Double scrutin capital à Berlin : le vote décisif du 20 septembre 2026
Ce 20 septembre 2026, les berlinois ont été appelés aux urnes pour un double scrutin : l’élection des députés au Parlement régional de la capitale (Abgeordnetenhaus) et celle des conseillers municipaux d’arrondissement (Bezirksverordnetenversammlung). Pour le Parlement du land, les résultats quasi-définitifs (les résultats définitifs ne seront connus que le 30 septembre) sont :
| Parti | % | Sièges |
| Die Linke | 25,7 % | 47 |
| Cdu | 18,8 % | 34 |
| Afd | 16,3 % | 29 |
| Grüne | 14,3 % | 26 |
| Spd | 12,1 % | 22 |
| Bsw | 4,7 % | 0 |
| Fdp | 2,5 % | 0 |
Die Linke (La gauche) augmente de 13,5 %, l’extrême droite augmente de 7,2 %, Bsw (Alliance Sarah Wagenknecht, gauche anti-immigration) augmente de 4,7 %, mais reste sous la barre des 5% et n’a donc pas de députés dans ce land. La Cdu perd 9,4 %, Les écologistes (Grüne) perdent 4,1 %, les sociaux-démocrates du Spd perdent 6,3 %. Nous n’avons pas rapporté les résultats des petites formations.
Une majorité de gauche existe : Die Linke-Grüne-Spd, car leur total dépasse la majorité des 80 sièges. Mais il y a un « mais ». Die Linke a fait campagne pour l’expropriation des sociétés possédant plus de 3 000 logements par application de l’article 15 de la Constitution. Elle est soutenue par les écologistes, mais pas par le SPD. Cela est dû au fait que les loyers ont augmenté de 70 % lors de la dernière décennie. La campagne de la gauche a été dans la lignée de la campagne de Mamdani à New York.
Elections en Mecklembourg-Poméranie occidentale
Ici aussi, le résultat est provisoire, mais pratiquement complet :
| Parti | % | Sièges |
| Afd | 38,2 % | 32 |
| Spd | 35,5 % | 29 |
| Die Linke | 6,5 % | 5 |
| Grüne | 5,7 % | 5 |
| Cdu | 4,9 % | 0 |
| Bsw | 4,8 % | 0 |
| Fdp | 1,0 % | 0 |
Total : 71 sièges ; majorité absolue : 36.
L’extrême droite (Afd) progresse de 21,5 %. Bsw (Alliance Sarah Wagenknecht (gauche anti-immigration) emmené par Peter Schabbel progresse de 4,9 % ; toutefois, restant sous la barre des 5 %, il n’aura pas de député dans ce land, contrairement à l’élection en Saxe-Anhalt du 6 septembre dernier.
Les sociaux-démocrates du Spd reculent de 4,1 %. La gauche (Die Linke) recule de 3,4 % et les écologistes (Grüne) reculent de 0,6 %. Mais une alliance de ces trois formations est probable, car ils dépassent la majorité des 36 sièges. Il est à noter que le Spd subit un recul limité, parce que sa dirigeante a largement critiqué le Spd national pour ne pas être suffisamment à gauche dans son alliance avec l’extrême centre de la Cdu. La présidente sortante Manuela Schwesig (Spd) a ancré son discours sur la défense du pouvoir d’achat, des infrastructures locales et du modèle social. Elle met en avant un bilan axé sur la gratuité des structures de la petite enfance (Kita) et la modernisation des écoles grâce à un plan de plus d’un milliard d’euros.
En matière de justice sociale, le Spd a insisté sur le maintien du Seniorenticket et de l’Azubiticket, la construction de 1 000 logements pour étudiants et apprentis, ainsi que la conditionnalité des marchés publics au respect des conventions collectives. La récente proposition de Manuela Schwesig en faveur d’un plafonnement des prix du carburant illustre la volonté sociale-démocrate de ce land d’apporter des réponses directes aux inquiétudes du quotidien.
Analyse politique provisoire au lendemain de ces deux élections
Emmené par Elif Eralp, le parti historique de la gauche berlinoise enregistre une remontée spectaculaire en remettant au premier plan la crise aiguë du logement et de la spéculation immobilière. Après des années de crises internes intestines et une érosion électorale qui la menaçait de passer sous la barre critique des 5 % au niveau fédéral, la formation a opéré un redressement stratégique et militant majeur.
Elle réaffirme aujourd’hui un principe fondamental de la gauche de rupture : la lutte contre le fascisme et les inégalités sociales est indissociable de la défense de l’ensemble de la classe populaire, sans distinction d’origine.
Le tournant s’est opéré en 2024 avec le départ de Sahra Wagenknecht et la création de son rassemblement (Bsw, gauche anti-immigration). Cette scission, loin d’achever le parti, a permis une clarification doctrinale indispensable. Débarrassée de ses contradictions internes sur les questions des droits des minorités et de l’accueil des réfugiés, la formation a également changé de primat en priorisant la question sociale par rapport à toutes les autres. Elle réaffirme aujourd’hui un principe fondamental de la gauche de rupture : la lutte contre le fascisme et les inégalités sociales est indissociable de la défense de l’ensemble de la classe populaire, sans distinction d’origine.
La droite conservatrice berlinoise se présente sous la conduite de Stefan Evers. La tête de liste initiale, Kai Wegner — maire sortant —, a été contrainte à la démission en juillet dernier à la suite de révélations sur ses déclarations mensongères entourant la gestion de la panne d’électricité massive ayant frappé la capitale le 3 janvier. Cette défaillance des infrastructures publiques a cruellement rappelé les limites du désengagement de l’État.
Au Spd berlinois, Steffen Krach tente d’enrayer l’érosion continue d’un parti empêtré dans ses compromis gestionnaires. Du côté des écologistes, le duo Werner Graf et Bettina Jarasch conserve un ancrage solide dans les quartiers gentrifiés (transformés par l’arrivée de populations aisées, faisant grimper les prix du logement) du centre-ville (Innenstadt)
L’extrême droite (Afd), emmenée par Kristin Brinker, enregistre une progression sensible dans les arrondissements périphériques de l’Est, exploitant le sentiment d’abandon social et le déclin des services de proximité.
Le duo d’extrême droite Leif-Erik Holm et René Springer (Afd) mène une campagne de rupture radicale. En s’appuyant sur des thématiques sécuritaires, identitaires et écolo-sceptiques, l’Afd prône la création d’une police régionale des frontières dédiée aux expulsions, la réouverture des centrales nucléaires et l’abrogation de la taxe sur le CO₂.
Le bilan désastreux du capitalisme néolibéralisme autoritaire
Pour les républicains de la gauche laïque et sociale, cette « crise du chancelier » n’a rien d’un simple problème d’incarnation individuelle ou de querelle de personnes. Elle est le symptôme violent et inévitable de la faillite d’un dogme : celui du capitalisme néolibéral autoritaire, du démantèlement des services publics et du renoncement à la souveraineté industrielle et sociale.
L’affaiblissement de l’État social et la dégradation des infrastructures publiques n’ont fait que nourrir le ressentiment, le délitement du lien civique et l’abandon de la classe populaire.
En voulant imposer un cours d’austérité budgétaire et de régression sociale, le gouvernement fédéral soutenu par les sociaux-démocrates a fracturé le corps social. L’affaiblissement de l’État social et la dégradation des infrastructures publiques n’ont fait que nourrir le ressentiment, le délitement du lien civique et l’abandon de la classe populaire.
C’est sur les ruines de ces politiques de casse sociale que prospère le danger fasciste. Dans le Mecklembourg-Poméranie-Orientale, l’Afd (Alternative pour l’Allemagne) dépasse désormais la Spd en instrumentalisant les peurs, le repli identitaire et le rejet des institutions ; l’extrême droite capte la colère d’une population délaissée par des décennies de gestion technocratique.
Face à ce paysage politique morcelé et menaçant, la stratégie de l’extrême centre allemand consiste à verrouiller le pouvoir avec l’appui des élites financières. Jusqu’à quand ?
Quelle issue pour la gauche et la République ?
On ne combat pas l’extrême droite en appliquant sa feuille de route ou en s’enfermant dans un statu quo technocratique et austéritaire.
Le drame allemand doit servir d’avertissement pour toute l’Europe et, en particulier, pour la France. On ne combat pas l’extrême droite en appliquant sa feuille de route ou en s’enfermant dans un statu quo technocratique et austéritaire.
Pour faire barrage à la réaction et au fascisme, la gauche ne peut pas se contenter d’être la roue de secours de gouvernements d’union sacrée néolibéraux. L’urgence impose d’appliquer une stratégie de front unique populaire.
Où en sont les discussions en Saxe-Anhalt ?
Le BSW de Saxe-Anhalt a annoncé qu’il acceptait l’invitation de l’Afd à des discussions. Les thèmes annoncés comprennent notamment l’énergie, l’éducation et la politique de paix. Mais la coprésidente du BSW, Amira Mohamed Ali, avait auparavant souligné qu’il existait peu de convergences programmatiques avec l’Afd et il est peu probable qu’il y ait une coalition. Les quatre autres partis ont jusqu’ici refusé une coopération gouvernementale avec l’Afd. L’extrême droite essaye de débaucher des députés Cdu.
Quelques renseignements sur la sociologie des votes
Saxe-Anhalt
L’Afd réalise son score exceptionnel notamment dans les catégories populaires, dans les territoires périphériques et ruraux et dans les petites villes. Elle progresse aussi dans les grandes villes. Mais son électorat ne se réduit absolument pas aux ouvriers : elle progresse également parmi les employés et une partie des catégories intermédiaires. Selon les enquêtes de sortie des urnes de la Forschungsgruppe Wahlen/ZDF et les analyses d’Infratest-dimap, le vote ouvrier serait majoritaire pour l’Afd (53%), contre 7% pour le Spd !
Mecklembourg-Poméranie
La situation est assez comparable sur le plan territorial : forte implantation de l’Afd dans les espaces ruraux et les petites villes, alors que le Spd conserve une base particulièrement importante dans certains territoires urbains et parmi son électorat diplômé de l’enseignement supérieur. Le clivage de genre est également très marqué : l’Afd : première chez les hommes, le Spd : premier chez les femmes. Enfin, le clivage générationnel existe (chez les 30-59 ans, l’Afd particulièrement forte, chez lesplus de 60 ans, le Spd particulièrement fort).
Berlin
Ici, le phénomène est radicalement différent : Die Linke réalise son meilleur résultat dans les quartiers populaires et parmi les locataires, avec la question du logement au centre de sa campagne. De même, Die Linke réalise son meilleur résultat chez les jeunes (près de 50 % chez les moins de 30 anset 33 % chez les 30-44 ans). Elle est également plus forte chez les femmes que chez les hommes. L’équation berlinoise est donc «jeunes + locataires + quartiers urbains + électorat confronté à la question du logement ».
