Débats politiques

Politique sécuritaire de Hollande. La majorité de la gauche de la gauche accepte le jeu de rôle qui lui est assigné

mercredi 6 janvier 2016
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Co-animateur du Réseau Éducation Populaire (REP). Co-auteur de : Néolibéralisme et crise de la dette ; Contre les prédateurs de la santé ; Retraites, l'alternative cachée ; Laïcité: plus de liberté pour tous ; Penser la République sociale pour le 21e siècle ; Pour en finir avec le "trou de la Sécu", repenser la protection sociale du 21e siècle.
Sur le sujet de la déchéance de nationalité et de la révision annoncée de la Constitution, nous avons publié fin décembre 2015 un  important article de Didier Hanne appelant à “raison garder” face aux émois d’une grande partie de la gauche, et concluant sur la force symbolique de l’octroi ou du retrait de la nationalité française. Nous indiquions aussi que les membres de la Rédaction n’étaient pas unanimes : ce numéro 800 complète le dossier avec deux textes qui – sans se contredire dans l’esprit – prennent des angles d’analyse différents pour aboutir à des solutions éloignées : pour Alberto Arricruz (ici), la déchéance de nationalité s’inscrit dans un ensemble de figures idéologiques qui l’apparentent irrémédiablement au racisme anti-arabe, il faut donc la refuser ; pour Bernard Teper (texte ci-après), le piège tendu aux opposants à la déchéance de nationalité est ourdi par le gouvernement, il convient de l’éviter en proposant de substituer à la déchéance une peine d’indignité nationale valable pour tous les “total-terroristes”.
La rédaction de ReSPUBLICA

François Hollande a su se servir de l’horreur suscitée par les attentats de 2015 pour se remettre en selle pour la présidentielle de 2017. Alors que nous nous acheminions très tranquillement vers l’explosion de la gauche solférinienne et à la décomposition de la gauche de la gauche bien entamée lors des élections de 2014 et 2015 et vers un deuxième tour Le Pen-droite néolibérale qui aurait vérifié un nouveau bond en avant du FN et une victoire in extremis du candidat de la droite néolibérale (sans oublier un centre tout aussi néolibéral), les stratèges solfériniens ont renversé la donne. Ils ont engagé un processus visant à produire un deuxième tour Le Pen-Hollande, avec toujours le bond en avant du FN mais avec la victoire finale des solfériniens dégagés des poids morts que sont les mots « gauche », « socialisme » et « République ».
Dans cette nouvelle stratégie du PS, il s’agit de casser la droite néolibérale – non pas comme François Mitterrand en suscitant la montée du FN (déjà très haut !), mais cette fois-ci en « étouffant » l’ancienne droite en tentant une alliance avec une partie de la droite et du centre pour in fine former une « droite solférinienne », sous une forme à déterminer.
Mais il s’agit aussi de placer la gauche de la gauche dans une posture moraliste pour l’empêcher d’être une opposition de gauche au « solférinisme » et pour accélérer sa décomposition. Dans ce cas, la décomposition de cette gauche de la gauche est assurée puisqu’elle ne réussira pas à rencontrer les couches populaires de gauche qui s’abstiennent depuis des années et ne servira que d’épouvantail au peuple. François Hollande pourra alors remercier d’abord Nicolas Sarkozy puis le magma de la majorité de la gauche de la gauche qui aura accepté de jouer le jeu de rôle que François Hollande leur assigne.

Alors, ce rassemblement hétéroclite de la majorité de la gauche de la gauche préférera s’occuper des pauvres plutôt que de rassembler tous les exploités du capitalisme, tentera de gauchir le communautarisme anglo-saxon plutôt que d’utiliser la matrice de la République sociale comme le mouvement ouvrier avant lui, concevra le rassemblement du peuple autour de l’islam voire de l’islamisme plutôt que de rassembler toutes les couches populaires sans exception y compris ceux de culture arabo-islamique grâce à l’application du principe de laïcité (qui protège toute l’humanité et donc tous les musulmans mais pas les religions), se perdra dans les délices du sectarisme, du solipsisme, du gauchisme, dans la marginalisation politique autour de solutions simplistes et toutes contradictoires entre elles : le revenu universel, le plan A de l’euro social, le plan B de la sortie de l’euro demain matin à 8h 30, le concordat, l’animation en lieu et place de l’enseignement et de l’éducation, la haine de la nation et de la République sociale, l’amour de l’éparpillement et du «small is beautiful », le culte de la repentance plutôt que l’Internationale et la Marseillaise, le rêve de la maison bleue adossée à la colline, le refus de la déchéance de la nationalité en 2016 mais l’acceptation de cette même déchéance de la nationalité de 1848 à nos jours, etc.).

Le moralisme de la gauche de la gauche servira, contre son gré (mais cela nous fait une belle jambe), le noir dessein de François Hollande en vue de n’avoir sur sa gauche que postures sans cohérence populaire plutôt qu’une véritable opposition de gauche capable de renverser la table en liaison avec les couches populaires. Et les ruptures démocratiques, laïques, sociales et écologiques attendront plus tard…

Il faut en finir avec cette gauche de la gauche qui fustige la déchéance de la nationalité des binationaux nés en France mais pas celle des binationaux naturalisés pourtant inscrite dans le Code civil depuis des décennies. Pour eux, il n’est pas choquant de savoir que mes parents qui ont été naturalisés n’étaient pas des Français comme les autres ? Voilà pourquoi je suggère, pour tous les total-terrorristes français sans exception, qu’il n’y ait pas de déchéance de la nationalité du tout1 mais une peine d’indignité nationale inscrite dans la Constitution.

Finissons par une lueur d’espoir : comme dans le passé, en partant du peuple, une nouvelle force progressiste jaillira à un moment donné, qui reprendra le flambeau de l’émancipation, éclairé par notre histoire mais ressourcé dans la réalité du XXIe siècle.
Allez, ne vous laissez pas aller au défaitisme, il faut tout reconstruire comme l’ont fait nos aînés, laissons la gauche de la gauche agoniser et utilisons l’éducation populaire pour semer pour une future gauche de gauche. Haut les cœurs et Hasta la victoria siempre !

  1. Ce qui exigerait un changement dans le Code civil actuel. Voir l’article de Didier Hanne http://www.gaucherepublicaine.org/respublica/decheance-de-nationalite-etat-durgence-raison-garder/7397246. []
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