Les dessous de la voiture électrique

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Note de l’auteur : Cet article n’est pas un article pour ou contre la voiture électrique, il ne la compare pas aux véhicules diesel et ne dit pas à quel horizon elle doit les remplacer, combien d’emploi perdus en résulteront. Il ne s’attaque pas aux schémas des déplacements en ville, en périphérie et au-delà… il ne vise qu’à combattre un discours ambiant dominant et simpliste, qui cache la complexité d’une changement technologique apparemment gagnant mais dont les impacts environnementaux et sociaux réels sont d’autant mieux dissimulés qu’ils sont lointains.

Petit à petit, l’idée s’impose que la prédation de la planète ne peut pas continuer. Mais sur les solutions et les actions nécessaires, on en reste au constat, c’est la Bérézina… Et les organisations censées mettre la transition écologique et énergétique au poste de commande se vautrent dans le moralisme, le sociétal, le « wokisme » identitaire, le naturalisme religieux ou encore les pensées magiques. Travailler à la recherche de la vérité demanderait de sortir de ces impasses, car pendant ce temps le capitalisme néolibéral ne peut qu’organiser la fuite en avant, illustrant l’adage « profitons et après moi le déluge ».

Notre classe dirigeante a donc besoin de faire croire qu’avec la seule technicité, et dans un seul groupe de pays, on résout tous les problèmes humains, sociaux, économiques et politiques. Du coup, dans la crise sanitaire par exemple, la France a réussi à avoir beaucoup plus de morts par habitants que l’Allemagne, Taïwan, la Corée du Sud, la Chine, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc. ! L’asservissement volontaire (relire à ce sujet La Boétie) de la bourgeoisie intellectuelle à cette fuite en avant, et plus en France qu’ailleurs, est patente.
Pour l’écologie, pour la crise climatique – comme elle prétend la détenir pour la laïcité, la crise sociale, économique et culturelle –, notre classe dirigeante a la solution, soutenue qu’elle est par la technostructure et la bourgeoisie intellectuelle.
Voyons comment l’hégémonie culturelle de l’oligarchie fonctionne. Pour arrêter de polluer, pour arrêter l’émission des gaz à effet de serre, voici la solution : il faut changer de voiture ! Allez, 8 milliards d’euros donnés aux constructeurs du CAC 40. Et 85 études ont été faites à ce sujet depuis une dizaine d’années.

Le conseil régional d’Île-de-France à la manœuvre

Cette éminente assemblée a fait connaître aux médias dominants aux ordres de l’oligarchie les deux nouvelles aides pour les véhicules propres (thermiques ou à hydrogène) depuis le 1er octobre 2021, « qui visent aussi à anticiper les restrictions de circulation amenées par la mise en place de la zone à faibles émissions (ZFE) sur une partie du territoire francilien »… :

  • Jusqu’à 6000 euros pour les particuliers des territoires de grande couronne travaillant dans la zone à faibles émissions.
  • Jusqu’à 15 000 euros pour les très petites entreprises achetant un camion-magasin électrique ou hydrogène.

Et tout cela en complément d’aides existantes depuis 2018(1)Voir https://www.iledefrance.fr/vehicules-propres-aides..

Analyse écologique critique

Si la voiture électrique n’émet pas de CO2, il n’en est pas de même pour sa fabrication. Car sa construction émet deux fois plus de gaz à effet de serre que celle des voitures thermiques de par les caractéristiques de sa batterie et de sa motorisation. Sa construction nécessite des centrales à charbon, aujourd’hui, pour au moins 50 % des constructeurs.

La Tesla électrique pèse plus de 2 tonnes pour une batterie de 400 à 600 kg. Et contient des métaux rares que l’on trouve également en Chine et en Afghanistan (tiens, tiens, la géopolitique revient par la fenêtre !).

Pour une batterie, il faut :

  • 16 kg de nickel. Où se trouve le nickel ? En Nouvelle-Calédonie (tiens, tiens…) et en Indonésie. Pour extraire le nickel, il faut partir du minerai exploité dès qu’il contient 1,3 % de métal. Les montagnes de déchets, pour l’instant, c’est pour la nature, dans la mer ou n’importe où.
  • 15 kg de lithium. Ou se trouve le lithium ? Sur les hauts plateaux des Andes. Il faut pomper la saumure des lacs de sel asséchés. Tant pis pour les paysans qui souffrent déjà du manque d’eau.
  • 10 kg de cobalt. On va le chercher au Congo. Selon le journal Les Echos du 23 septembre 2020, le cobalt est « associé au travail d’enfants qui creusent à mains nues dans des mines artisanales ».

Et comme la batterie est lourde, la carrosserie sera en aluminium. En avant pour l’extraction des boues rouges très toxiques et très gourmandes en énergie.

Tout cela n’est en fait qu’un transfert de pollution. On espère moins de pollution chez nous pour mieux la rejeter chez des gens qui ne comptent pas…

L’autonomie réelle est faible (moins de 500 km pour des utilisations discontinues) et se décharge même à l’arrêt comme les ordinateurs. Le temps de charge long (8 à 10 h en garage individuel, 4 à 6 h avec une « box « spéciale (800 à 1 500 euros) ; 30 minutes pour 80 % de remplissage en station-service – pour l’instant très peu nombreuses, mais l’État vise des millions de stations de rechargement pour 2023.

Rechargement d'une voiture électrique Tesla.
Photo de Vlad Tchompalov sur Unsplash

Le prix de la Zoé Renault : environ 32 000 euros (hors bonus et prime à la conversion) avec location de batterie de 40 à 120 euros par mois (8 000 euros à l’achat).

L’autonomie diminue en hiver, dans les périodes de chauffage ou de climatisation et dans les utilisations « phares allumés ».

Question tabou à ne pas poser : risque-t-on une saturation du réseau électrique ?

Dernier point de l’analyse : il faut créer chez les conducteurs et les piétons (notamment âgés) l’ « habitus » d’une circulation sans bruit pour éviter les accidents !

Conclusion 

Avec la complexité du monde, nous ne pouvons pas nous satisfaire de la simplification dans le raisonnement. Il faut clarifier le complexe et non le simplifier.

Si je simplifie, je dis que pour lutter contre les gaz à effet de serre, il suffit de changer de voiture. Sans tenir compte des effets secondaires des actions menées.

Si je reprends le langage technique ou scientifique, peu de gens peuvent comprendre.

Que faire alors ? Clarifier le complexe.

Pour cela, d’abord comprendre qu’aujourd’hui, il est nécessaire d’avoir une vue globale, holistique, donc aussi sociale et politique. Comme un médecin qui essaye dans son diagnostic de tenir compte de l’ensemble du métabolisme humain.

Donc aujourd’hui, après une géopolitique déterminé par le gaz et le pétrole, nous voici arrivés dans la géopolitique des métaux rares.

La Chine contrôle 37 % des ressources identifiées, 70 % de la production d’oxydes des métaux rares et 95 % de la production des éléments transformés ! La DARPA, agence du Pentagone étasunien, cherche à développer l’extraction des métaux rares par la technique de l’extraction biologique (biomining en anglais). Belle bataille en perspective et sûrement des guerres locales à l’horizon !

Pour notre part, croire que l’on peut lutter contre le changement climatique en étant sanctuarisés des émissions de gaz à effet de serre des autres pays est une ineptie.

Concrètement, pour l’armement intellectuel des citoyens qui précède toute prise de décision éclairée et démocratique, il faut développer partout des initiatives d’éducation populaire dans une perspective écologie concrète et holistique.

Notes de bas de page