La Commune, ce sont aussi les massacres qui accompagnèrent sa fin
Les combats de la semaine sanglante provoquèrent un nombre considérable de morts au sein de la population parisienne, dont beaucoup furent sommairement exécutés au fur et à mesure que les troupes versaillaises progressaient. Ce nombre de morts varie entre 5 000 et 30 000 selon les historiens. En tout état de cause, ce qui frappa les contemporains, ce fut la violence des combats.
Cette violence a été plus le fait des assaillants que des assiégés. Le nombre de morts du côté des Versaillais est estimé à 400. Le reste est les morts du côté des Parisiens.
Alors, pourquoi un tel déchaînement de violences ? Les guerres civiles sont en règle générale un moment où la violence entre individus atteint des niveaux relativement élevés. C’est un moment où des tas de peurs sociales, tant présentes que passées, viennent armer le bras des belligérants. Dans le cas des Versaillais, ces frayeurs passées sont à la fois celles des journées révolutionnaires d’août 1792, de la Terreur montagnarde et des journées révolutionnaires de juin 1848. L’objectif était d’éradiquer physiquement, pour au moins une génération, le risque que représentait cette insurrection qui, en outre, pour la première fois, se doublait d’un caractère de masse et de classe.
Les médias aux mains des Versaillais amplifièrent cette peur et décuplèrent la haine à l’égard des Fédérés. Ces derniers étaient représentés comme de dangereux criminels, mus par des motifs bassement matériels, prêts aux pires actes de corruption et de cruauté. On trouve ici les échos d’histoires de meurtre, de pillage et d’ivrognerie qui circulaient déjà dans les années 1790 pour décrire le peuple. Le peuple, c’étaient les classes dangereuses qu’il fallait régulièrement mater. Ces préjugés alimentèrent les journaux distribués aux soldats concentrés à Versailles pour ensuite envahir Paris. L’encadrement de ces soldats, des officiers bonapartistes ou monarchistes, fit le reste dans ce déchaînement de violence.
Le poids des médias fut considérable. Ils ont été à l’origine de l’attitude de personnalités telles Emile Zola, George Sand, Victor Hugo ou Léon Gambetta, qui gardèrent leur distance avec la Commune, voire se rangèrent derrière les Versaillais.
La Commune, c’est l’approfondissement de l’idée républicaine
Les événements qui se sont produits à Paris entre la mi-mars 1871 et la fin du mois de mai 1871 ne sont pas isolés dans l’espace. Outre le fait qu’ils eurent un fort retentissement international – en Italie, en Espagne, aux États-Unis, en Amérique du Sud – ils s’accompagnèrent de situations insurrectionnelles en Province. C’est ainsi que :
Du 22 mars au 24 mai 1871, La France se retrouve en situation insurrectionnelle par rapport au pouvoir central. Des Communes sont proclamées le 23 mars à Lyon et à Marseille, puis à Narbonne le 24 mars, à Saint-Étienne le 25 mars, au Creusot le 26 mars. Des mouvements insurrectionnels éclatent à Toulouse le 24 mars, à Limoges le 4 avril, à la Charité s/Loire le 10 avril, à Rouen le 14 avril, à Cosne s/Loire et à Saint Amand le 15 avril, à Tullins et à Saint-Marcellin le 17 avril, à Neuvy le 19 avril, à Montargis le 1er mai, à Varilhes le 2 mai, à Montereau le 7 mai, à Roman s/Isère le 22 mai, à Vienne et à Voiron le 24 mai.
Le mouvement insurrectionnel est général sur l’ensemble du territoire national, particulièrement en ville et non dans les campagnes. C’est surtout un phénomène urbain dans lequel il faut voir les traces de l’industrialisation de la France sous le Second Empire et l’apparition d’une classe ouvrière organisée, armée de revendications à la fois politiques, sociales et économiques, adossée à la 1ère Internationale.
Si cette insurrection doit être considérée comme une insurrection ouvrière (elle est composée à 70 % d’éléments appartenant à la classe ouvrière), elle est aussi (à 30 %) constituée d’employés, de domestiques et de concierges, de petits commerçants, de professions libérales, de négociants.
Pas seulement une insurrection ouvrière
Dès lors, si l’empreinte du mouvement ouvrier est indéniable, cette insurrection n’est pas uniquement ouvrière. Elle pourrait être qualifiée de révolte des basses classes de la société française de l’époque, incorporant à la fois des éléments de la classe ouvrière et des éléments appartenant aux strates inférieures de la classe moyenne. Cette insurrection pourrait être qualifiée d’insurrection des gens ordinaires pour lesquels la République, synonyme de progrès, était l’horizon d’émancipation. Pour ces gens ordinaires, l’Histoire avait un sens. La République était son aboutissement. Cette République revêtait dès lors un caractère messianique. Elle consacrait le règne de l’humain marquant le pas sur les structures. Dans ce contexte, cette République ne pouvait être que profondément démocratique, sociale (c’est en cela que l’on peut estimer que l’expérience de la Commune fut une expérience socialiste ou socialisante) et universelle. À cette époque – depuis la révolution de 1848 – l’idée de « République démocratique, sociale et universelle » était dans l’air du temps.
