Conjuguer ville, architecture et soin ? L’exposition « Soutenir » est à découvrir au Pavillon de l’Arsenal à Paris

You are currently viewing <span class="entry-title-primary">Conjuguer ville, architecture et soin ?</span> <span class="entry-subtitle">L’exposition « Soutenir » est à découvrir au Pavillon de l’Arsenal à Paris</span>

Le Pavillon de l’Arsenal, lieu de Paris dédié à l’information et à la documentation sur l’urbanisme et l’architecture, dédie une exposition à une question passionnante : quels sont les liens entre ville et santé ?

Conçue par un collectif d’architectes et par la philosophe Cynthia Fleury, l’exposition « Soutenir » du Pavillon de l’Arsenal explore une thématique qui a connu une grande actualité avec la pandémie mondiale due au COVID. En effet, durant le premier confinement, les métropoles se sont vidées et l’aménagement urbain s’est également adapté du fait des gestes barrières : apparition de files espacées sur le trottoir, surgissement des cabines de test dans la rue… Ces liens entre urbanisme et enjeux de santé publique s’inscrivent dans une histoire longue et doivent faire l’objet de réflexions pour réinventer des villes qui aident à prendre soin.

Un découpage thématique

L’exposition débute par une salle au contenu plutôt historique (« Distances ») qui rappelle qu’à certains moments les villes ont géographiquement maintenu les malades à l’écart, notamment avec la construction de lazarets à partir du XIVe siècle. Ces établissements, comme à Venise les îles Lazzaretto Vecchio et Lazzaretto Nuovo, permettaient d’isoler les malades pour essayer de contenir les épidémies. De même, pour ce qui est des morts, la salle « Nécropoles » montre qu’il y a aussi à certains moments une volonté de déplacer les cimetières en dehors des villes ; le baron Haussmann avait par exemple le projet de construire pour la population parisienne une grande nécropole à Méry-sur-Oise dans le Val-d’Oise qui devait être reliée à Paris par une nouvelle ligne de chemin de fer. Par ailleurs, à partir du XIXe siècle, l’insalubrité des villes a été source de nouvelles pratiques, comme l’ouverture de sanatorium en bord de mer dont l’air iodé a des vertus curatrices pour certaines pathologies, celui de Berck par exemple accueillait les enfants de l’Assistance publique.

La question de la santé a donc modelé au fil des siècles l’aménagement des villes et plus largement du territoire. Au total, ce sont sept thèmes qui sont traités dans l’exposition qui s’appuie sur des exemples passés pour montrer l’actualité – y compris très contemporaine – de ces enjeux. Elle pose par exemple la question de l’habitat d’urgence pour les blessés et les réfugiés ukrainiens. En outre, une fois que la catastrophe est passée, comment intégrer la question traumatique dans la reconstruction ? Certains architectes japonais, à Hiroshima ou à Fukushima, ont fait des propositions intéressantes dans cette voie.

Porté par une riche documentation

Au fil de l’exposition, plusieurs types de matériaux agrémentent le propos. Bien entendu, on retrouve beaucoup de cartes et plans, ainsi que quelques maquettes, mais le parcours propose aussi des illustrations picturales et de la vidéo. L’exposition convoque quelques passages obligés, comme la série de photographies de Raymond Depardon prise à l’asile de San Clemente. Elle donne aussi à voir le travail de grands noms de l’architecture qui se sont intéressés à cette question : Charlotte Perriand ou Le Corbusier qui a par exemple conçu pour sa mère devenue veuve la villa Le Lac. Mais le plus stimulant, ce sont sans doute les projets architecturaux récents. Comment penser les espaces de soins pour offrir aux malades un cadre accueillant et favorisant la guérison ? L’architecte burkinabé Diébédo Francis Kéré (dont le travail a été récompensé par un prix international en mars dernier) a par exemple élaboré un centre de santé dans son pays qui se veut convivial(1)Pour en savoir plus : voir http://archicaine.org/burkina-faso-une-clinique-chirurgicale-a-leo-par-francis-kere/. L’exposition accorde également une place à la question cruciale pour les années à venir des espaces dédiés à la population âgée. D’ailleurs, une seconde petite exposition, au second étage du bâtiment, « Coup de Vieux… et si l’habitat sénior participatif anticipait le logement de demain ? » invite à repenser avec des solutions très innovantes l’hébergement des personnes âgées. Nous recommandons donc la visite – gratuite pour tous – de ces deux expositions (à voir jusqu’au 28 août) et pour ceux qui souhaitent poursuivre la réflexion, on pourra lire le riche catalogue de l’exposition (qui compte notamment une contribution de Frédéric Pierru !).

Notes de bas de page