Première partie : prémices de la désobéissance
Elle nous plonge dans une ambiance anxiogène en mettant en image le « rêve noir » que le personnage vit dans son sommeil. Il est dans une brasserie où un homme ordinaire se lève pour haranguer la clientèle en soutenant les nazis qui arrêtent tous les « suspects » selon les critères hitlériens ; les seuls qui sont épargnés sont les « gens irréprochables ». « Ils nous débarrassent enfin de toute cette racaille étrangère et aussi des traîtres et des tièdes ». Un pauvre hère est désigné à la vindicte et est assassiné par la Gestapo, qui estimait que sa démonstration d’allégeance par le salut nazi sonnait faux.
Autre symbolique de son rêve noir : une représentation de la majestueuse avenue Unter Den Linden, dont les magnifiques tilleuls qui la bordent sont abattus. Les auteurs précisent que, dans la mythologie germanique, le tilleul est le symbole de la vie, de la sérénité, de la beauté du monde, de la justice…
Au cours des Jeux olympiques d’Hiver à Garmisch-Partenkirchen, en tant que journaliste, le héros fréquente des collègues étatsuniens, des bars qui jouent du jazz… Cette musique pourtant considérée par les nazis comme une musique de dégénérés, de sous-hommes, de nègres, est autorisée par les autorités allemandes, certainement pour donner une image alléchante au monde entier à l’occasion des Jeux.
Nous le voyons s’interroger. Malgré l’amour du pays qui l’a vu naître, l’« Umbruch » ou « Grand bouleversement » qui a sorti l’Allemagne de la crise, un bilan économique positif, il ne parvient pas à « partager les valeurs des nouveaux maîtres du Reich ».
L’épisode de militants nazis qui s’en prennent à la fille d’un commerçant juif et la tabassent le pousse dans un deuxième temps – seulement dans un deuxième temps – à venir à son secours. Son hésitation l’interroge.
Deuxième partie : un contexte familial pronazi
Les auteurs, au travers de la belle-famille d’Andréas, décrivent les ressorts politiques et religieux qui poussent à soutenir le régime nazi. S’appuyant sur son identité chrétienne, son désir d’ordre et sa soumission absolue à la hiérarchie, son beau-père admire les jeunes nazis énergiques. Les auteurs en profitent pour rappeler l’épisode de la Première Guerre mondiale au cours de laquelle furent massacrés à Neffe en Belgique des femmes, des nouveaux-nés, des vieillards par les troupes allemandes(1)https://www.lesoir.be/art/488089/article/univers/soirmag/actu-soirmag/2014-03-07/1914-martyre-nos-villes-et-villages : « Le 23 août 1914, les mêmes troupes allemandes qui passèrent par les armes 674 victimes dinantaises lors des atrocités allemandes de cette année, massacrèrent à Neffe 81 femmes, hommes et enfants, réfugiés dans l’avaloir qui passe sous le chemin de fer »..
L’épouse d’Andréas, pourtant favorable au régime nazi, commence à s’interroger sur la nature du régime, en raison de ses convictions chrétiennes, avec la notion de « mariage biologique » qui consiste à se faire engrosser par un « aryen » pour servir le Reich et son Führer.
Troisième partie : la fin de la peur
L’épouse d’Andréas est manipulée et poussée par la Gestapo à dénoncer son mari ; elle se sent sale. Quant à Andréas, il s’apprête à fuir l’Allemagne. Croisant des nazis en uniforme dans la rue, il se refuse à répondre à leur salut hitlérien. Malgré le risque de se faire tuer, « pour la première fois…, il se sent libre », « il n’a plus peur ».
Question existentielle : faire face à la barbarie
Quelle aurait été notre attitude dans de telles circonstances ? Dans le cadre démocratique dans lequel nous vivons, ne nous arrive-t-il pas, au cours de discussions, de nous taire face à des propos racistes, anti-immigrés, à des remises en cause du siècle des Lumières, de la Révolution française, à des admonestations à nous soumettre aux traditions exclusivement chrétiennes écartant d’office tous les autres apports des civilisations grecques, romaines, gauloises, africaines, asiatiques ?
Le levier essentiel pour armer nos esprits face à la barbarie n’est-il pas l’école publique, gratuite et laïque qui véhicule l’idée qu’on doit penser par soi-même, qu’on ne doit obéissance et foi à personne, qu’on doit chercher la vérité et non la recevoir toute faite d’un maître, d’un chef, d’un directeur, d’un prêtre, d’un expert autoproclamé quel qu’il soit, temporel ou spirituel.
Telle est la leçon de nos prédécesseurs, tels Jean Jaurès, Ferdinand Buisson, et bien d’autres qui ont eu le courage d’instituer l’école publique, gratuite et laïque, de soutenir la loi de Séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, qui est un garde-fou face à la volonté de certains pouvoirs de contrôler la totalité des pensées et des actes des individus pour mieux les embrigader.
Notes de bas de page
| ↑1 | https://www.lesoir.be/art/488089/article/univers/soirmag/actu-soirmag/2014-03-07/1914-martyre-nos-villes-et-villages : « Le 23 août 1914, les mêmes troupes allemandes qui passèrent par les armes 674 victimes dinantaises lors des atrocités allemandes de cette année, massacrèrent à Neffe 81 femmes, hommes et enfants, réfugiés dans l’avaloir qui passe sous le chemin de fer ». |
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