Chronique d'Evariste

Que faire après une succession de désastres électoraux ?

jeudi 19 mars 2015
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Cette lancinante question doit être prise à bras le corps. Dire que la transition vers l’après capitalisme doit se faire démocratiquement implique, pour nous, de ne pas continuer à agir comme par le passé. Déjà, Albert Einstein nous avait enseigné que l’« on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Changer de mode de pensée est en même temps nécessaire mais difficile. Pire, les trois événements de janvier 2015 (les attentats, la victoire électorale de Syriza et la démonstration de force de Podemos du 31) n’ont pas fait bouger la plupart des responsables de l’Autre gauche. Cerise sur le gâteau de la déprime, certains courants de l’Autre gauche s’enfoncent encore plus radicalement dans leurs impasses.

La laïcité rassemble quand les communautarismes et les intégrismes divisent

Cette désintégration idéologique et politique s’observe tout particulièrement dans le renforcement du communautarisme dans toutes les organisations de l’Autre gauche. Au lieu de porter haut et fort la lutte contre tous les racismes et la lutte contre tous les communautarismes et les intégrismes (qui comprend logiquement la lutte contre le racisme anti-juif et les racismes anti-arabe ou anti-musulman), au lieu de porter haut et fort le désir du peuple du vivre ensemble entre athées, agnostiques, chrétiens, juifs et musulmans, ils ont choisi de participer au meeting du 6 mars « contre l’islamophobie » à Saint-Denis (93).

Le PC, ATTAC, le NPA, Solidaires se sont mis à la remorque des communautaristes néolibéraux de l’organisation internationale des Frères musulmans (en France, l’Union des organisations islamistes de France-UOIF) et des ultras-communautaristes anti-libéraux des Indigènes de la République, de l’organisation réactionnaire(pour pas dire plus) de Présence et spiritualité musulmane (PSM) et d’autres organisations qui ont manifesté avec l’extrême droite catholique de la “Manif pour tous”. Même dans les organisations qui n’ont pas apposé leur signature à ce rassemblement réactionnaire, comme EELV et le Parti de gauche (ils ont sauvé l’honneur de ce point de vue), des militants et courants minoritaires sortent du bois pour attaquer la laïcité et faire la promotion des dérives communautaristes de l’islamo-gauchisme.

Agir sur toutes les causes des injustices et non sur une seule. Agir contre toutes les causes des désastres électoraux

Ce renforcement du communautarisme dans l’Autre gauche – contraire au souhait du peuple – rejoint les autres causes des désastres électoraux: mépris de la classe populaire ouvrière et employée (53 % de la population pour la classe en soi), refus de comprendre les lois tendancielles du capitalisme, refus de penser un modèle politique alternatif global en restant à la constitution d’un programme au sein du capitalisme, refus d’étudier toutes les causes du terrorisme religieux, incapacité de lier et de globaliser tous les principes de la République sociale, toutes les ruptures nécessaires, toutes les exigences indispensables. Le progrès du communautarisme est la sanction de l’impasse des stratégies d’alliance avec les néolibéraux en négligeant la stratégie de l’évolution révolutionnaire, et de l’incapacité de donner dans les faits une priorité à l’éducation populaire refondée, sans laquelle aucune bataille pour l’hégémonie culturelle contre le capitalisme n’est possible.

Pour la stratégie du double front

Face à l’alliance planétaire du néolibéralisme avec les communautarismes et les intégrismes, l’Autre gauche se tire une balle dans le pied en s’alliant aux communautarismes et autres intégrismes contre les impérialismes et le néolibéralisme. La clé du soutien populaire est bien dans la stratégie du double front contre le néolibéralisme et les impérialismes et contre le communautarisme et les intégrismes. Il n’y a pas de religion des pauvres, il n’y a que les différents « opiums du peuple » selon la formule de Karl Marx. Se placer du côté des exploités, des dominés, des expropriés face aux exploiteurs, aux dominants, aux expropriateurs ne doit pas être confondu avec la doctrine sociale des églises qui reste dans l’indignation en se déclarant du coté des pauvres contre les riches. S’indigner est insuffisant malgré le best-seller de Stéphane Hessel Indignez-vous !, si on ne se bat pas contre les causes de la pauvreté et de la misère.

Notre tâche est de rassembler le peuple contre les diviseurs communautaristes et intégristes. Nous retrouvons Jaurès pour qui la laïcité et la loi de 1905 permettaient d’unifier la classe ouvrière qui serait divisée sans la laïcité et sans la séparation des églises et de l’État. Le communautarisme divise alors que la laïcité unifie.

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