La France vue de gauche aux vacances scolaires de l’automne 2026

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Image par χρίς de Pixabay.

Comme on le sait, les vacances scolaires rythment le calendrier de toute la population. Nous prenons alors prétexte de cet état de fait pour faire un tour d’horizon général de la situation politique de la France à six mois de la présidentielle.

La présidentielle enflamme les discussions

Sur le plan des sondages, rien n’est joué. Marine Le Pen et le Rassemblement national sont actuellement donnés largement en tête, avec plus du tiers de ceux qui déclarent vouloir voter. La deuxième place, qui ouvre potentiellement la présence au deuxième tour, est le plus souvent tenue loin derrière par Jean-Luc Mélenchon (LFI), mais avec environ la moitié du score actuel de sa rivale. Derrière, l’irrationalité règne chez beaucoup. Plus de 30 candidats sont déclarés ou dans la situation de dire « je me prépare éventuellement à me déclarer plus tard ». Bien évidemment, la course aux 500 signatures sera le premier obstacle d’importance, suivi du financement de la campagne et de la pertinence de la ligne stratégique dudit candidat. Et sur ce dernier point, « ce n’est pas gagné ! ». Quant aux médias dominants, arcboutés sur l’écume de leurs discours, ils ne tiennent que très peu compte de la question sociale, pourtant dominante dans ce scrutin.

Une fois de plus, la gauche, le candidat de LFI et le candidat de la gauche de droite jouent avec la stratégie « des deux gauches irréconciliables ».

À gauche, la situation s’est éclaircie avec la soi-disante primaire social-démocrate. Je dis « soi-disante », car, je le rappelle, Lénine et tous ses camarades furent membres du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) et, historiquement, la social-démocratie était largement liée au mouvement social syndical ! Résultat, le candidat de la gauche de droite a donc été désigné par un très petit nombre de votants. Mais, une fois de plus, la gauche, le candidat de LFI et le candidat de la gauche de droite jouent avec la stratégie « des deux gauches irréconciliables ». C’est-à-dire avec l’une des stratégies qui ont toujours, sans exception dans l’histoire de France, été perdantes. Et encore plus avec les institutions de la 5ème République.

Le meilleur candidat de gauche au deuxième tour, François Ruffin (le seul candidat de gauche qui fait jeu égal avec Marine Le Pen au deuxième tour dans certains sondages), n’arrive pas à émerger dans la campagne du premier tour. Et sa perspective de Conseil national de l’espérance avec Dominique de Villepin n’a pas modifié la donne. Marine Tondelier et Fabien Roussel peinent à sortir des quelques pour cent de votants potentiels alors qu’ils sont contestés par une partie de leur organisation de moins en moins homogène.

Nous avons une nouvelle candidate, Natacha Poloni, qui part à la recherche des 500 signatures, soutenue par Arnaud Montebourg et quelques petites organisations des ex-mouvances républicaines de gauche de Jean-Pierre Chevènement ou de Jean-Luc Mélenchon.

De plus, une partie de l’ex-motion 2 du PC a décidé au dernier congrès de suivre Patrice Leclerc, actuel maire de Gennevilliers (avec les Cohen Seat, Braouzec, etc.), pour rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Elle annonce plus d’un millier de militants répartis dans toute la France. Ils sont surtout issus des départements de Paris et de sa petite couronne, des Bouches-du-Rhône et des Alpes maritimes. Une autre partie majoritaire de cette motion 2 reste au PC. Rappelons que les autres motions 1, 3 et 4 représentaient les trois quart du PC.

À droite, la bataille interne dans l’extrême centre tourne à l’affrontement.

À droite, la bataille interne dans l’extrême centre tourne à l’affrontement. Surtout avec la mise en mouvement de l’ultra-libéral David Lisnard, actuel président de l’Association des maires de France, qui, lui, n’aura donc aucun mal à obtenir ses 500 signatures de maires ! Favorable à la stratégie de l’union de toutes les droites, il offre une première épine dans le pied de l’ultra-conservateur sécuritaire Bruno Retailleau ! L’ex-macroniste Edouard Philippe, malgré son virage pro-Medef depuis qu’il a été le premier homme politique français à proposer le passage à 45 annuités pour avoir une retraite à taux plein, commence à perdre du terrain. Quant à Gabriel Attal, qui a la main sur la trésorerie bien remplie de l’ancien parti d’Emmanuel Macron, il tente via des efforts communicationnels de résister à la tenaille formée par l’un des responsables de la faillite macroniste Edouard Philippe, et le candidat de la gauche de droite Raphaël Glucksmann. Ce dernier ayant déjà dit qu’il était prêt à travailler avec tous les macronistes et « républicains ».

Le mouvement lycéen contre la gérontocratie française

En fait, le mouvement lycéen est l’actualité principale de cette rentrée sociale. Frédéric Pierru a dit l’essentiel dans ReSPUBLICA(1)https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/une-jeunesse-qui-ne-se-tient-plus-sage/7440924 ; https://www.gaucherepublicaine.org/editorial/la-gouvernance-macroniste-a-lepreuve-de-la-mobilisation-massive-de-la-jeunesse-lyceenne-et-estudiantine/7440980.. Mais, quand on lit le dernier livre d’Emmanuel Todd(2)La dislocation, publié chez Gallimard. et que l’on tombe sur le chapitre « la Chute finale », on a tendance à lui donner raison quand il présente la France comme le pays le plus gérontocratique d’Europe, bien que la France ne soit pas la plus âgée. Pour lui, le mouvement lycéen est en partie une révolte contre la gérontocratie. Gérontocratie qui a mis au pouvoir Emmanuel Macron, qui a fait une politique contre la jeunesse française.

Nous parlons de la jeunesse au sens large. Nous ne répèterons jamais assez que nous sommes passés de 2,04 enfants par femme en âge de procréer à 1,56 en 15 ans, soit 200 000 bébés en moins par an par rapport à 2010. Le taux de mortalité infantile s’élève à 4,1 sur 1 000 naissances après les fermetures des maternités de proximité. De ce point de vue, nous sommes passés à la 23e place sur les 27 pays de l’UE, alors que nous étions parmi les pays au faible taux, comme les pays scandinaves au début de ce siècle.

Les lycéens souffrent quant à eux de locaux insalubres ou inadaptés, du trop chaud en été et du trop froid en hiver. Et il manque des milliers d’enseignants. Au sein de l’académie de Créteil, il manque des professeurs dans la moitié des établissements. Et pour le logement étudiant, c’est la honte XXL !

La massification scolaire ne fut jamais une démocratisation, contrairement aux promesses des néolibéraux de droite et de gauche.

On ne dira jamais assez que la massification scolaire ne fut jamais une démocratisation, contrairement aux promesses des néolibéraux de droite et de gauche. On ne dira jamais assez que Parcoursup n’est qu’une machine à trier sans transparence, sans considération de l’angoisse des élèves et de leurs parents qui peuvent attendre de nombreux mois sans être sûr d’avoir une réponse positive. Oui, Parcoursup nous a montré que le nombre de places dans les établissements post-bac est très inférieur aux nombres de bacheliers. C’est toute l’école qui est à refonder. Pas étonnant que les évaluations PISA montrent le recul de la France dans les évaluations des enfants de troisième. La seule chose que l’extrême centre macroniste a réussie, c’est d’augmenter la ségrégation sociale visible dans les statistiques depuis que l’on a eu connaissance des Indices de position sociale (IPS) des établissements. Elle a réussi à retourner à l’ancien temps où les CSP+ peuplaient les écoles privées confessionnelles et les CSP-, l’école publique.

La France sous le contrôle de l’UE

Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’économie, est intervenu les 13 et 14 octobre 2026 pour avertir la France, déjà soumise à la procédure de déficit excessif prévu dans le Pacte de stabilité et de croissance de l’UE, qu’il est crucial de rassurer les marchés en votant le budget présenté par le gouvernement au regard de l’objectif de retour sous les 3 % en 2029. Nous reviendrons sur ce conflit, qui ne fait que commencer.

Riches ensemble ou seuls les oligarques s’enrichiront ?

L’économiste Anne-Laure Delatte développe dans son dernier ouvrage Riches ensemble, publié aux Éditions du Seuil, une analyse que nous partageons volontiers. Les budgets de l’extrême centre (PLF et PLFSS) sont des budgets avec très peu d’augmentation des recettes et beaucoup de suppression de dépenses, surtout dans le social au sens large. Seul le budget des armées grossit, ce qui pose une première question : est-ce que l’augmentation du budget de la Défense est la première préoccupation des citoyens ? Cela n’apparaît pas dans les études d’opinion.

Le sociologue Benjamin Lemoine montre aussi que la dette est un outil disciplinaire entré dans le débat public depuis le sinistre traité de Maastricht de 1992, mais qu’elle permet également la politique de l’offre. Au lieu d’augmenter les recettes par les cotisations sociales et par l’impôt, on finance par la dette. Si on finance par de la dette des investissements de temps long, rien à dire, mais si on finance la trésorerie courante, c’est très grave. Et c’est ce qu’a fait Emmanuel Macron et ses ministres avec un surplus de 1 200 milliards de dettes publiques.

Le trou de la Sécu est construit et fabriqué

Le trou de la Sécu est construit et fabriqué. Il est même alimenté par le fait que les gouvernements successifs font voter dès le départ des budgets déficitaires.

Notre ami économiste Nicolas Da Silva dit qu’il n’y a pas de trou de la Sécu. Celui que l’on vous propose est construit et fabriqué. Il est même alimenté par le fait que les gouvernements successifs font voter dès le départ des budgets déficitaires. Nous montrons cela dans toutes nos conférences et formations sur le sujet.

De plus, la Sécu a remboursé par la caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) 280 milliards d’euros sur les 410 milliards qui lui ont été transmis. Sans cela, il y aurait un excédent primaire, puisque le déficit présenté par le gouvernement est d’environ 25 milliards d’euros pour le PLFSS (projet de budget de la Sécu). Pour le budget de l’État, le gouvernement fait voter un déficit de 150 milliards d’euros, mais le cache aux citoyens. Et quand Emmanuel Macron mène une mauvaise politique contre le coronavirus (les pays qui ont mené la meilleure politique sont ceux qui n’ont pas bloqué tout le pays tout en séparant tous les cas à risques, à savoir les personnes âgées et certaines pathologies chroniques), le coût est élevé : 136 milliards d’euros. Que Macron a mis en dette de la Sécu.

La vérité contre le discours des médias dominants

Mais revenons aux études d’Anne-Laure Delatte. Il est normal que le budget santé soit plus élevé en France, car les Français vivent deux ans de plus que les Allemands. C’est plutôt bien, non ? L’Allemagne a un pourcentage de retraités sous le seuil de pauvreté de 18 % alors qu’en France, il est de 10 %.

Près du tiers du budget de l’Éducation nationale (32 %) n’est pas là pour les dépenses d’enseignement, mais pour les retraites des fonctionnaires de l’Éducation nationale.

Et puis, n’oubliez jamais que près du tiers du budget de l’Éducation nationale (32 %) n’est pas là pour les dépenses d’enseignement, mais pour les retraites des fonctionnaires de l’Éducation nationale. Si vous ne tenez pas compte des retraites, le budget pour les dépenses d’enseignement de l’année diminue ! Incroyable, non ?

Si nous regardons le logement, le problème en France est un manque abyssal de logements, principalement sociaux, mais aussi de logements pour étudiants. Dans le cadre du modèle français basé sur le système d’aide à la personne (de type APL), le circuit monétaire termine souvent dans la poche des propriétaires, jusqu’aux deux tiers pour certains types de logements (travaux de Gabrielle Fack). Il faudrait plutôt supprimer l’insuffisance de l’offre.

Revenons aux revendications du mouvement lycéen. La France dépense 6 600 euros par an et par élève de primaire, contre une moyenne de 10 100 euros dans l’échantillon « UE10 ». Au collège, c’est 7 139 euros, contre 7 795 euros dans « l’UE10 ». Pour les étudiants du supérieur, le montant s’établit à 4 391 euros, contre 6 484 dans « l’UE10 ». Il n’y a qu’au lycée que la France a un budget par élève et par an plus élevé à cause de la masse d’enseignants agrégés. Voilà quelques causes des mauvaises évaluations PISA, car l’enseignement commence en maternelle et en primaire.

Et le coût du capital est exorbitant !

La politique de l’offre permet à l’État de donner des milliards d’euros sans contreparties aux entreprises et, bien sûr, principalement aux grandes (Bercy compte 166 milliards, une commission d’enquête du Sénat compte 211 milliards, le livre Le grand détournement, 270 milliards). En fait, les grandes entreprises et les ultra riches paient moins d’impôts que les couches populaires et les couches moyennes. Cela ne vous donne pas envie que cela change ?