Chronique d'Evariste

Le social-libéralisme entraîne la gauche européenne dans le désastre

mardi 29 septembre 2009
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Dimanche dernier, la sanction des peuples est tombée : le social-libéralisme, à peine dissimulé sous un néolibéralisme honteux, est désormais en déroute : Allemagne, Portugal, Autriche et élections partielles françaises montrent la voie vers laquelle le social-libéralisme mène la gauche en Europe.
Mais alors, comment envisager la suite ? Les partis socialistes et sociaux-démocrates européens vont-ils développer la méthode Coué en espérant un rebond illusoire, ou vont-ils comprendre qu’il faut changer d’orientation politique et rompre avec la droite néolibérale ?

Allemagne

Le SPD perd 11% des voix en n’obtenant que 22,9% du total des votants. Pendant ce temps-là, Die linke (La gauche) gagne 3,3% en dépassant les 12% tandis que les Verts dépassent les 10% (+ 2,6%). Mais l’ensemble de la gauche est minoritaire et le nouveau gouvernement, avec l’entrée des libéraux (représentation directe du patronat allemand le plus anti-social), va accroître sa pression néolibérale. La poussée de Die Linke (La gauche) est en grande partie due au fait que de nombreux syndicalistes liés aux couches populaires (ouvriers, employés) sont à la direction de Die Linke, ce qui, soit dit en passant, n’est pas le cas de la gauche de transformation sociale en France.

Autriche

Les sociaux libéraux perdent 13,3% pour chuter à 25% des voix, ce qui profite à l’extrême droite qui en obtient plus de 18%.

Portugal

Les sociaux libéraux perdent 9,5% pour aboutir à 36,5% des voix, alors que le Bloc de gauche, formé par des syndicalistes et des militants politiques sortis du PS, fait 9,85% et que la coalition écolo-communiste fait 7,88%. Il y a malgré tout une majorité de gauche mais les premières déclarations des sociaux-libéraux semblent aller vers un gouvernement minoritaire PS face à la droite (formé des sociaux-démocrates qui font 29,09% et des conservateurs 10,4%), jouant tantôt à droite tantôt à gauche… Du délire, en sorte! Là encore, les sociaux-libéraux en profond recul refusent l’alliance des gauches!

Elections partielles en France

A Argenteuil (95), le cafouillage du Front de gauche divisé, ajouté au fractionnement de la gauche de transformation sociale, a fait une haie d’honneur à la droite, qui récolte un siège et le conseil général.
A Corbeil (91), le Front de gauche élargi au NPA donne un résultat éloquent : si la droite réalise un score d’environ 30%, en recul de près de 10 points, le Front de gauche élargi au NPA arrive en seconde position avec 24%, devançant le PS de 5 points et les Verts de 16 points. La gauche majoritaire saura-t-elle maintenant reprendre à Dassault la circonscription?

Prendre la mesure de l’accélération de la mutation du monde et du corps électoral

Comme nous le disions dans nos derniers éditos : la mutation du monde accélère au rythme des mutations électorales. Tirons les enseignements des derniers résultats :

1) La soumission des partis socialistes et sociaux-démocrates européens au néolibéralisme est condamnée par le peuple, et “plombe” la gauche.

2) Le début du processus d’écroulement du social-libéralisme européen profite principalement à la gauche de transformation sociale (en Allemagne, au Portugal) mais aussi à l’extrême droite (en Autriche) et à la droite néolibérale (comme en Allemagne et en Autriche).

3) Quand la gauche de transformation sociale est divisée, voire, quand elle cafouille (comme à Argenteuil), la droite est en embuscade. Quand elle est unie, elle fait un bon score (comme à Corbeil).

4) La gauche de transformation sociale progresse lorsqu’elle s’appuie en grande partie sur les couches populaires (ouvriers, employés, représentant en France la majorité des ménages!) comme en Allemagne et au Portugal. Ce point est un avertissement pour la gauche de transformation sociale en France où nous avons vu, le 7 juin dernier, l’accroissement du fossé entre les couches populaires et la gauche de transformation sociale (surtout dans le cas du Front de gauche, le NPA mordant un peu sur les employés, mais pas sur les ouvriers).

5) Pour ceux qui estiment que c’est par un lien dialectique entre les luttes sociales et les luttes électorales que nous pouvons construire le chemin de l’avenir, il convient de ne pas diaboliser les partis socialistes et sociaux-libéraux. Nous ne devons pas revenir à la période “classe contre classe” de Joseph Staline donnant l’ordre aux partis communistes dans le monde d’avoir comme adversaire principal les sociaux-démocrates. Rappelons que cela a permis la montée d’Hitler et du national-socialisme en Allemagne dès 1933. Contre la droite néolibérale nous devons travailler à l’alliance de toutes les gauches.

6) Mais la condition première de cette alliance de toutes les gauches est la rupture des partis socialistes et sociaux-démocrates européens avec les politiques néolibérales et l’alliance avec les partis de droite qui s’y réfèrent. Pas d’alliance avec le MODEM en France. Pas de socialistes français à la direction du Fonds monétaire international (Dominique Strauss-Kahn) ou à la direction du Fonds monétaire international (Pascal Lamy). Rupture de l’alliance du Parti socialiste européen avec la droite néolibérale du PPE. Pas de nominations socialistes par Sarkozy (on parle de Claude Evin à la direction de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France). Sans cette condition, aucune alliance n’est possible. On le voit en Allemagne, dans certains Lander ou au Portugal, la majorité de gauche existe et les partis actuellement dominants à gauche préfèrent l’alliance avec la droite néolibérale!

7) La poussée électorale de la gauche de transformation sociale est un élément déterminant pour peser sur les partis socialistes. Il est donc de la première importance de travailler à la stratégie d’union de la gauche de transformation sociale au premier tour, afin d’être en position de force au deuxième tour dans une stratégie à front large de la gauche tout entière. Mais pour la France, travailler à l’union des partis de la transformation sociale est nécessaire, mais pas suffisant. Il convient que cette gauche de transformation sociale renoue des liens organiques avec les couches populaires. Pour le dire plus crûment, il ne suffit pas que les partis de transformation sociale soutiennent de l’extérieur les luttes menées par les couches populaires : il faut que les couches populaires en lutte soient parties prenantes de la gauche politique de transformation sociale.

C’est pour cela que nous convions tous nos lecteurs à lire, ou relire, les deux éditos des numéros 620 et 621 de ReSPUBLICA qui développent plus avant nos analyses sur les tâches de la période.

Le 27 septembre dernier nous a appris qu’il ne suffira plus de préparer les prochaines élections dans la division de la gauche de transformation sociale, mais qu’il est dorénavant primordial d’organiser des débats sur la stratégie de la gauche dans tout le pays. Nous sommes à votre disposition pour participer à ces débats ouverts de la plus haute importance, à votre simple demande.

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