Hongrie : la fin du système Orbán et le sacre du parti Tisza

You are currently viewing Hongrie : la fin du système Orbán et le sacre du parti Tisza
Péter Magyar s'adressant à un rassemblement de partisans le 27 mars 2025. Par SNRTZ — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=162875550

Le dimanche 12 avril 2026 fera date !  Après seize ans de « règne » sans partage, Viktor Orbán a essuyé une lourde défaite face à Péter Magyar (un temps membre du parti d’Orbán avant de le quitter) et son parti Tisza (Respect et Liberté). Cette élection n’est pas une simple alternance nationale ; elle modifie les rapports de force dans l’Union européenne (UE) en affaiblissant son plus important groupe d’extrême droite et pourrait permettre au nouveau Premier ministre de redonner plus de libertés publiques dans le pays.

Accession au pouvoir et mise en place du système Orbán

Le 30 mars 1988, âgé de vingt-quatre ans, Viktor Orbán participe à la fondation de l’Alliance des jeunes démocrates (dont l’acronyme est Fidesz), mouvement de jeunesse de centre gauche, anticlérical, favorable au libéralisme et hostile au parti unique. Ce mouvement deviendra un parti et dérivera ensuite petit à petit vers la droite, puis vers l’extrême droite. Viktor Orbán devient député dès 1990 et Premier ministre de 1998 à 2002, puis de 2010 à 2026. À son retour au pouvoir, il va mettre en œuvre un système illibéral qui affaiblira la justice, la presse indépendante, la Cour constitutionnelle. La presse indépendante a vu ses revenus publicitaires surtaxés et ses subventions publiques coupées. Les cadres du parti sont devenus propriétaires des principaux médias. Les marchés publics sont systématiquement attribués aux proches d’Orbán, notamment Mészáros Lőrinc, l’ami d’enfance du Premier ministre, qui a racheté plus de 200 médias.

Orbán a mis en place un vaste système de corruption pour financer son modèle politique.

L’Union européenne a suspendu à plusieurs reprises ses financements en raison d’irrégularités systémiques et de soupçons d’activités illégales dans la passation des marchés publics. Orbán a mis en place un vaste système de corruption pour financer son modèle politique. Mészáros est à la tête d’un conglomérat : banque, assurance, hôtellerie, vin, terres agricoles. Ses sociétés gagnent de l’argent grâce aux fonds publics. Si l’on additionne les biens de la famille d’Orbán et de Mészáros, on arrive à environ 2 % du PIB de la Hongrie.

La Hongrie d’Orbán fut une vitrine pour l’extrême droite européenne

La crise des migrants de 2015 offre à Orbán l’opportunité parfaite de s’opposer à Bruxelles. Il installe des laboratoires d’idées au cœur de Bruxelles pour diffuser son idéologie. Le rachat d’Euronews en 2022 par ses proches est un symbole fort de cette avancée médiatique au-delà des frontières hongroises. Son parti, le Fidesz, est membre du principal groupe d’extrême droite de l’Union européenne, appelé « Patriotes pour l’Europe » et présidé par Jordan Bardella (RN), avec 86 députés européens.

Pour mémoire, le deuxième groupe de l’extrême droite européenne est les Conservateurs et réformistes européens ; il comprend 79 députés, avec principalement les Frères d’Italie, dirigés par Giorgia Meloni, et l’extrême droite catholique polonaise de Droit et justice. Ce groupe rassemble l’extrême droite catholique atlantiste avec le petit parti français Identité et liberté de Marion Maréchal Le Pen. Enfin, le troisième groupe européen d’extrême droite, avec 28 députés, est « L’Europe des Nations souveraines » ; il inclut l’AFD allemande, le parti français Reconquête d’Éric Zemmour et l’extrême droite ultranationaliste hongroise du MHM.

Les tensions sociales et environnementales

La Hongrie s’est imposée comme le nouveau carrefour stratégique de l’industrie automobile électrique. Le pôle industriel de Debrecen a réussi le tour de force d’attirer les constructeurs allemands et les géants chinois de la batterie. Ce pôle industriel est pourtant loin de satisfaire la population. L’opposition de gauche dénonce les conditions de travail dans ces usines chinoises ainsi que la pollution.

Une victoire incontestable du parti de droite Tisza de Peter Magyar aux élections du 12 avril 2026

Le Parlement hongrois (Országgyűlés) est composé de 199 députés, élus selon un système combinant scrutin majoritaire et proportionnel. 106 députés sont élus directement dans des circonscriptions uninominales selon le principe majoritaire. Les 93 sièges restants sont attribués via des listes nationales de partis selon le scrutin proportionnel. Une particularité réside dans le système des « votes fragmentés » : les voix n’ayant pas contribué à l’élection du vainqueur dans une circonscription, ainsi que les voix excédentaires du vainqueur, sont ajoutées à la liste nationale du parti concerné.

Le parti Tisza de Péter Magyar remporte 136 des 199 sièges du Parlement hongrois, avec 52,44 % des voix, contre 39,15 % des voix et 57 sièges pour le Fidesz de Viktor Orbán. La participation fut exceptionnelle avec 79,56 % de votants ! Un troisième parti encore plus à l’extrême droite que le Fidesz, le parti ultranationaliste MHM (Mouvement Notre patrie), a remporté 5,77 % des voix et six députés.

Une gauche absente par pragmatisme pour mettre fin au système Orbán

Avec plus de deux tiers des députés, la nouvelle majorité pourra modifier la Constitution et revenir sur les réformes anti-démocratiques de Viktor Orbán. Seuls trois partis ont des élus ; tous sont de droite. Le parti Tisza fait partie du même groupe européen que le parti LR de Retailleau. La gauche est absente du Parlement, car son électorat a voté pour le LR hongrois. Il est à noter que Peter Magyar était membre, il y a quelques années, du Fidesz, et que la forte montée de Tisza est due à une scission au sein du parti d’Orbán, emmenée par Peter Magyar. Nous ne tarderons pas à nous rendre compte de la politique qu’il mettra en place, affaire à suivre. Il devra revenir sur des réformes de Viktor Orbán pour toucher les 18 milliards d’euros que l’UE doit à la Hongrie. À ce jour, Peter Magyar ne veut pas de l’Ukraine dans l’UE, car, pour lui, il est « exclu d’admettre dans l’Union européenne un pays en guerre ».

Il est à noter que le soutien de Poutine, de Trump et de Vance n’a aucunement permis à Viktor Orbán de se maintenir.

Il est à noter que le soutien de Poutine, de Trump et de Vance n’a aucunement permis à Viktor Orbán de se maintenir. La Russie a pris acte de la nouvelle donne hongroise et ne tient pas à rompre avec la Hongrie afin de ménager l’avenir. Les médias russes se rassurent en dépeignant Peter Magyar comme un « Orbán jeune ». Mais, vis-à-vis de l’Ukraine, il ne faut pas s’attendre à de profonds changements. Seuls 50 % des électeurs de Tisza sont favorables à l’entrée de l’Ukraine dans l’UE, selon un sondage publié par le European Council on Foreign Relations. Robert Laszlo, qui appartient à cet organisme, a déclaré : « l’impopularité de Volodymyr Zelensky en Hongrie est incontestable » !

La grande majorité autour de Peter Magyar s’est solidifiée pour tourner la page de la politique de Viktor Orbán. Mais cette majorité peut subir des turbulences en fonction de l’actualité. Est-ce que la gauche va renaître ? Nous suivrons l’affaire !