Dans quelle crise sommes-nous ? n°13

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Note de la Rédaction :

Voir dans la Librairie militante du site  la compilation des chroniques de 2009 à 2019 parues dans ReSPUBLICA sous forme d’ouvrage, ainsi que  le n°11 et le n°12, pour les deux dernières années.

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 « La crise c’est quand le vieux se meurt
et que le jeune hésite à naître. »
Antonio Gramsci

La Covid-19, qui a causé des millions de morts à travers le monde, en particulier dans les pays développés de l’OCDE, a eu un effet de remise à niveau générale. Certains « grands prêtres », à la suite de Klaus Schwab, patron du Forum de Davos, ont même parlé de « réinitialisation ». En fait, en cette année 2021, nous constatons surtout une incertitude historique. Jamais n’a été aussi pertinente la citation de Gramsci que nous avons mise en exergue de notre série d’articles depuis treize ans… Oui, « le jeune monde hésite à naître » ! Nous sommes arrivés au moment où nos hypothèses initiales, émises dès 2009, date de notre première édition, deviennent réalité : la fermeture du pli historique ouvert au XVIe siècle et la fin définitive du capitalisme de marché. Ainsi, deux possibilités étaient théoriquement ouvertes : soit l’émergence d’un nouvel âge du capitalisme que l’on commence à nommer « capitalisme numérique », soit une sortie révolutionnaire de ce mode de production… Nous semblons nous orienter vers la première branche de cette alternative… pour le moment, et sans présager aucunement de l’avenir.

Limites du capitalisme assisté et capitalisme de contrôle

Pour la bourgeoisie financière mondialisée, le danger était pourtant énorme. Son pouvoir pouvait être remis en cause par son incapacité à gérer les conséquences de l’implosion du dispositif financier et boursier lors de la crise dite des subprimes Lehman de 2007-2008. Le système fut touché à la tête par une sorte d’AVC bancaire. En fait, cette crise n’a jamais connu de résolution. Une batterie d’expédients, extrêmement dangereux à terme sur le plan monétaire, a été mise en place pour simplement gérer au jour le jour les conséquences de la banqueroute par l’injection massive de liquidités (quantitative easing). Bref, la fausse monnaie a chassé la vraie ! Ces expédients ne pouvaient durer toujours. La mise en place d’un « capitalisme assisté », par ce que nous nommions le grand radiateur monétaire (injection de liquidités par le haut et soustraction d’une masse monétaire plus ou moins équivalente par érosion des prestations sociales et dévalorisation des biens communs, par le bas), a trouvé ses limites.
La contestation sociale pouvait renverser l’ordre financier, à l’instar du mouvement des « gilets jaunes » en France. Dans cette conjoncture, la pandémie est arrivée comme une « divine surprise » pour la bourgeoisie mondialisée. Certains penseurs de la gauche radicale, en particulier en Italie, prophétisent la victoire définitive d’un « capitalisme de contrôle », disposant de tous les atouts pour réduire l’ensemble des contestations du système d’exploitation. Cette vision d’un pessimisme noirâtre est fausse. La réalité est une contradiction dialectique permanente : plus l’ordre du Capital développe son contrôle, plus il suscite une opposition et une prise de conscience de son injustice érigée en système. La mise en place de ce « capitalisme de contrôle » est une usine à fabriquer des soulèvements et à produire des consciences anticapitalistes.

Pendant la pandémie, la lutte des classes continue, surmultipliée

Il est vrai que la crise sanitaire que nous traversons devait rester sous contrôle de la classe dominante… et c’est bien le cas, jusqu’à aujourd’hui. Les différentes bourgeoisies nationales ont réussi partout à garder le contrôle de la situation, sauf peut-être dans quelques pays latino-américains. La lutte de classe, moteur de l’histoire, continue en période de guerre ou de pandémie mais sur un rythme surmultiplié. Or, complètement sidérées par la situation sanitaire, les couches populaires n’ont pas pu prendre leur autonomie, même partiellement, en créant un double pouvoir, c’est-à-dire en prenant en main la lutte sanitaire contre la pandémie, sauf au Chili semble-t-il. Les contraintes liées au coronavirus tueur ont été admises, faute de mieux, y compris lorsque ces mesures décidées par les gouvernements étaient absurdes ou reflétaient une désorganisation crasse… notamment en France.

Cela dit, tentons de résumer la situation liée à la pandémie Covid-19 et d’en dégager les facteurs d’oppression et les facteurs de soulèvement. Il s’agit bien d’une contradiction fondamentale. La source de cette opposition entre oppression et révolte se trouve dans la dialectique contradictoire du développement des forces productives et des rapports de production. Laissons la parole à Karl Marx, car cette citation éclaire exactement de la période historique que nous traversons :

« Dans la production sociale de leur existence, les hommes nouent des rapports déterminés, nécessaires, indépendants de leur volonté ; ces rapports de production correspondent à un degré donné du développement de leurs forces productives matérielles. L’ensemble de ces rapports forme la structure économique de la société, la fondation réelle sur laquelle s’élève un édifice juridique et politique, et à quoi répondent des formes déterminées de la conscience sociale. Le mode de production de la vie matérielle domine en général le développement de la vie sociale, politique et intellectuelle. Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. À un certain degré de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en collision avec les rapports de production existants. » (Préface de la Contribution à la critique de l’économie politique,1859)

La pandémie réorganise la composition organique des forces productives

Tout est dit, car la tension entre ces deux pôles, forces productives et rapports de production, a évolué et s’est renforcée comme jamais. Illustrons avec un exemple relatif à l’innovation et à la production, donc à l’évolution des forces productives : il n’a fallu que quelques mois pour créer, expérimenter et produire des vaccins efficaces. Un processus qui prend entre cinq et dix ans en période « normale ». Encore plus fort, la vaccination par ARN messager semble être la plus efficace. Cette application du principe de l’ARN messager ouvre des perspectives immenses, en particulier en matière de lutte contre le cancer. C’est un exemple parmi d’autres car l’ensemble de l’économie high-tech connaît une explosion depuis une quinzaine de mois. Il est clair que la pandémie réorganise la composition organique des forces productives et, par là même, la nature de l’extorsion de la plus-value.

La fin de l’économie de bureau et des bullshits jobs ?

Sur le plan des rapports de production, l’évolution du télétravail ouvre par exemple des perspectives de rebonds de productivité et de réduction des coûts justement dans la plupart des secteurs high-tech, moteurs des profits capitalistiques de demain. « L’économie de bureau », c’est-à-dire le travail posté dans des vastes espaces organisés et surtout financés par l’entreprise, appartient-elle au passé ? Microsoft vient d’annoncer qu’un tiers de ses employés en Recherche et Développement ne retourneraient plus au bureau… car ils n’en auront plus ! Se dégage un autre élément important de la conjoncture : la dégénérescence des bullshit jobs (« job à la con » en français) comme le regretté penseur David Graeber avait conceptualisé ces activités professionnelles parfaitement inutiles. En fait, ces « occupations rémunérées », ineptes et vides de sens, ne constituent pas une forme fondamentale de l’extorsion de la plus-value et de sa transformation en Valeur. La généralisation des bullshit jobs est due à la mondialisation et à la création d’un atelier du monde en Chine, qui ont entraîné la fermeture massive de sites industriels dans nombre de pays développés du premier monde. Cette allocation à l’inutilité pour préserver l’alliance de classe entre bourgeoisie et classes moyennes est un poids financier que le capital n’est plus prêt à payer en période de « vaches maigres » et de réorganisation complète de la chaîne de création de valeur. L’alibi du télétravail et la fermeture d’espaces bureautiques vont accélérer la liquidation de ces activités assez proches du chômage déguisé, qui ne servaient qu’à maintenir la paix sociale.

Dernier élément d’évolution des rapports de production, les secteurs archaïques ou sans valeur stratégique comme la restauration, le tourisme, les casinos ou les discothèques reviennent à leur véritable nature d’activités périphériques ou carrément parasitaires.

Ainsi, la réorientation du développement des forces productives, dont le réseau Internet est le média central, et l’adaptation indispensable des rapports de production vont créer une formidable vague de bouleversement humain et de contestation sociale et politique.

Le désespoir gagne les classes moyennes

Nous constatons d’ailleurs les premières prémisses de cette contestation, qui peut d’ailleurs se transformer dans quelques pays en une situation « ingouvernable ». En effet, cette modification des rapports de production induit une rupture du bloc bourgeois. Jusqu’à présent, la bourgeoisie monopoliste mondialisée et la bourgeoisie moyenne nationale des différents pays pouvaient compter, bon an mal an, sur le soutien de la piétaille de la petite bourgeoisie et surtout des classes moyennes. La limitation et la « délocalisation intérieure » par le télétravail et aussi la liquidation progressive des bullshit jobs provoquent une implosion progressive des classes moyennes. D’ailleurs, le désespoir les gagne et des symptômes apparaissent. Nous observons en Europe un véritable effondrement de la natalité dans ces couches sociales intermédiaires, de manière assez similaire à ce qui s’était passé en URSS dans les années 1980.

La monnaie, clé de répartition du profit

Toutefois, avant de poursuivre sur la question sociale, nous devons obligatoirement faire un détour par la question monétaire. Car en période de mutation fondamentale, celle-ci devient la question principale et l’indicateur des rapports de forces entre classes sociales bien sûr, mais aussi entre différentes fractions du Capital, tant au niveau mondial que national. Enfin, la question monétaire est un indicateur objectif du rythme de la crise et de son évolution.

Car il faut bien comprendre le rôle de la monnaie. Chez Marx, dans le Capital en particulier, le phénomène monétaire est détaillé tout juste après les définitions et la description de la création de plus-value, du profit, de la valeur et de la réalisation de cette valeur en prix. Car la monnaie, et en particulier la « forme monétaire », est la clé de répartition du profit réalisé entre les couches sociales. Une modification de la « forme monétaire » est tout simplement l’expression d’un nouveau rapport de forces au sein de la bourgeoisie et plus généralement la réalité concrète d’un mode de production. Ainsi, le capitalisme de marché s’est construit progressivement au XVIIe et XVIIIe siècle autour de la création et de la généralisation de la monnaie papier. Notre hypothèse est que la fermeture du pli historique ouvert au XVIe siècle engendre une modification de la « forme monétaire » et la fin progressive des monnaies étatiques, vers l’établissement de monnaies privées.

Vers le dépérissement lent de l’État ?

Depuis la fin 2020, nous assistons sur le plan de l’avenir monétaire à une bataille titanesque dont personne aujourd’hui ne peut prédire qui en sortira vainqueur. Avec l’option crypto-monétaire, et en particulier le Bitcoin, l’aile marchante du capitalisme financier mondialisé tend à se désolidariser des États-nations… et donc également des bourgeoisies nationales. Elle considère, en tout cas pour le « milliard de riches » habitant dans les pays de l’OCDE, que le contrôle des populations est arrivé à un tel stade de sophistication que l’État et son administration ne sont plus aussi indispensables et peuvent dépérir lentement mais sûrement. Cette situation est porteuse à terme d’une spoliation monétaire des bourgeoisies nationales. Ce nouveau dispositif monétaire peut engendrer à brève échéance de terribles conflits d’intérêts aux conséquences politiques multiples. Les secteurs bourgeois spoliés peuvent devenir d’une extrême agressivité, à l’image de Trump et de la tentative de prise du Capitole par des groupes extrémistes chauffés à blanc !

Le Bitcoin ou l’Ethereum étaient des options de dernière instance, l’ultime possibilité en réserve en cas de cataclysme. L’option a été ouverte en novembre dernier et le retour en arrière est quasiment impossible. L’événement monétaire de fin 2020 avec le « décollage » du Bitcoin marque le tout début de la mise en place d’une sorte de système bi-monétaire, qui ne dit pas son nom, avec l’adoption par les fonds financiers américains du Bitcoin comme une des réserves de valeur, et de quelques cryptomonnaies comme l’Ethereum comme support d’une finance débancarisée (DeFI, l’acronyme de Finance + Décentralisée. En anglais : Decentralized Finance). Les monnaies classiques (“fiat”) pourraient être donc soumises à une inflation, en particulier le dollar, du fait des injections monstrueuses de liquidités. Le nouveau gouvernement de Biden a ainsi décidé de financer par l’emprunt trois plans de relance (chèques pour chaque citoyen, plan pour les infrastructures et plan en direction des familles et de l’éducation) pour 5 500 milliards de dollars ! Les cryptomonnaies, elles, seraient hors de toute inflation par leur nature même.

Les monnaies classiques sacrifiées par un déluge d’injection de liquidités

A noter que nous avions vu juste dans le numéro 12 de « Dans quelle crise sommes-nous ? », puisque nous indiquions que le passage de la crise de la Covid-19 de courte période en moyenne période (3 à 5 ans) pourrait entraîner la création d’un système bi-monétaire. L’avantage d’une double monnaie pour le Capital est essentiel. En effet, la mise en place d’un nouveau dispositif des forces productives et l’adaptation des rapports de production en conséquence exigent une masse financière gigantesque… qui n’existe absolument pas, surtout en période de crise sanitaire et financière globale.

Alors comment faire ? Il est possible que les monnaies classiques soient sacrifiées par un déluge d’injection de liquidités. En fait, nous pourrions avoir une monnaie soumise à l’inflation pour l’achat d’oignons et de tomates et le paiement des pensions de retraite, et une autre monnaie cryptographique non inflationniste pour les valeurs capitalistiques (immobilier haut de gamme, marché de l’art, actions…). N’oublions pas que les cryptomonnaies sont des monnaies privées. Les États pourraient être dépossédées de la monnaie capitalistique… et il pourrait avoir scission entre l’Etat national et les structures fédérales ou assimilées, comme l’UE pour l’euro, et le Capital mondialisé. La direction informelle du Capital étant de fait l’œuvre des tenants du réseau Internet tel que les GAFAM. Car nous sommes parvenus au deuxième âge de l’Internet : le réseau commence à gérer en propre l’ensemble des flux vitaux de l’économie politique.

 


Photo by Executium on Unsplash

 

L’hypothèse de l’instauration d’un système bi-monétaire

Cette prise de pouvoir serait multi plans : contrôle des populations, contrôle politique (cf. la censure de Trump, président des USA), contrôle sanitaire, contrôle monétaire. Il est piquant de constater que cette option de prise de pouvoir politique et monétaire a eu lieu au même moment, soit en novembre-décembre 2020 : annonce de PayPal sur l’adoption du Bitcoin et simultanément coupure des médias sociaux de Trump. Bien sûr, il est impossible de prévoir l’avenir, en particulier dans ce cas de figure. Car l’hypothèse de l’instauration d’un système bi-monétaire entraînant une spoliation des petites et moyennes bourgeoisies nationales représenterait un séisme de très forte intensité. Comment réagiront ces « fractions archaïques du Capital » ? Dans certains pays, une réaction politique peut se mettre en place et imposer passagèrement un blocage vers la transformation des monnaies traditionnelles en monnaies de singe ! Cette tension monétaire est un autre facteur « d’ingouvernabilité ».

Ainsi, et pour nous résumer, trois facteurs sont donc porteurs de déstabilisation : la modification du dispositif des forces productives, la nécessaire adaptation des rapports de productions et enfin la modification de la « forme monétaire » permettant la transformation de la Valeur en prix.

Défaite de front de l’extrême-droite dans la forteresse du capitalisme

Pour illustrer ce danger de situation « ingouvernable », ou en tout cas difficilement gouvernable provisoirement, nous allons détailler l’exemple des USA au cours de l’année écoulée et celle de notre pays aujourd’hui, à la veille d’un possible choc politique en 2022.

Si, comme nous le disions plus haut, la pandémie n’a pas entraîné la révolution, on ne peut pas dire que le mouvement social n’a pas été actif. La victoire de Biden, ou plus exactement la défaite de Trump, est en grande partie due à l’immense mobilisation Black Lives Matter. Dans la forteresse du capitalisme des USA, l’extrême-droite vient de subir une défaite de front ! Comparable à la victoire de Roosevelt en 1932, cette modification du rapport de force politique pour l’Atlantique Nord est porteuse d’éléments positifs contre le danger d’une éventuelle fascisation générale de l’Occident. Pour rester dans cette comparaison historique, certains diront qu’après novembre 1932 viennent janvier 1933 et la victoire d’Hitler en Allemagne. Cette ambivalence dialectique est parfaitement possible hier comme aujourd’hui. En période de pandémie ou de guerre, nous pouvons tout voir arriver, comme par exemple Biden en 2020 aux USA… et Le Pen en France en 2022 ! C’est plausible mais, espérons-le, pour l’instant encore très incertain. Car, dans ces phases paroxystiques, les oppositions au sein du capital sont également très vives. Chaque fraction bourgeoise nationale et internationale joue sa partition, chaque fraction du capital, innovante ou archaïque, joue sa peau à la roulette russe de l’histoire. Oui,  la dernière élection américaine, en dehors de ses aspects spectaculaires et presque délirants avec la mouvance QAnon  et la tentative de prise du Capitole par les partisans de Trump, marque une vraie inflexion du cours  politique des États-Unis et donc de l’ensemble des pays occidentaux.

La victoire du nouveau capitalisme numérique 

La contradiction au sein du capital américain, dont nous avions souligné l’importance dans les numéros précédents de notre série d’articles, a atteint son paroxysme et a abouti à la victoire du « nouveau capitalisme numérique » d’une courte tête sur la désignation des grands électeurs mais avec une avance de près de 8 millions de voix tout de même pour Biden. Le « capitalisme archaïque » des secteurs immobilier, industriel à faible valeur ajouté, pétrolier ou encore mafieux (jeux et casinos) regroupés autour de Trump l’aurait emporté sans la crise de la Covid 19. La gestion catastrophique de la pandémie par le fantasque Donald Trump, l’immense mobilisation Black Lives Matter, ainsi que l’activisme tous azimuts des GAFAM contre Trump avec la censure de ses comptes Twitter ou Facebook, ont eu raison de la réaction d’un capitalisme d’un autre temps.
Bref, la globalisation sous hégémonie US peut continuer avec l’intégration de nouveaux marchés, en particulier avec éventuellement la généralisation des cryptomonnaies. Cela dit, la contradiction entre intérêts divergents du Capital va perdurer. Trump ne renoncera pas à son combat politique, à moins d’une élimination par une procédure judiciaire… Ce qui serait tout de même la solution la plus simple pour le faire disparaître politiquement. Si Biden ne réussit pas à relancer l’économie des USA et à sortir les classes moyennes de la paupérisation, la situation politique peut échapper à tout contrôle. Or il existe une totale contradiction entre l’envol du « capitalisme numérique » à la mode GAFAM et la préservation des intérêts matériels des classes moyennes. Biden est donc coincé dans un hiatus historique dont il est pratiquement impossible de sortir sans casse.

La France, maillon faible des nations développées

Venons-en à la France. La Covid-19 a eu un effet dévastateur. Le peuple français vient de comprendre la véritable situation du pays. Les mythes ont la vie dure mais ils meurent aussi finalement un jour. Celui de la « première armée du monde » a pris fin en juin 1940 avec l’invasion allemande. Le pays du prix Nobel Monod, de l’Institut Pasteur et de Sanofi est décédé en 2020. La désindustrialisation, pire la « détechnologisation », si l’on peut employer ce néologisme, devient palpable pour le citoyen lambda. Nous avions à plusieurs reprises indiqué que notre pays pouvait être le « maillon faible » des nations développées. La crise sanitaire renforce notre conviction. Après la crise économique, sociale et idéologique, pointe à l’horizon la possibilité d’un tsunami politique en 2022, voire avant.

Comme toujours, et au travers des époques, c’est la faiblesse intrinsèque du capitalisme français qui pose problème. Une dizaine de monopoles financiers n’ayant quasiment plus de capacités productives tiennent le pays, à l’image de Sanofi. C’est au détour d’un procès comme celui de Dassault, ou d’une fuite rocambolesque comme celle de Carlos Ghosn au Liban, sous le contrôle du Hezbollah, que la vérité éclate, derrière le décor factice de la « bonne gestion » des quelques multinationales encore françaises ».

Rester dans le petit bain français

Par ces « faits divers », on entrevoit un instant dans sa réalité ce leadership un peu « canaille » avec comme figure de proue un Bolloré, reconnu coupable de corruption en Afrique. Ce dispositif capitalistique est dans l’incapacité de résister à la concurrence internationale. Ne sachant pas vraiment nager dans le « grand bain du capitalisme numérique », il peut être tenté de rester dans le « petit bain français ». Pourris de dettes garanties par l’État, ces groupes propriétaires des médias dominants n’ont qu’une solution : continuer à siphonner financièrement l’État en vivant aux crochets du contribuable. Ainsi, ils peuvent continuer à verser des dividendes de cavalerie à leurs actionnaires, alors même que ces entreprises sont des catastrophes financières. Bref, les dividendes totalement fictifs continuent à être distribués malgré les déficits… une belle performance de l’aberration comptable insincère !

Aussi, pourquoi n’envisageraient-ils pas en 2022 une solution autoritaire en France ? Devenue euro compatible, acceptant la bureaucratie européenne et la monnaie unique, Marine Le Pen est peut-être une option pour faire passer en force la liquidation d’un certain nombre d’acquis sociaux et mettre au pas définitivement la contestation sociale. Visiblement sur ce plan, Macron n’a pas rempli son office. L’épisode des gilets jaunes ou la contestation de la « réforme » des retraites ont peut-être amené les trusts parasitaires français à passer à une nouvelle étape : la prise de pouvoir par l’autoritarisme d’extrême-droite pour préserver leurs dividendes. Tout est possible même le pire ! Dans ce contexte, seule une mobilisation populaire pourrait changer le rapport de force politique. Mais, pour le moment, la situation est délicate pour les partisans de la République sociale. « L’appel des généraux » ou encore la manifestation policière devant l’Assemblée nationale en sont deux exemples révélateurs.

Du côté de la Chine, le grand rebond en avant

Comme à notre habitude, nous terminerons ce treizième numéro par la puissance montante de notre époque, la Chine. Seul pays important en croissance avec  2,3 % d’augmentation du PIB en 2020, « l’empire du Milieu » n’a pas reculé, alors même que ses principaux adversaires connaissaient la récession, et parfois gravement. La Chine est le cas particulier, le cas unique. Pendant le même temps, les États-Unis subissaient un affaissement de 3,5 % de leur produit intérieur brut (PIB), leur pire performance depuis 1946 ! La même année, la zone euro voyait son PIB s’effondrer de 6,8 %… et la France de 8,4 % !

Le redressement économique chinois après cette année noire est encore plus spectaculaire. Pékin a enregistré une croissance hallucinante de 18,3 % au premier trimestre ! Le redémarrage en trombe du mastodonte économique intervient à un moment où les chaînes logistiques sont encore perturbées. Mais il est clair que le rebond chinois est d’une intensité remarquable. Le Parti communiste chinois et son chef Xi Jinping vont tenter de capitaliser politiquement cet avantage, certainement comme à leur habitude par une dynamique propre mais aussi en profitant systématiquement des erreurs de leur adversaire principal les USA… comme ils l’ont démontré brillamment sous la présidence brouillonne de Donald Trump.