Souci de la santé publique et des paysans
De nombreuses organisations paysannes et des scientifiques ont sonné l’alarme et appelé à manifester « pour protéger la santé, l’environnement et les paysans ». Le rassemblement devant l’Assemblée nationale a rassemblé…
Ce projet de loi(1)https://vert.eco/articles/partage-de-leau-tirs-de-loups-pesticides-ce-que-lon-sait-du-projet-de-loi-durgence-agricole-promis-par-sebastien-lecornu. jette à la poubelle ou à tout le moins remet en cause toutes les mesures destinées à préserver les ressources en eau potable, la biodiversité avec la notion de « prédation » (loups, ours…), en menaçant les insectes en général et pollinisateurs en particulier, les moyens de production. Le projet entretient un certain flou dans la définition de ces derniers : industrialisation forcenée ou agriculture paysanne… Dans le premier cas, les effets secondaires délétères pour l’environnement, la santé des consommateurs et des paysans, la qualité de l’eau… sont patents. Dans le second cas, c’est tout bénéfice pour l’humanité, la qualité de vie des producteurs que sont les paysans, les équilibres écologiques.
Renoncement et lâcheté
Officiellement, le gouvernement s’oppose à l’accord Mercosur. Dans les faits, il agit, pour soutenir les intérêts d’une minorité d’agriculteurs adeptes de l’agro-industrie, pour s’adapter à la concurrence déloyale des pays extra-européens qui ne respectent pas les normes sociales et écologiques européennes et françaises.
Officiellement, le gouvernement s’oppose à l’accord Mercosur. Dans les faits, il agit, pour soutenir les intérêts d’une minorité d’agriculteurs adeptes de l’agro-industrie, pour s’adapter à la concurrence déloyale des pays extra-européens qui ne respectent pas les normes sociales et écologiques européennes et françaises, pour s’adapter à la concurrence déloyale intra-européenne de membres de l’UE bien moins regardants.
Le courage politique serait d’imposer, quitte à s’affranchir de traités européens contraires aux intérêts à long terme des paysans et consommateurs français, les « mesures miroir » pour appliquer les standards européens et français à l’ensemble des produits importés venant de pays tiers.
Certes, pour être applicable, il faudrait respecter les règles de l’Organisation mondiale du commerce. Le courage est de s’en affranchir. Certes, pour que ces « mesures miroir » soient effectives, il faudrait établir des contrôles aux frontières. Mais cela est insuffisant, il faut y ajouter des contrôles sur place sur les conditions de culture et d’élevage(2)Sénat : https://www.publicsenat.fr/actualites/societe/agriculture-quest-ce-que-les-clauses-miroirs-que-demandent-les-agriculteurs.. Évidemment, les pays tiers, car souverains, peuvent refuser ces visites de contrôle. C’est leur choix, mais c’est aussi notre choix de leur signifier : « Vous refusez les contrôles, alors nous refusons l’entrée de vos produits sur notre marché, car nous sommes également souverains ! ». Certes le risque de rétorsion existe éventuellement sur les fromages et vins que nous exportons. Faut-il pour autant s’aplatir ? Osons mener le combat universel pour une agriculture durable, saine, respectueuse des hommes et de la biodiversité. Ce combat est universel en ce sens qu’il pérennise la fertilité des sols au lieu de l’appauvrir par l’usage immodéré de pesticides et d’intrants chimiques.
« Omnibus » européen ou un recul de trente ans de l’Union européenne
C’est le nom donné au paquet législatif européen soutenu par les lobbies de l’agriculture industrielle et avec l’assentiment du gouvernement français, véritable tartuffe en la matière. « Sous couvert de « simplification », l’Omnibus prévoit notamment un assouplissement des procédures d’autorisation des produits phytosanitaires avant leur mise sur le marché »(3)https://vert.eco/articles/omnibus-la-commission-europeenne-propose-dautoriser-certains-pesticides-sans-limite-de-temps..
Ainsi, « le paquet Omnibus propose de rompre avec [le] principe de réévaluation systématique et périodique des substances actives par l’Europe, en instaurant des autorisations de mise sur le marché valables sans limite de durée ». Le prétexte fallacieux invoqué est que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA, acronyme anglais) croulerait sous les dossiers à traiter en temps et en heure. C’est comme si, par manque d’effectifs policiers, on renonçait au Code la route.
Le risque, et cela ne relève pas d’une lubie d’extrémistes écologistes, est que le néonicotinoïde acétamipride devrait ainsi toujours bénéficier d’une autorisation limitée et que plusieurs substances actives préoccupantes pourraient bénéficier d’une autorisation illimitée, parmi lesquelles le glyphosate, ou encore la majorité des pesticides dits PFAS (qui contiennent des «polluants éternels» persistants dans l’environnement et le corps humain).
« Sans révision systématique et périodique des substances, il y a un grand risque que les avancées de la science indépendante relatives à la toxicité des pesticides soient tout simplement ignorées », signalent les signataires de la tribune parue dans Le Monde, tribune intitulée « En déréglementant les pesticides chimiques, la Commission européenne ferait reculer l’Europe de trente ans »(4)https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/01/en-dereglementant-les-pesticides-chimiques-la-commission-europeenne-ferait-reculer-l-europe-de-trente-ans_6655514_3232.html..
Exigence du maintien d’une réglementation sensée, compréhensible et acceptée
Certains sont dans le déni, se moquant des people qui cherchent une reconnaissance perdue, adeptes du « pull qui gratte » et de la décroissance, opposés aux fast-foods et à la malbouffe, filmant la fonte des glaces… Il leur est reproché de donner des leçons à ceux qui touchent le SMIC et se tapent trois heures de métro par jour.
Effectivement, comment expliquer aux paysans qui ont vu leur chiffre d’affaires divisé par quatre en trente ans (ce n’est pas le cas des grands céréaliers), qui doivent faire face à des milliers de tonnes de produits agricoles venant d’Espagne, du Sahara occidental ou d’autres pays employant une main-d’œuvre surexploitée, comment leur faire admettre qu’ils doivent se passer de diesel, d’engrais pour aller vers la décarbonation ?
Comment faire comprendre à des personnes gagnant à peine le SMIC (1 443,11 € mensuel au 1er janvier 2026) qu’il est important de manger bio, d’éviter les plats ultratransformés mortifères pour la santé ?
Santé : les tartuffes de la prévention
C’est le règne des hypocrites. À juste titre, pour réaliser des économies sans rogner sur la santé, il est souvent préconisé d’agir sur la prévention avant que les maladies n’apparaissent. Prévenir coûte moins cher et s’avère plus efficace que guérir.
Le premier poste de dépenses de maladie est le soin pour combattre les cancers. Ainsi, en 2025, « sur le déficit annuel de la Sécu, qui devrait dépasser 20 milliards d’euros en 2025 […] 10 milliards viendraient des maladies chroniques », auxquelles l’exposition aux pesticides contribue(5)https://reporterre.net/Le-cout-des-pesticides-sur-le-systeme-de-sante-inquiete-des-mutuelles.. Les causes principales sont environnementales avec l’usage des pesticides. Il y a comme un conflit d’intérêts au sein des multinationales. Elles produisent les pesticides qui provoquent des cancers ou sont fortement soupçonnés d’en provoquer. Dans le même temps, elles proposent des traitements pour soigner les cancers. Nous sommes véritablement dans ce que Karl Marx appelait « les eaux glaciales du calcul égoïste ». Il est vraiment temps d’affranchir notre société de la logique du lucre, du profit à tout prix sur le dos de nos paysans, des consommateurs, de la biodiversité, sur le dos de notre santé. Ces multinationales se goinfrent sur le dos de notre Sécurité sociale et de nos hôpitaux.
Comme le dit notre camarade Frédéric Pierru, dans sa recension « La casse de l’État social au microscope des sciences sociales »(6)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-combats/respublica-combat-social/la-casse-de-letat-social-au-microscope-des-sciences-sociales/7439750., l’aboutissement serait la privatisation de la Sécurité sociale ou, comme le dit notre camarade Bernar Teper dans son article « Alerte : ils programment la fin de la Sécurité sociale ! Il est temps de réagir ! », la fusion du budget de l’État et de celui de la Sécurité sociale(7)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-societe/respublica-protection-sociale/alerte-ils-programment-la-fin-de-la-securite-sociale-il-est-temps-de-reagir/7439729..
Dans ces circonstances mortifères, est mise en débat la loi Duplomb 2, qui va prolonger l’usage des pesticides ou les autoriser définitivement, notamment les plus controversés. Or, une prévention digne de ce nom commencerait par éradiquer les causes et donc interdire ces pesticides.
Ne jetons pas la pierre à nos agriculteurs qui permettent l’existence d’une des rares agricultures au monde capable d’assurer des productions globalement plus saines
C’est là que le bât blesse. Ce n’est pas de dérégulation ou de déréglementation dont nous avons besoin. Il faut une réglementation qui protège nos paysans des concurrences déloyales intraeuropéennes et extraeuropéennes. Il faut également assurer aux travailleurs des salaires suffisants afin qu’ils ne soient pas obligés de se tourner vers la malbouffe dont nous abreuve l’agro-industrie. Cette malbouffe coûte en termes de maintien de la biodiversité des sols, condition de leur fertilité, en termes de coût pour notre Sécurité sociale de par les nombreuses maladies induites par cette mauvaise nourriture, en termes de coût pour notre économie de par l’absentéisme pour cause de maladie qu’elle engendre.
Notes de bas de page
