Alea jacta est ! En avant pour la refondation d’une République sociale !

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Photo d'un sol asséché avec une petite marguerite

Pour la deuxième fois consécutive, la gauche est éliminée dès le premier tour de la présidentielle. C’est un séisme de très forte amplitude…

En 2017, l’abstention fut forte (22,23 %) bien que n’ayant pas atteint le sommet de 2002 avec 28,4 %. En 2022, l’abstention est de 26 % soit en forte augmentation depuis 2017. En 2017, la somme des voix de gauche par rapport aux votants fut de 27,67 % . En 2022, elle aura été de plus de 31 % des votants. C’est encore insuffisant.

Nos tâches politiques sont toutes tracées

Nous rappelons notre positionnement pour le deuxième tour de la présidentielle. L’existence de notre Réseau et de notre journal Respublica a toujours été consubstantiel à une opposition systémique face à l’extrême droite et à toutes ses organisations. Nous restons donc opposés au programme de Marine Le Pen et nous devons le combattre. L’analyse que nous faisons de la mandature passée d’Emmanuel Macron montre aussi que ce fut le mandat le plus antisocial depuis la Seconde guerre mondiale. Son projet présidentiel est prévu pire que le précédent. Nous devons donc combattre sa politique.

Nous devons développer un mouvement social autocentré autonome autour d’un discours culturel contre-hégémonique, et y participer. Le moyen en est un bloc historique populaire autour de la classe populaire ouvrière et employée alliée à des fractions des couches dominées, couches moyennes intermédiaires, intellectuels, paysans, artisans, petits commerçants.

Puis, nous souhaitons avec vous monter une campagne de réunions publiques dans tous les territoires du pays, pour analyser et débattre démocratiquement d’abord du réel mais de façon non complaisante. Ensuite, il s’agira de tenter de produire un idéal féministe, laïque, démocratique, antiraciste, social et écologique, c’est-à-dire une République sociale. Avec des rendez-vous nationaux réguliers. Le prochain serait le samedi 25 juin (précisé ci-dessous).

Premières considérations pour la constitution d’un bloc historique populaire

Les commentateurs de la société de cour politique aiment à penser que les électeurs sont rationnels et qu’ils déterminent leur vote en fonction de l’appréciation qu’ils se font des thématiques qui sont les plus saillantes pour eux. À cette aune, la santé devrait déterminer massivement les prochains votes des présidentielles puis des législatives. Or, force est de constater que ce n’est pas le cas : le pouvoir d’achat, la guerre en Ukraine ont damé le pion à une société éprouvée par deux ans de crise de Covid-19 et sa longue litanie d’incurie et d’enfumage de l’État sanitaire. Même si l’activité politique consiste, comme le disait fort justement Pierre Bourdieu, à se jouer des visions et des divisions du monde social, on ne peut que saluer la prouesse de la communication gouvernementale à avoir réussi à mettre sous le tapis ses défaillances, du manque de masque aux décès de personnes âgées en Ehpad, en passant par les tris contraints par la réduction de la voilure hospitalière depuis vingt ans… Transformer en échec en réussite, quel talent !

La société de cour politique, comme dans l’excellent film de Patrice Leconte, s’enthousiasme pour l’« habileté » et le « stratégisme » des candidats au poste suprême. On ne reviendra pas sur la course de petits chevaux qui dégoûte les électeurs les moins politisés, c’est-à-dire les plus éloignés du microcosme politique. On s’étonne de la montée de l’abstention montante et structurelle des catégories populaires, sans poser la question qui fâche : l’offre politique est-elle à la hauteur ? Ou, dit autrement, 12 candidats à la présidentielle est-ce le garant d’une offre politique favorable aux catégories populaires ?

La bourgeoisie intellectuelle a célébré, en 2017, la fin du clivage Gauche/Droite, accoucheuse d’un « nouveau monde », promesse de modernité… une étude d’OpinionWay montre que cela n’a touché subjectivement que 23 % de nos concitoyens. Ethnocentrisme quand tu nous tiens ! Un racisme de classe ?

L’âge d’or de cette politisation des catégories populaires fut celui du PCF, qui encadrait et politisait des gens très éloignés de la politique. Tout le monde s’est réjoui de la mort du PCF sans comprendre que cela ratifiait l’augmentation du « cens caché », réservant la politique au CSP+ éduquées par le système. Rappelons que les ouvriers et employés représentent 45 % des actifs malgré la désindustrialisation massive qui diminue les marges de manœuvre de la France !  

Mais seulement voilà. Les gueux ne meurent pas sans se révolter, et cela depuis Spartacus. La loi du champ politique veut que des outsiders bourgeois espèrent prospérer sur ce ressentiment dirigé contre ceux qui sont juste en dessous : les bénéficiaires de minimas sociaux, si possible des Français d’origine immigrée. Pour éviter cela, on a besoin d’une organisation politique qui instruise, éduque, forme au travers d’une éducation populaire refondée pour éviter la division du peuple et surtout l’expropriation de la politique efficace des catégories populaires par les catégories bourgeoises.

Cela étant dit : il faut rompre avec la fiction d’un vote qui serait l’expression d’une délibération en son for intérieur et qui s’exprimerait dans le secret de l’isoloir. Une fiction reste une fiction. Le vote a toujours été une pratique collective, même fictivement cachée dans le secret de l’isoloir.

Le vote est l’expression de l’expérience de conditions d’existence matérielle, qui s’incarnent dans des dispositions durables – un habitus –, sans cesse activées et réincarnées par l’environnement d’existence – la famille, le travail, le cercle de sociabilité.

Quant à l’efficacité d’un discours, elle n’est possible que si, et seulement si, il entre en résonance avec l’environnement direct des gens. Il peut renforcer ces incitations mais en aucun cas les contrecarrer. 

Quand une organisation politique assure des liens dialectiques avec les catégories sociales qu’elle est censée représenter, la dite organisation politique peut répondre à la demande politique des catégories concernées. Lorsque cette organisation est extérieure à ces catégories (dit autrement qu’elle n’est pas dans ces couches sociales comme un poisson est dans l’eau), alors les effets fréquents d’allodoxia (principe de légitimation réciproque entre le monde des journalistes et celui des intellectuels précisé par Bourdieu) remplace le lien politique et social défaillant des organisations politiques trop extérieurs aux catégories sociales qu’elles sont censées représenter. D’où l’intérêt des luttes sociales, moments de repolitisation possible des catégories exploitées, dominées et expropriées. Voilà pourquoi le slogan « s’intéresser aux fâchés non fachos » est un slogan juste mais à la condition expresse de ne pas rester extérieur à la classe populaire ouvrière et employée. Sinon, c’est un vœu pieu. Et un vœu pieu, c’est bon pour une religion mais pas pour une politique efficace.

La lutte des classes n’est plus au poste de commande de la gauche… sauf dans les slogans !

Si la lutte des classes se rencontre dans certaines luttes sectorielles, elle n’est plus le primat de la lutte pour les gauches. D’abord parce qu’une partie de la gauche a été gagnée par le mouvement réformateur néolibéral et le post-modernisme de l’ordolibéralisme allemand. Ensuite du fait du développement du populisme de gauche. On ne dira jamais assez que la dialectique peuple/élite (les 99 %-1 % d’Occupy Wall Street, encore un cadeau des étasuniens !) est d’abord une volonté de nier le moteur de l’histoire, c’est-à-dire de la lutte des classes.

Car la lutte des classes se détermine principalement dans le procès de travail contrairement aux stratégies populistes. L’incapacité des gauches post-modernes de travailler le contenu et le sens des différents métiers d’aujourd’hui, y compris ceux des services publics, de la Sécurité sociale et de l’école, n’est pas pour rien dans le désamour des ouvriers, des employés et des fonctionnaires. Ensuite parce que le populisme de gauche ne fonctionne qu’en Amérique du Sud continentale, c’est-à-dire dans des pays sous-développés avec un faible salariat permanent, une forte économie informelle, avec une instruction populaire faible, une armée populaire (ce qui n’est plus le cas des armées professionnelles des pays développés).

Les suppressions ou modifications de certaines activités indispensables de la gauche

Quant à l’éducation populaire, à la formation des militants, au débat démocratique et politique interne et externe, la gauche à littéralement abandonné ces pratiques jusqu’à théoriser leur abandon en vertu du fait que cela pourrait diviser ! Pourtant, rappelons-le, l’éducation populaire, la formation des militants par la raison, le débat démocratique et l’élaboration d’une théorie grâce à des raisonnements scientifiques sont des outils indispensables pour « partir du réel pour aller vers l’idéal »  et pour monter une alliance majoritaire!

Le primat de la lutte des classes et de la lutte pour la laïcité sont remplacées par le primat des luttes identitaires genrées et racialisées

Alors que le primat de la lutte des classes fut rassembleur dans le monde du travail, toutes les gauches se sont vues gagnées par les virus des gauches identitaires directement venus des États-Unis. Que ce soit le remplacement du féminisme social par l’écriture inclusive désagrégatrice. Que ce soit par la nouvelle police de la pensée qui essentialiste les couleurs de peau et les genres jusqu’à des excès démentiels assumés (fin de la présomption d’innocence, une victime des catégories essentialisées victimaires a toujours raison sans preuves, un maire adjoint d’une commune communiste déclarant que c’est la France qui est responsable du Bataclan car Daesh était en légitime défense en Syrie, etc.).

La conséquence électorale est manifeste : la généralisation de l’abandon en pratique de la laïcité au sein des gauches. Les directions des organisations ont profondément reculé sur la laïcité. On connaissait le financement public des édifices religieux depuis Jack Lang grâce aux baux emphytéotiques et à la confusion entre culturel et cultuel (il suffit d’un musée d’art sacré de quelques mètres carrés pour justifier le financement public des édifices religieux). Aujourd’hui, aucun parti de gauche ne peut dire que tous ses exécutifs locaux ont appliqué la laïcité institutionnelle. Deux cathédrales catholiques, des synagogues, des temples évangéliques et des mosquées, des écoles religieuses privées ont été financés par de l’argent public grâce aux votes de toutes les gauches en lieu et place des budgets sociaux… Même Jean-Luc Mélenchon a déclaré dans une interview au journal La Croix que la bataille entre cléricaux et républicains était d’un autre âge et que maintenant le slogan du Serment de Vincennes « Fonds publics à l’école publique » opposé à la loi Debré de 1959 n’était plus de mise. Il ajoute que seules les écoles hors contrat devraient être sanctionnées.

Et pourtant, les républicains sociaux n’ont pas attendus les intersectionnels pour croiser les injustices. Pendant la Révolution française, la Société des amis des noirs regroupait déjà les républicains sociaux antiracistes, des intellectuels et des féministes se sont également organisés… Durant le début de la IIIe République, des députés républicains sociaux se sont exprimés contre le colonialisme de « Ferry le Tonkinois ». Plus près de nous Aimé Césaire et Frantz Fanon ont toujours développé l’universalisme concret contre le racisme.

Le dévoiement de l’écologisme politique

Il a suffi de l’invasion de l’Ukraine par la Russie pour que le candidat Jadot soit en soutien inconditionnel de l’OTAN, faisant mine de ne pas s’apercevoir que la conséquence serait une augmentation forte des émissions de gaz à effet de serre. Comme quoi, la lutte contre les énergies fossiles est devenue un simple supplément d’âme.

Par ailleurs, quelle collectivité locale a commencé à mettre en pratique la « sobriété énergétique » pour les logements sociaux ? Où en est la bataille pour la promotion de la biodiversité ? Qui s’émeut des conditions sanitaires et sociales des travailleurs qui fournissent les métaux rares pour le solaire et les batteries électriques ? Que fait l’écologisme politique en dehors du green washing ?

L’abandon progressif du principe de démocratie

Comme pour la laïcité, tout militant de gauche est prêt à jurer que « plus démocrate que lui, tu meurs ». Pourtant, la diminution forte de la démocratie à l’intérieur de toutes les organisations politiques et syndicales de gauche est patente. On promet la démocratie pour demain et après-demain mais jamais pour aujourd’hui ni dans son organisation ! Et il y a peu d’interventions pour dire que le recul de l’instruction et de l’éducation pour tous et toutes dans l’école, la suppression de la formation politique et de l’éducation populaire, ainsi que le recul de la démocratie sous tous ses angles sont le meilleur ferment du populisme et de l’extrême droite.

Travailler aux conditions d’ouverture du chemin de l’émancipation vers la République sociale.

  • Travailler, par la stratégie de l’évolution révolutionnaire (Marx 1850, Jaurès 1901), à l’émergence d’un bloc historique populaire autour de la classe populaire ouvrière et employée (aujourd’hui 45 % de la population active et demain 55 % avec le nécessaire développement de la réindustrialisation) et d’une partie conséquente des artisans, paysans, commerçants et couches moyennes intermédiaires et intellectuelles. 
  • Préparer la République sociale par l’élargissement du nombre de ses principes liberté, égalité, fraternité, laïcité, démocratie, solidarité, universalité concrète et non abstraite, sûreté et sécurité, souveraineté populaire, développement écologique et social).
  • Travailler aux ruptures nécessaires : démocratique, laïque, sociale et écologique.
  • Augmenter le nombre des exigences populaires pour la République sociale : dégager du marché la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale, communs), prioriser un féminisme social, développer une socialisation progressive des entreprises pour que la démocratie ne s’arrête plus à leur porte, promotionner un mouvement de réindustrialisation et de recherche fondamentale et industrielle, indispensable refondation européenne, reprendre le meilleur de l’histoire de France concernant les lois de l’immigration et de la nationalité
  • Repenser un système refondé de l’éducation populaire, de la formation tout au long de la vie des citoyens et des militants.

Nos rendez-vous pour agir

Après le succès de notre dernier colloque au Sénat intitulé « République sociale et laïcité » du 19 février dernier, nous vous donnons rendez-vous le samedi 25 juin de 9 h à 17 h à Paris pour une suite intitulée « Refonder la gauche pour la République sociale ».

Les inscriptions sont ouvertes auprès des adresses de nos outils :

Nous nous engageons à travailler avec les inscrits à la préparation de cette initiative dès leur inscription.