Il préfère retourner sur le territoire national et œuvrer au renforcement des activités de résistance et à leur coordination.
Autre appel à résister
Le PCF, désorganisé à la suite de son interdiction en 1939, réduit à quelques centaines de militants, lance, le 10 juillet 1940, un appel où il stigmatise « la trahison des classes possédantes » qui veulent « détruire les conquêtes sociales de 1936 » avec « l’appui de tous les partis unis… dans une même haine de la classe ouvrière et du communisme ». La spécificité de l’impérialisme allemand, son caractère nazi, est absente. Le PCF, en se contentant de mots d’ordre politique et social comme assurer « les droits du peuple », empêche la prise en compte de tous les aspects de la lutte nationale à venir.
Résistance extérieure et intérieure
La position de de Gaulle face aux deux alliés Royaume-Uni et États-Unis (qui veulent s’appuyer sur Henri Giraud pour écarter de Gaulle, notamment Roosevelt) est fragile, car il ne parvient pas à rallier la flotte française et l’Empire français, qui demeurent dans la mouvance vichyste. Le drame de l’opération « Catapult », 15 jours après l’Appel du 18 juin 1940, menée par la Royal Navy contre une escadre de la Marine nationale, demeure dans les esprits des marins et contribue à ternir l’image de de Gaulle.
Toutefois, son aura de chef de la France libre va se renforcer grâce aux exploits militaires avec le maintien dans le giron gaulliste de Saint-Pierre-et-Miquelon soustraite aux appétits étatsuniens, ainsi qu’à son intransigeance pour défendre les intérêts de la France face aux appétits de la Grande-Bretagne. Le ralliement de Brazzaville le 27 octobre 1940, les exploits militaires de la 2e Division blindée contre la forteresse italienne en Libye, sous le commandement de Leclerc qui avait, auparavant, réussi à rallier une partie de l’Afrique équatoriale française, la résistance héroïque face à l’Afrika Korp renforcent sa position. Pour asseoir sa légitimité, il doit mettre en place des structures administratives et militaires. Pour cela, il lui est impératif d’obtenir l’adhésion de ceux qui poursuivent le combat sur le territoire national. Le foisonnement de groupes de résistance aux formes très floues rend les choses délicates. Seul le PCF sort du lot, seul parti à appeler à l’action immédiate et à se donner des structures clandestines, préparé en cela par son interdiction dès 1939.
L’alliance objective, au-delà des divergences, entre la Résistance intérieure multiforme et la Résistance extérieure incarnée par de Gaulle, va permettre à celui-ci de se doter d’un statut de représentant de la France combattante face à Vichy et aux alliés, avec le soutien de ceux qui ne renoncent pas à combattre pour restaurer la République française et la dignité du peuple français.
Le film nous montre un de Gaulle d’un caractère fort et fragile, au point que l’on se demande, lors d’une scène, s’il va se suicider.
Ce film, au-delà des épisodes épiques plus ou moins connus, nous montre l’interaction entre l’histoire universelle et les affects très humains.
Notes de bas de page
| ↑1 | https://votreprofesseur.fr/histoire/appel-17-juin-1940-resistance-charles-tillon/. |
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