Combat social

H. Rol-Tanguy : “mon expérience syndicale”

vendredi 12 septembre 2014

Henri Rol-Tanguy, issu d’une famille de marins bretons, commença à travailler comme ouvrier à l’âge de 14 ans. En 1936, il était sécretaire du syndicat CGT de la métallurgie de la région parisienne. En 1944, chef des FFI de la région parisienne, il dirigea l’insurrection d’Août 1944 qui aboutit à la capitulation de l’armée allemande du général Von Choltitz et la libération de Paris.

Dans le texte ci-dessous, il explique ce qui a permis ce succès. L’expérience syndicale dont parle  Rol-Tanguy, la sienne comme celles des FTP parisiens, c’est l’expérience ouvrière du rapport de force entre les salariés et le patronat, et la leçon des échecs et des succès.

Cette leçon, c’est de baser l’action politique sur l’analyse du rapport de force et sur sa construction. C’est une compétence et une pratique clé, pour ne pas le sous estimer ni le surestimer. Pour cela, il faut que l’organisation et sa direction écoute, s’imprègne en permanence de l’état d’esprit du peuple comme de ses adversaires. C’est l’expérience de la classe ouvrière acquise par ses luttes. A une époque où beaucoup de militants, en particulier ceux issus de cette « petite bourgeoisie intellectuelle » qui a progressivement évincé la  classe ouvrière des institutions républicaines et des partis politiques, ont souvent une pratique qui consiste à chercher à « évangéliser » les masses pour changer la société, et à porter leur bonne parole dans des monologues avec le peuple, comme des maîtres (d’école) à leurs élèves, à une époque où des dirigeants croient pouvoir transformer la société par des meetings, des discours volontaristes, des petites phrases acerbes pour dénoncer leurs concurrents, il n’est pas inutile de rappeler ces quelques vérités fondamentales, et leur filiation avec les valeurs républicaines soulignées par le secrétaire de la CGT.

« Mon expérience syndicale m’avait appris à ne jamais engager d’action sans l’étude préalable de la situation, de l’état du rapport de force dans l’entreprise : forces morales, forces matérielles, plan de travail, état d’esprit des travailleurs, mais également état d’esprit du patronat. C’était pour moi une mise en garde constante contre les tentatives de mots d’ordre et d’actions détachés de la réalité du terrain, un appel à analyser toute situation avec un sens aigu des responsabilités. »

Henri ROL-TANGUY (1908 – 2002), chef des FFI d’Ile de France

« Henri Rol-Tanguy était un de ces hommes d’exception. Il est un de ces militants qui personnifie les traits essentiels du syndicalisme français historiquement inséparable de l’adoption militante par le mouvement ouvrier des valeurs de la Révolution française. La lutte syndicale exprime la révolte contre le non-respect des promesses inscrites dans la devise de la République, elle incarne le refus de la domination du plus grand nombre par des oligarchies économiques et sociales et leurs instruments politiques. Matrice de toutes les résistances à l’exploitation, à l’oppression, à la discrimination et à l’injustice, elle fonde la légitimité des luttes sociales pour conquérir des droits et les faire respecter, contribuant à tresser le fil rouge de l’émancipation humaine. »

Bernard THIBAULT, secrétaire de la CGT, hommage à Henri Rol-Tanguy, 2002

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