LA LETTRE DE SAVIGNY EGALITE OCTOBRE 2026. LE PAPE, LA LAICITE…

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La venue du pape en France : les Français, en majorité sans religions, ne se sentiront pas plus concernés que par un autre évènement auquel on donne une dimension médiatique, comme ce fut le cas avec les Jeux olympiques. Reste le spectacle qui, comme le Puy du fou, peut intéresser un très grand nombre qui ne se pose pas la question de sa nature profonde et de l’intérêt réel de ses organisateurs, en dehors de celui financier, pour le spectacle anti républicain de Devilliers, réellement idéologique.

1997 : une intrusion cléricale du pape de l’époque

De nombreux papes ont déjà fait le voyage, rassemblant des centaines de milliers de fidèles ou de curieux. Celui de 1997, ouvertement politique, donna lieu à une manifestation à l’appel d’une soixantaine d’associations laïques, entre autres de Charlie Hebdo de l’époque. Le pape devait aller se recueillir sur la tombe d’un adversaire acharné de l’IVG et de la loi Veil, le professeur Lejeune. Savigny Égalité avec Initiative Républicaine, Bernard Teper, André Bellon… manifestèrent contre cette intrusion cléricale dans la vie politique française.

Des médias au service de l’Église

Les médias, pour les neuf dixièmes aux mains des milliardaires, dont certains, comme Bolloré, mettent leur empire propagandiste ouvertement au service de l’Église et de l’extrême droite, sont rejoints par ceux soumis à un pouvoir présidentiel qui, dès les premières années de son mandat, s’est révélé de mille façons gêné́ par tout ce qui rappelle la Révolution et ses conquêtes. Pour Macron, « on a des droits, mais aussi des devoirs ». Déclaration qui se veut consensuelle, mais qui cache une politique faisant sans cesse appel à la morale, à la culpabilisation des actions populaires et piétinant sans cesse un peu plus les droits établis dès 1789 et ceux arrachés par le peuple dans les nombreuses luttes, souvent dramatiques, qu’il a livrées depuis.

Ancien régime de monarchie absolue de droit divin

Sous l’Ancien Régime, le sujet n’a aucun droit. Il est soumis au monarque et à l’Église, et, dans les campagnes, au seigneur obligatoirement : « Nulle terre sans seigneur ». Tout comme le bonheur, « idée neuve en Europe » selon Saint-Just, le droit et la citoyenneté renaissent avec la Révolution, après plus d’un millénaire de soumission à l’Église et aux puissants.

Léon XIV : que vient-il célébrer ?

Le pape vient-il célébrer cet épisode historique d’émancipation, la proclamation des droits de l’homme et son universalité reprise par toutes les nations quand leur peuple les y a contraintes ? Ou se recueillir sur un épisode tragique qui disqualifierait sans-culottes et « Populace révolutionnaire » : le massacre de prêtres anticonstitutionnels qui fut provoqué par la menace du duc de Brunswick d’une « une exécution militaire » des Parisiens(1)https://fr.wikipedia.org/wiki/Manifeste_de_Brunswick. ?

Une église qui a trop souvent eu du mal avec les lois laïques de la République

L’Église et le pouvoir actuel sont embarrassés par cette république qui a concrétisé sa volonté d’échapper à la tutelle cléricale, en réussissant en particulier à imposer la loi de Séparation en 1905. Ce ne fut pas sans mal. L’Église restera antirépublicaine jusqu’à ce qu’on lui redonne la quasi-totalité de ses privilèges avec le régime de Vichy et l’État français, qui feront coexister l’extrême droite et le conservatisme catholique de Pétain grâce à l’Occupation fasciste. Il est assez révélateur que, pendant un temps, le suffrage universel envoyât une majorité de francs-maçons à l’Assemblée nationale. Tous n’étaient pas libres penseurs, mais tous étaient laïques et anticléricaux. Ils refusaient que l’Église puisse opposer ses lois à celles de la république.

Dans le même temps, ils garantissaient à l’Église, par la loi de 1905, l’entière liberté de culte qu’elle avait refusée aux protestants et aux juifs. Cela implique également la neutralité de l’État sur les questions relevant de la religion. C’est ce que rappellera Clemenceau. Ce dernier, le père de la victoire, a refusé, au grand désespoir de Poincaré et de nombre de politiciens, d’assister au Te Deum de Notre-Dame.

Le pape veut redonner à l’Église le pouvoir sur les esprits des enfants

Le pape déclare vouloir remettre l’éducation au cœur de l’Église. Que chaque famille élève dans la tradition qui est la sienne ses enfants, cela ne contrevient pas à la philosophie des Lumières. Cependant, l’État se doit, comme l’a défini Condorcet, réaffirmé par Jean Zay, de donner à chaque élève une instruction fondée sur la raison à l’abri des pressions dogmatiques, quelle que soit leur origine. Il faut que, dans l’autonomie de l’exercice de sa réflexion, l’élève devienne un citoyen libre et éclairé grâce à l’école publique, qui doit être un véritable sanctuaire.

Jules Ferry le précisait : aux familles si elles le souhaitent et aux religions, l’instruction religieuse, et à l’école publique, l’instruction morale. L’Église et le Patronat n’ont jamais accepté cette conception, les deux prônant une pédagogie « adaptative » soumise donc à la société telle qu’ils la conçoivent. Dès 1922, « le comité des Forges » avait ses propres manuels et l’Église a réussi, par ses relais politiques MRP puis gaullistes de droite (Loi Debré́), à développer une école privée, donc différente, confessionnelle majoritairement, en obtenant un subventionnement qui atteint actuellement 13 milliards d’euros. En 1959, cette entorse à la laïcité se traduisit par une manifestation à Vincennes qui rassembla un million de laïcs et dix millions de signatures.

La déclaration du pape sur une laïcité plus ouverte confirme que l’Église n’a pas accepté qu’on lui retire le monopole de l’enseignement.

Jacques Chirac : « la laïcité est un socle de la république » 

On se souvient que, lorsque les républicains laïcs s’opposèrent au port de signes d’appartenance religieuse et donc du voile à l’école, l’archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger vint demander à Jacques Chirac d’accepter au contraire ce principe, au nom de cette même « ouverture » dite « laïcité de plein vent » par certains. On connaît la réponse de Chirac : « la laïcité est un socle de la république ». Aujourd’hui, derrière les affirmations à longueur d’images sur le spectacle papal qui rassemblerait toutes les origines sociales, se dessine la volonté de dénier à la République laïque la capacité et la mission du « vivre ensemble », de « faire société ».

La laïcité, que des pseudos laïcs instrumentalisent en islamophobie, n’est pas antireligieuse. Ces personnes, qui qualifient la laïcité d’antimusulmane, veulent en réalité qu’on se débarrasse de ce poison anti communautariste qu’est pour eux la laïcité. Ils sont rejoints, et ce n’est pas un paradoxe, par les « indigènes de la république » qui, eux aussi, se battent contre la loi de 2004 qui interdit les signes religieux ostensibles.

La laïcité : un instrument pour que la religion ne soit plus un facteur de division de la société française

Leur combat est le même : communautariser, chacun espérant l’emporter dans un nouveau réveil des guerres de religion. Ces guerres fratricides, en France, ont martyrisé les Juifs depuis Saint-Louis et les protestants pendant deux siècles. Les chefs de l’Église comptent sur la propagande populiste de l’extrême droite et les relais politiques traditionnels à l’image de Bayrou protecteur de Bétharram. Les radicaux islamistes et les indigènes de la république croient pouvoir s’appuyer sur les six millions de Français se reconnaissant musulmans. Les deux se trompent. La Nouvelle France, c’est un constat, une tendance lourde qui n’est pas religieuse : les églises sont vides et bien peu de musulmans fréquentent les lieux de culte.

Ceux qui remettent la religion au centre du débat politique veulent, comme Netanyahou et le Crif, en opposant les religions, évacuer les vrais problèmes qui se posent aux peuples mondialement. Ces problèmes ont pour origine un système économique et social en crise qui aggrave jour après jour les inégalités et la misère.

Notes de bas de page