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Changer de cap "Guerre" ou statégies de sécurité

dimanche 15 novembre 2015
Par
Ancien chef d’État-major de la Défense espagnole (2008-2011), candidat de Podemos aux élections législatives.

Article original :
http://politica.elpais.com/politica/2015/11/14/actualidad/1447531737_149008.html

Toute stratégie doit être révisée en permanence en fonction des menaces émergentes. À la lumière des attentats cruels et tragiques de ce vendredi à Paris, nous avons la responsabilité de repenser les stratégies de sécurité qui, depuis 2001, sont appliquées à la lutte contre le terrorisme.
Face à ce défi, de bien peu servent les formules grandiloquentes. Pour garantir la sécurité de ses citoyens, l’Europe a besoin d’une nouvelle approche qui dépasse la stratégie belliciste que Bush baptisa « guerre contre la terreur » – stratégie dont on peut voir depuis longtemps l’échec retentissant.
Si nous utilisons l’expression « lutte contre le terrorisme » au lieu de « guerre », c’est parce que les guerres sont des conflits entre Armées dans lesquels l’issue est soit la victoire soit la défaite. Nous ne pouvons ni perdre contre le terrorisme ni non plus le vaincre par des moyens exclusivement militaires.
Les stratégies de sécurité, au contraire, doivent porter sur les racines du terrorisme et les sources qui l’alimentent, en privilégiant les moyens policiers et la coordination entre services secrets, ainsi que le contrôle exhaustif des circuits financiers afin d’éviter le financement de groupes terroristes. Ces objectifs sont déjà inscrits dans les documents stratégiques, mais ils serviront de peu s’ils ne sont pas accompagnés d’une approche globale intégrant les moyens politiques, diplomatiques et de coopération appropriés.
Pour améliorer la sécurité en Europe, la première tâche est la recherche de solutions politiques aux conflits de sa périphérie, tant ceux qui sont enkystés depuis des décennies que ceux qui se sont aggravés dans une étape récente, devenant un terrain fertile et une inspiration pour la radicalisation et le recrutement d’un nouveau type de terroristes. Mais il faut aussi combattre les inégalités et l’exclusion sociale aux périphéries urbaines européennes, d’où souvent proviennent ces nouveaux terroristes.
Les menaces transnationales ne peuvent être affrontées qu’avec des structures supranationales. Les attentats brutaux de Paris rendent encore plus aigüe la nécessité que l’Union européenne, en tant que principale structure de coordination des politiques entre ses États membres, prenne la tête du changement d’approche sur le terrain de la sécurité, en impulsant une réponse conjointe et intégrale à la menace terroriste. Il s’agit donc d’avancer vers une politique de sécurité européenne digne de ce nom, qui intègre des avancées dans la coordination policière, la révision des relations diplomatiques et commerciales avec les pays qui continuent à abriter le financement des groupes radicaux, la promotion de politiques de construction de la paix dans les États voisins.
L’autoproclamé « État islamique » est un problème incontournable, mais sa solution ne saurait être uniquement militaire. Aucune politique de sécurité ne peut, à elle seule, réduire à zéro le risque de nouveaux attentats. Mais nous pouvons commencer à changer de cap pour cesser d’alimenter un monstre qui, sans être en mesure de nous vaincre, a déjà fait que nous mettions en question les valeurs fondamentales de l’Europe : la paix, la démocratie, la garantie des droits de l’Homme.

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Ancien chef d’État-major de la Défense espagnole (2008-2011), candidat de Podemos aux élections législatives.

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