Déconstruire les trois mythes fondateurs de l’OTAN
Tout est question de défense et de droit international
Ce serait une simple alliance défensive, comme le stipule l’article 5 du Traité : « une attaque armée contre l’un ou l’autre d’entre eux [les 12 États signataires de 1949 plus ceux qui se sont rajoutés] en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre eux tous ».
Le fondement implicite est que les membres de l’OTAN « acceptent de renoncer à une partie de leur souveraineté démocratique en échange d’une garantie de sécurité ». Donald Trump relativise cette sécurité par des exigences de dépenses militaires de la part des membres.
La notion d’alliance défensive est invalidée depuis la première guerre menée par l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie. L’OTAN n’a pas respecté ses propres statuts, qui stipulent qu’il n’est pas question d’employer la force « d’une manière incompatible avec les buts des Nations unies ». Gerhard Schröder le reconnaîtra 15 ans plus tard en avouant que des bombardements ont été décidés sans l’aval du Conseil de sécurité.
Une deuxième guerre menée par des membres de l’OTAN, USA et RU, fut engagée contre l’Irak. La coalition fut coupable de violations du droit international. Des bases officielles de l’OTAN ont été utilisées, ce qui implique une participation officieuse de l’OTAN.
Ces deux exemples valident l’idée que l’OTAN n’est plus une alliance défensive respectueuse du droit international.
Démocratie et État de droit
Le préambule du Traité affirme que ses membres s’engagent à « sauvegarder la liberté, l’héritage commun et la civilisation de leurs peuples, fondés sur les principes de démocratie, de la liberté individuelle et de l’État de droit ».
De la déclaration à la réalité, l’écart est grand. Deux exemples illustrent cette dichotomie. Les USA ont signé des accords avec le régime franquiste et fasciste d’Espagne, ainsi qu’avec la dictature fasciste de Salazar au Portugal, malgré la torture des opposants politiques et la présence de camps de concentration dans ses colonies.
Communauté de valeurs et droits de l’homme
« Nous sommes liés par des valeurs communes : la liberté individuelle, les droits humains, la démocratie et l’État de droit ». Cela est contredit par de multiples exemples qui montrent que l’OTAN sert de « parapluie pour les violations des droits de l’homme commises par ses membres » et mène « une politique d’impunité totale pour tout crime de guerre commis par ses membres » : il est ainsi possible de citer l’exemple de Julian Assange, menacé de 175 ans de prison aux États-Unis pour avoir dénoncé des crimes de guerre. De plus, des membres de l’OTAN n’hésitent pas à armer des dictatures, comme l’Arabie saoudite…
Retour sur la généalogie de la guerre en Ukraine
L’auteur Sevim Dağdelen, député au Bundestag, revient sur l’origine de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine. La promesse faite de ne pas étendre l’OTAN vers l’Est n’a pas été tenue. Il n’y aurait eu aucun accord écrit, mais, pourtant, les archives nationales britanniques indiquent clairement que « les États participants conviennent que l’adhésion à l’OTAN des pays de l’Europe de l’Est est inacceptable ». Il est également précisé que le déploiement de troupes étrangères dans l’ex-RDA est interdit (Traité 2+3).
Tout cela n’a pas été respecté.
Guerre par procuration en Ukraine
Kennan, spécialiste de la Russie, affirmait que la politique d’extension de l’OTAN vers les frontières russes était une menace pour la paix avec un retour aux pires heures de la guerre froide.
Après le coup d’État en Ukraine favorisé par l’Occident, la Russie s’est sentie obligée, à tort ou à raison, de séparer la Crimée, russophone à quasi 100 %, de l’Ukraine, et de soutenir les séparatistes pro-russes de l’Est de l’Ukraine. Les accords de Minsk mettaient provisoirement fin aux agissements de groupes nazis et nationalistes ukrainiens dans le Donbass. Or, ils n’ont pas été respectés et les séparatistes à l’Est ont été bombardés par des drones ukrainiens. Wolfgang Richter, expert auprès de l’Institut allemand pour les affaires étrangères et la sécurité, estimait qu’il fallait craindre une réaction de la partie russe.
Les Ukrainiens, chair à canon et intérêt économique
Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, convient cyniquement que la guerre par procuration permet, en utilisant une fraction du budget étatsunien de la Défense, de dégrader l’armée russe ; il faut continuer, car l’argent utilisé est dépensé aux États-Unis et garantit des emplois. Les Ukrainiens sont clairement utilisés comme chair à canon au profit des industries d’armements.
La paix au lieu de l’OTAN
L’auteur, après avoir exploré et analysé d’autres aspects de l’OTAN, comme la complicité dans la guerre d’Israël à Gaza, les deux poids deux mesures, la criminalisation du journalisme d’investigation qui n’irait pas dans le sens du récit occidental, la guerre de l’information de l’OTAN… aborde les perspectives d’avenir pour une paix durable.
Il faut éviter la mise en œuvre de la maxime « combien de mal devons-nous faire pour faire le bien ». Il faut contrer le plan de l’OTAN qui consiste à sauver l’ordre libéral par des moyens illibéraux.
L’ouvrage développe cinq pistes :
- Revenir à la diplomatie
Il faut revenir à la pratique suivante : « avant d’avoir une chance réaliste de négocier, les guerres et les conflits devaient être gelés. Les forces qui recherchent l’équilibre et tentent d’intégrer les intérêts des parties adverses sont taxées de défaitistes ».
- Revenir au droit international
« Le respect de l’interdiction du recours à la force et la renonciation à la modification unilatérale des facteurs sont des facteurs importants » de paix dans le respect du droit international. Il faut bien reconnaître que ni la Russie ni l’OTAN ne montrent l’exemple.
- Le courage de la neutralité
L’auteur rappelle que la neutralité a été le garant d’une réduction des tensions entre la Finlande et l’Union soviétique et du respect de la souveraineté de l’Autriche. Assurer les neutralités de l’Ukraine, de la Géorgie, de la Moldavie est le seul moyen de parvenir à un cessez-le-feu et d’éviter l’extension du conflit aux portes de l’Europe.
- Le retour au désarmement
Il faut aller à l’encontre des actionnaires, des lobbyistes des entreprises d’armement et privilégier des accords de désarmement, comme ceux signés à l’époque de l’Union soviétique. Ces accords ont été dénoncés par les États-Unis.
- Mettre fin à la guerre économique
La pratique des sanctions économiques n’est rien d’autre que la continuation de la guerre sous une autre forme. Ces sanctions s’avèrent vouées à l’échec. Elles frappent en premier lieu les populations des pays visés et se retournent contre les populations des pays qui les émettent. C’est notamment le cas de l’embargo contre le gaz et le pétrole russes. Nous sommes obligés de nous approvisionner en hydrocarbures étatsuniens, d’acheter plus cher le pétrole russe qui passe par d’autres intermédiaires. Cela augmente le coût de la vie et n’entrave que peu l’économie russe, qui dispose d’autres ressources, contrairement à l’Iran et à la Syrie, où les sanctions ont et ont eu une certaine efficacité.
« Protéger la souveraineté démocratique des États-nations et renforcer les Nations unies » s’avère la voie la plus prometteuse, à condition de ne pas transférer la souveraineté à des organisations supranationales comme l’UE ou l’OTAN, dont le but est de préserver les détenteurs de capitaux et leurs profits.
L’urgence est d’œuvrer à l’instauration d’un véritable système de sécurité collective, orienté non pas tant contre un ennemi extérieur, mais en faveur de la paix intérieure. Cette paix ne peut être fondée que sur la justice sociale, l’accès aux ressources en eau, en nourriture, à l’éducation pour les filles comme pour les garçons, ainsi que sur les moyens de s’adapter au changement climatique.
