Chronique d'Evariste

Pour sortir du carcan de l’Union européenne et de la zone euro

mercredi 23 avril 2014
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Une seule solution : transformer les gauches de la gauche en gauche de gauche !
Repartons d’un texte critique précédent intitulé « L’euro: les 6 positions en présence »,  où nous décrivions la position néolibérale commune à la droite néolibérale décomplexée et à la gauche néolibérale complexée.
Nous résumions d’abord la position souverainiste des extrêmes droites qui ne sont, comme dans les années 30, que la dernière solution offerte au grand patronat et aux néolibéraux lorsque qu’ils n’auront pas d’autre choix, après en avoir arraché des lambeaux, que de supprimer totalement l’application des principes sociaux républicains.
Ajoutons aujourd’hui que ces deux positions (néolibérale « de base » et droitisation extrême si les politiques des 30 dernières années ne suffisent pas à contenir les peuples) sont en fait les positions du bloc des gardiens du capitalisme.

Nous avions isolé par ailleurs les tenants de 4 positions contradictoires existant à l’intérieur des gauches de la gauche, mais que leurs divisions rendent incapables de s’opposer sérieusement au bloc des gardiens du capitalisme :

  1. Nous avions critiqué la position dite de « l’Union européenne sociale » illustrée par les directions d’Attac et du PC et largement présente dans les élites de nombreuses organisations politiques, syndicales, associatives et mutualistes. Elle consiste à faire croire qu’il est possible de faire surgir un modèle alternatif de l’intérieur de l’actuelle Union européenne et de l’intérieur de la zone euro par la seule mobilisation de plus en plus forte, des peuples. Cette position s’oppose donc à toute sortie de l’euro et de l’Union européenne. Répétons que pour nous cette position est une prison, une impasse : l’Union européenne et la zone euro ne sont plus réformables ; de plus, jamais en 2500 ans d’histoire le mouvement d’en bas seul n’a permis une alternative. Seule l’articulation du mouvement d’en bas avec le mouvement d’en haut a produit les ruptures nécessaires. Par ailleurs, cette position n’existant pratiquement plus dans la classe populaire ouvrière et employée (53 % de la population), cela conduit ses adeptes à ne développer leurs positions qu’en direction des couches moyennes intermédiaires salariés (24 % de la population) et des couches moyennes supérieures salariés radicalisées (peut-être 3% au maximum des 15% de ces couches sociales-là).
  2. Nous avions stigmatisé aussi les « conseillers des princes » de type Jacques Sapir, adeptes de la seule transformation par le haut, ceux qui prônent la sortie à froid de la zone euro comme une prééminence surplombante de nature à régler tous les problèmes.
    Or cette proposition progresse dans toutes les organisations au fur et à mesure que la précédente recule. Les plus hardis vont jusqu’à donner un pourcentage avec décimale précise de la dévaluation qui sera nécessaire au lendemain de la sortie de l’euro. Là encore, les tenants de cette solution ne précisent en rien comment ils pensent l’articuler avec le mouvement d’en bas sommé de faire confiance à cette recette miracle. Ni à la façon de l’articuler avec les autres combats, avec quel internationalisme, avec quelle stratégie, pour quel modèle politique, etc.
  3. Nous avions distingué ceux qui, partant de l’une des deux positions précédentes, y apportaient une sophistication supplémentaire en rajoutant d’autres ingrédients comme l’internationalisme (Frédéric Lordon) ou la désobéissance européenne matinée de protectionnisme solidaire (Aurélien Bernier) ou encore la désobéissance européenne matinée de rupture sociale (Guillaume Etievant qui va jusqu’à dire « S’il faut faire le choix entre mener une autre politique sociale ou alors rester dans l’euro et du coup être obligé de mener une politique néolibérale, si les traités restent ce qu’ils sont, nous préférons sortir de l’euro pour mener une politique sociale »). Mais là encore, nous jugions ces points de vue insuffisants pour faire bifurquer l’histoire.
  4. Enfin nous avions évoqué une position plus difficile que les précédentes mais qui, à nos yeux, serait la seule permettant de s’opposer sérieusement au bloc des gardiens du capitalisme. C’est celle de la sortie internationaliste à chaud de l’Union européenne et de la zone euro qui tiendrait compte des lois tendancielles du capitalisme, de la détermination en dernière instance de l’économie, dont on ne peut pas s’extraire par l’idéalisme philosophique des amis de Yaqua et de Faucon : c’est celle de la globalisation des combats contre toute prééminence surplombante ; c’est celle de la construction d’un modèle politique alternatif de type République sociale ; c’est celle de la constitution d’un bloc historique centré sur la classe populaire ouvrière et employée sans lequel toute alternative est impossible (n’oublions jamais que le vote Front de gauche est le 5e choix de la classe populaire ouvrière et employée, ne pas en tenir compte met hors sol…) ; c’est celle de la prise en compte du phénomène de gentrification ; c’est celle de la centralité gramscienne de la bataille pour l’hégémonie culturelle…

La stratégie qui en découle pour rompre avec les vieilles méthodes qui ne marchent plus est celle d’un nouveau militantisme de proximité basé sur l’éducation populaire (voir la précédente chronique d’Évariste).
Sinon, l’implosion de la zone euro pourrait se faire à chaud et on peut craindre que beaucoup ne soient pas préparés à cette hypothèse, dans des conditions nouvelles difficiles non prévues. Prendre tout cela à bras le corps, c’est passer des gauches de la gauche à une gauche de gauche.
Oui, pour nous, la centralité de la lutte des classes pour un nouveau modèle politique que nous appelons la République sociale est le point nodal indispensable au succès des luttes culturelles, écologiques, sociales et politiques. Elle exige que nous soyons avec la classe populaire ouvrière et employée et pas à côté d’elle.

Vive la République sociale !

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