Sur la conjoncture économique 2025-2026 : une rapide analyse
La Banque centrale européenne est revenue à une politique monétaire plus accommodante, après l’embardée de 2023-2024. Cela a contribué à un certain redressement de l’investissement. Les dépenses publiques ont aussi aidé au maintien de l’activité économique. Celle-ci est toutefois freinée par la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages et par l’accumulation de leur épargne.
Au total, la maigre croissance prévue pour l’année 2025 (+0,9 %), très inférieure aux années 2022-2023-2024 (2,8 %, 1,6 %,1,1 %), aura été entièrement imputable à la contribution des stocks, la demande intérieure (+ 0,5) étant annulée par le commerce extérieur (- 0,6) [cf. Note de conjoncture Insee page 15]. En effet, dans les échanges internationaux, la France et les autres pays européens sont en difficulté en raison des restrictions sur le marché étasunien et de la concurrence intensifiée de la Chine. Le dynamisme des exportations aéronautiques ne suffit pas pour rétablir l’équilibre.
Cas de la France
En France, l’industrie recommence à perdre des emplois après une timide embellie.
En France, l’industrie recommence à perdre des emplois après une timide embellie [Insee, page 33]. Elle souffre de l’incapacité des politiques et du système bancaire à orienter l’épargne vers des investissements d’avenir et des créations d’emplois, notamment pour les biens et les services publics.
Les trop rares créations d’emplois sont surtout repérables du côté des non-salariés, en particulier des micro-entrepreneurs. Elles ne permettent pas d’endiguer le chômage : 2,4 millions de chômeurs selon la définition trop restrictive du bureau international du travail, mais 6,5 millions de personnes « inscrites à France Travail qui ne sont ni en attente d’orientation ni en parcours social ».
Quelques commentaires issus des notes de conjoncture de l’Insee et de la Banque de France
Insee, page 4 : l’Allemagne a brutalement modifié l’orientation de sa politique budgétaire, optant pour un « bazooka » pour 2026, qui, combiné à l’effort commun en matière de défense et aux derniers versements du plan de relance européen, est susceptible d’entraîner tout le continent.
Insee, page 5 : d’une part, le taux d’épargne élevé constitue un réservoir de croissance évident si la confiance revenait, mais, à l’inverse, la mauvaise passe du marché du travail pourrait inciter les ménages à étoffer encore davantage leur épargne de précaution.
Insee, page 68 : les entreprises soumises à la surtaxe d’impôt sur les sociétés instaurée en 2025 ne semblent pas avoir fortement modifié leur jugement sur l’évolution de leur investissement.
Insee, page 84, puis page 86 : depuis 2019, la main-d’œuvre née à l’étranger a largement contribué à la progression de l’emploi [et de l’activité] dans les principales économies européennes.
Prévisions de la Banque de France : l’investissement progresserait de manière encore contenue jusqu’à la mi-2026, avant de connaître un rebond, en lien avec une demande finale plus dynamique. La hausse du poids des non-salariés dans l’emploi total pourrait rehausser la part des pertes durables de productivité, ces emplois étant en moyenne moins productifs. Le taux de chômage de catégorie A atteindrait 7,6 % en moyenne annuelle en 2025, puis augmenterait légèrement à 7,8 % en 2026.
Tout cela est à mettre en relation avec la plus forte augmentation du taux de pauvreté en France pour atteindre 15,4 %, ainsi qu’avec le plus fort taux d’enfants dans la rue (2 159 selon l’UNICEF).
À noter également que l’Union européenne est la région championne du monde en émissions annuelles de CO2, avec près de 39 milliards de tonnes émises, devant les États-Unis, l’Inde, la Chine, le Japon et le reste du monde !
En outre, les inégalités sociales de l’UE se nourrissent d’un rapport de un à quatre du salaire minimum légal.
Par ailleurs, la Chine, avec 332 milliards de dollars d’investissement dans les énergies renouvelables (dont les 2/3 par l’investissement public), surclasse le reste du monde (214 milliards, dont seulement 13 % par l’investissement public).
Focus sur quelques pays européens
Commençons par une bonne nouvelle
Catherine Connolly a été élue Présidente de l’Irlande sur un programme de gauche (cela nous change de l’union de toutes les droites !), de paix (cela nous change des va-t-en-guerre !), de neutralité (cela nous change des gauches campistes !), de propositions écologiques et de défense des langues nationales (cela nous change du tout anglais, car elle a fait son premier discours de présidente en gaélique !).
Illusion trompeuse du couple franco-allemand
L’illusion du concept de couple franco-allemand dirigeant l’UE a fait long feu.
La nouvelle géopolitique mondiale a renforcé très fortement la direction allemande de l’Union européenne. Les prévisions de feue Michel Zerbato, qui a animé le pôle économique de ReSPUBLICA, se sont avérées exactes. L’illusion du concept de couple franco-allemand dirigeant l’UE a fait long feu. Tout au plus, l’extrême centre macroniste est capable de faire une alliance défensive limitée dans le temps contre le Mercosur en s’alliant avec trois pays dirigés par des pouvoirs incluant l’extrême droite (l’Italie, la Hongrie et la Pologne) !
Portugal : un mouvement social d’ampleur
Le gouvernement minoritaire de la droite portugaise, l’Alliance démocratique, survit comme en France en s’alliant alternativement avec l’extrême droite d’une part et le PS d’autre part (abstention pour faire passer le budget). Seul espoir à court terme, la grève générale du 11 décembre dernier, lancée par la CGT procommuniste et l’UGT prosocialiste, a été une réussite exceptionnelle : plus de 3 millions de grévistes, sur une population active de 5,3 millions. Elle a réussi à pousser le gouvernement à négocier et à abandonner à court terme le nouveau projet de loi travail de la droite et du patronat (autorisation illimitée des licenciements individuels, nullité des jugements de réintégration de travailleurs licenciés, droit de faire appel à une sous-traitance pour effectuer le travail des personnes licenciées, obligation pour les travailleurs d’accepter tout travail quels que soient les horaires et les jours de travail, etc.).
Espagne : croissance sur fond de précarisation
Le PSOE espagnol semble ravi de son « nouveau modèle économique et social », car l’Espagne est la cheffe de file de la croissance économique des principaux pays de la zone euro, avec une croissance de 2,9 % du PIB. À noter qu’elle a voté une surtaxe bancaire pour 1,4 milliard d’euros en 2025, a diminué le travail précaire et finance son système de retraites via l’immigration contrôlée. De plus, le tourisme est en progression. Mais les socialistes « oublient » de dire que l’Espagne est également la cheffe de file des grands pays de l’UE s’agissant des inégalités sociales. Le logement pour la classe populaire devient de moins en moins abordable. La précarité du travail touche encore près de la moitié des travailleurs. 6 % des familles les plus vulnérables atteintes de maladie grave n’ont pas reçu de soins médicaux en 2025, soit deux fois plus que dans la société. Le niveau d’isolement des personnes en situation d’exclusion a quintuplé en six ans (de 3,2 % à 16,6 %). Plus des 2/3 des exclus sont de nationalité espagnole. Le taux de pauvreté des mineurs est de 29 %.
Belgique : injustices sociales et austérité, sauf pour l’armement
Le gouvernement belge de Bart De Wever, nationaliste flamand, promeut l’injustice sociale par l’austérité et la réduction des dépenses publiques d’investissement, ainsi que par la baisse du financement des services publics et des prestations sociales. La seule augmentation acceptable aux yeux de ce gouvernement est celle des dépenses militaires demandées par l’administration étasunienne. Les journées de grève durant l’automne ont été unitaires et massives, mais elles n’ont pas altéré les positions réactionnaires du gouvernement.
Bulgarie : dissension à propos de l’adhésion à l’euro et corruption
Elle a rejoint l’euro au 1er janvier 2025, mais sans gouvernement, toujours corrompue et avec un Président de la République, Roumen Radev, qui a proposé de faire un nouveau référendum pour ou contre l’euro, ce qui a été refusé. Le gouvernement a dû démissionner face à la pression de la rue au milieu du mois de décembre dernier. La zone euro est fracturée, mais elle attire du monde.
Pour comprendre ce phénomène, il faut savoir que, dans l’UE, le ratio du salaire minimum luxembourgeois/bulgare est de quatre contre un. La Bulgarie, pays qui compte 6,5 millions d’habitants et s’avère le plus pauvre de l’UE, escompte des investissements industriels sur son territoire. Sofia a arrimé le lev à l’euro depuis 1999, rejoint l’Otan en 2004, l’UE en 2007, Schengen en 2025 et souhaite entrer à l’OCDE. Avec sept élections en quatre ans, la Bulgarie fait pire que la France ! 46 % des Bulgares voient l’entrée dans l’euro comme positive et 43 % la considèrent négative ! Beaucoup craignent une montée de l’inflation, alors que l’oligarchie pousse à créer un environnement propice au business. Avec des liens culturels noués auprès du grand frère russe et la volonté oligarchique, il y a de quoi développer du rock’n’roll !
L’Italie devient le 4e exportateur mondial tout juste derrière la Chine, les États-Unis et l’Allemagne, et devant le Japon !
Comme quoi, rien n’est impossible ! Les exportations italiennes ont augmenté de 48 % de 2016 à 2023, soit une augmentation en pourcentage presque doublement supérieure à celle de la France et de l’Allemagne. En 2025, elle passe devant le Japon. Elle est aujourd’hui la cheffe de file de la production de machines d’emballage, d’accessoires et de réfrigération avec un excédent de 57,8 milliards de dollars. Pour la mode, +37,1 milliards. Pour l’agroalimentaire, +31,9 milliards. Pour les meubles et les matériaux de construction, +16,8 milliards. Pour les produits pharmaceutiques et cosmétiques, +22,9 milliards. Dix ans de réindustrialisation réussie !
À quand une dynamique de la vraie gauche en Europe ?
Malgré la bonne nouvelle de l’Irlande, le problème reste entier. Comme nous l’avons largement prédit dans ReSPUBLICA, la majorité européenne des gouvernements socialistes s’est effondrée. Les nouvelles gauches européennes (Syriza, Podemos, etc.), après avoir suscité de l’enthousiasme dû à la nouveauté, se sont effondrées à leur tour. Les gauches françaises, avec un total de 30 % des votants et des stratégies qui ne correspondent pas aux besoins de la classe populaire dans son ensemble, ne sont pas en mesure de prendre le pouvoir. La question taraude le débat politique. De nombreuses discussions ont lieu sur ce thème. Nous y participerons en réunion publique et dans ces colonnes.
