Royaume-Uni : après le séisme politique du 7 mai 2026, le combat entre la gauche travailliste et l’extrême droite est relancé

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La célèbre porte du 10 Downing Street, résidence officielle et lieu de travail du Premier ministre du Royaume-Uni - Photo: Sergeant Tom Robinson RLC/MOD, OGL v1.0OGL v1.0, via Wikimedia Commons

Après la fulgurante poussée de l’extrême droite britannique aux élections du 7 mai dernier, le Premier ministre travailliste, Keir Starmer, a dans un premier temps refusé de démissionner. Andy Burnham, maire du Grand Manchester et dirigeant travailliste le plus populaire dans la séquence, a décidé d’utiliser les règles du système parlementaire britannique qui permet au parti majoritaire de changer de leader (et donc de Premier ministre) sans organiser d’élections législatives nationales.

Lancement de la candidature de Premier ministre d’Andy Burnham : polarisation

Mais Andy Burnham n’est plus député. Il fallait donc qu’il le redevienne. Un jeune député de 32 ans, Josh Simons, a décidé de démissionner pour permettre à Andy Burnham de se présenter à sa place à Makerfield, car, dit-il, « le Parti travailliste doit changer, et c’est tout le gouvernement qui doit changer ». Andy Burnham, que certains appellent « le roi du Nord » par analogie à la série « Game of Thrones », a décidé de se présenter à cette élection partielle. Voie difficile, car le parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage a remporté aux élections locales du 7 mai dernier 24 des 25 sièges que compte la circonscription. Étape réussie : Andy Burnham a remporté l’élection partielle du 18 juin dernier. Le taux de participation s’est élevé à 58,7 % (avec 77 462 électeurs inscrits), un chiffre en hausse par rapport aux dernières élections générales dans cette circonscription.

Andy Burnham a obtenu 24 927 voix (54,8 % des votants) devant Robert Kenyon du parti d’extrême droite Reform UK avec 15 696 voix (34,5 % des votants). La troisième candidate, Rebecca Shepherd de Restore Britain, avec 3 111 voix (6,8 % des votants), représentait un parti encore plus à droite que Reform UK.

Les candidats du parti conservateur britannique Michael Winstanley (997 voix pour 2,2 %), du parti Vert, Sarah Wakefield (308 voix et 0,7 %) et du parti des libéraux-démocrates, Jake Austin (163 voix et 0,4 %), perdent leur caution électorale pour avoir fait moins de 5 % des voix. La nouvelle déroute du parti conservateur, ancien parti de Margaret Thatcher, est patente.

On remarquera qu’un nouveau parti encore plus à droite que le parti d’extrême droite Reform UK a surgi.

L’avance du candidat travailliste est forte, avec 9 231 voix de plus que le second. On voit donc que le surplus de votants a bénéficié à Andy Burnham. Mais l’écroulement des trois partis à moins de 5 % des votants montre une polarisation et les électeurs potentiels de ces trois partis, perdant leur caution électorale, ont préféré le vote utile.

Keir Starmer jette l’éponge

À la suite de la démission soudaine de Keir Starmer, lundi 22 juin, l’ancien maire du Grand Manchester, Andy Burnham, est devenu le grand favori pour lui succéder en tant que chef du Parti travailliste et Premier ministre du Royaume-Uni. Il devra démissionner du poste de maire du Grand Manchester en raison de la règle du non-cumul des mandats.

Le calendrier de transition probable vers le 10 Downing Street, lieu d’exercice du pouvoir de Premier ministre

Andy Burnham a d’ores et déjà entamé les « Access talks » (Entretiens d’accès), qui sont des réunions avec les hauts fonctionnaires britanniques afin de les informer de son programme de gouvernement.  En tant que membre du Conseil privé (Privy Councillor), il reçoit actuellement des rapports confidentiels sur la défense et la sécurité nationale (briefings de sécurité) pour être immédiatement opérationnel. Un grand discours de politique économique est attendu au cours de la semaine prochaine afin qu’il dévoile ses grandes orientations économiques pour le pays.

Le 9 juillet 2026 aura lieu l’ouverture officielle des nominations pour la direction du Parti travailliste. Pour valider une candidature, il faut le soutien d’au moins 20 % des députés travaillistes (soit 81 députés). Le 16 juillet sera le jour de la clôture des nominations. Le 17 ou le 18 juillet et si aucun autre candidat sérieux ne se présente face à lui, ce qui semble très probable après le ralliement de son principal rival Wes Streeting(1)Les journaux britanniques estiment qu’environ 300 députés travaillistes sont partisans d’Andy Burnham., Andy Burnham sera officiellement désigné par « sacre » (coronation).  Il sera dans la foulée reçu par le roi Charles III pour être nommé officiellement 7ᵉ Premier ministre du pays depuis le Brexit.

À noter que, si un candidat de dernière minute parvient à obtenir les parrainages nécessaires d’ici le 16 juillet, une campagne interne plus longue sera déclenchée. Cela repousserait la date finale de la prise de fonction. On scrutera notamment le positionnement d’Angela Rayner, favorite de la droite du Parti travailliste.

Conclusion provisoire

Un ensemble d’erreurs majeures et de renoncements stratégiques explique aujourd’hui la trajectoire digne d’un météore de Keir Starmer.

Avocat spécialisé dans les droits de l’homme et ancien procureur, il avait réussi, au soir du 4 juillet 2024, à balayer quatorze années de désastres conservateurs. Sa campagne, à l’époque, s’était construite sur une promesse de technocrate : celle d’un homme calme, posé, capable de maîtriser les rouages politiques réputés ingouvernables de Westminster.

Et c’est précisément là que sont apparus les maux endémiques qui rongent toute social-démocratie convertie au néolibéralisme : Starmer n’a jamais cessé d’hésiter. Il a toujours voulu donner l’illusion d’agir, mais sans jamais y parvenir, paralysé par son incapacité structurelle à redresser une économie en berne. Ses « 5 grandes missions gouvernementales » n’ont entraîné aucune amélioration du quotidien des classes populaires. Certes, le legs des Conservateurs était un cadeau empoisonné, entre austérité généralisée et produit intérieur brut (PIB) stagnant. Certes, sur la scène internationale, il a dû essuyer les plâtres de la politique incendiaire de Donald Trump à Washington.

Dès son premier budget, sa décision de réduire les subventions énergétiques pour les retraités les plus modestes a provoqué une chute brutale et irréversible de sa popularité. Incapable de mettre en œuvre la moindre réforme audacieuse, il a commis la lourde faute politique de nommer Peter Mandelson — figure compromise dans l’affaire Epstein — comme ambassadeur aux États-Unis. En oubliant qu’il n’a gagné en juillet 2024 qu’avec 34 % des voix, en oubliant qu’il n’a dû sa victoire qu’au rejet massif des conservateurs, il a cru comme tout dirigeant d’extrême centre, régler les problèmes par de la communication. En refusant la politique sociale souhaitée par les travailleurs, ces derniers ont estimé qu’il les trahissait. Sa chute finale n’est que le verdict logique de ce renoncement.

La bataille entre les travaillistes et l’extrême droite sera longue et difficile. D’abord à cause du séisme politique du 7 mai dernier (voir ci-dessus) qui a vu l’écroulement des deux partis de gouvernement, le parti travailliste et le parti conservateur. Ensuite parce que le nouveau gouvernement sera jugé principalement sur ses résultats économiques et sociaux. Il devra changer de ligne stratégique pour tenter de reconquérir la classe populaire ouvrière et employée.

Par ailleurs, Andy Burnham, qui a voté contre le Brexit et qui estime que ce fut une erreur, vient de déclarer qu’il respectera le vote démocratique des Britanniques et donc qu’il ne demandera pas la fin du Brexit. Comme quoi, François Hollande et ses amis n’ont pas fait des émules outre-Manche.

Sur le plan social, son discours semble plus ouvert sur les intérêts de la classe populaire. Reste à voir si, dans l’exercice du pouvoir, il maintiendra cette ligne.

Sur le conflit du Moyen-Orient, conscient des modifications de positions de Keir Starmer passant d’un soutien strict à Israël en 2023 à la reconnaissance de l’État palestinien en 2025, Andy Burnham tente de maintenir une position équilibrée entre sa participation au « Labour Friends of Palestine » dans son déplacement en Cisjordanie en 2012 et son appartenance au « Labour Friends of Israël » depuis 2015, son refus de qualifier la situation de Gaza de « génocide » en juin 2026 tout en soutenant la cause diplomatique palestinienne. Là encore, nous verrons dans l’exercice du pouvoir s’il maintiendra ce positionnement équilibré.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Les journaux britanniques estiment qu’environ 300 députés travaillistes sont partisans d’Andy Burnham.