Les résultats des élections provinciales du 28 juin 2026 en Nouvelle-Calédonie relancent le débat sur l’avenir de l’archipel

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Les élections provinciales 2026 étaient déterminantes pour la gestion du Congrès rassemblant les trois provinces. Le bloc anti-indépendance Les Loyalistes-Le Rassemblement devient la première force politique unifiée avec 24 sièges sur 54 au Congrès (en progrès au détriment de courants centristes qui ont perdu leurs sièges), mais n’est pas majoritaire. Les différentes composantes indépendantistes kanaks ont 26 sièges, mais sont divisés — principalement entre l’Union Calédonienne (UC), l’Union nationale indépendantiste Palika et Nation Autochtone. Le seul parti centriste, l’Éveil océanien, détient quatre sièges et est donc en position d’arbitre. Il est représentatif des communautés wallisienne et futunienne. Ce parti n’est pas indépendantiste.

Deux blocs opposés : sortir de la seule question institutionnelle

Il y a donc accentuation de deux blocs sans majorité. Le rôle de l’Éveil océanien devient déterminant. Ce parti est favorable au dialogue avec tous les partis représentatifs, favorable à une plus forte autonomie, au maintien des équilibres communautaires et au développement économique et social. Par contre, le scrutin ne tranche pas la question institutionnelle, mais il désavoue le compromis précédent et peut sembler en demander un nouveau, qui lierait la question institutionnelle aux questions économiques et sociales, comme ReSPUBLICA l’avait déjà suggéré dans un article de Wukong il y a plus de deux ans(1)https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-crises/nouvelle-caledonie-ou-lincapacite-de-la-france-et-des-francais-de-penser-et-dagir-pour-une-republique-sociale-dune-part-et-pour-la-decolonisation-dautre-part/7436015..

Un aspect positif a été l’accroissement du nombre des votants(2)Plus 10 500 inscrits grâce à la loi organique du 28 mai 2026. en direction de tous ceux qui sont nés dans l’archipel et qui n’étaient pas comptabilisés dans la liste des votants arrêtée dans le cadre des accords de Nouméa(3)Voir l’article de Wukong précité, qui déjà avait noté que l’on ne pouvait pas tenir longtemps avec un corps politique bloqué ad vitam..

Bien évidemment, ce nouveau compromis demandera un transfert financier pour relancer la réindustrialisation de l’île et notamment l’avenir de la filière nickel, qui demande des investissements nouveaux, une reconstruction économique planifiée, une politique de l’emploi avec une formation adéquate sur place et une marche vers l’égalité sociale. Jusqu’ici, la position de la France privilégiait le débat institutionnel, car il était celui qui demandait le moins de financement. Quant au financement nécessaire pour le développement économique et social, la France rechignait à s’engager et cherchait à négocier en fonction d’un impératif comptable. Ainsi va Mayotte, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie, ainsi que d’autres DOM-TOM. Voilà ce qui se cachait derrière les tristes négociateurs métropolitains depuis des années.

Ces élections relancent la question calédonienne, mais clôturent la période ouverte par les trois référendums de 2018, 2020 et 2021

À la suite des accords de Nouméa et de la période des trois référendums, les débats ne peuvent plus porter uniquement sur l’opposition binaire « indépendance ou maintien dans la République ».

À la suite des accords de Nouméa et de la période des trois référendums, les débats ne peuvent plus porter uniquement sur l’opposition binaire « indépendance ou maintien dans la République » ; ils doivent également se concentrer sur la manière d’organiser une coexistence durable entre deux légitimités politiques quasiment de même importance. Sans oublier les questions internationales notées dans le texte de Wukong précité et la nécessité de sortir des conséquences coloniales sur la situation sociale des Kanaks. Les accords de Nouméa ne peuvent plus être une feuille de route. Ils sont devenus un héritage historique et, aujourd’hui, il reste à reconstruire une feuille de route plus conforme à la réalité vécue dans les trois provinces.

Chaque province calédonienne est différente des deux autres

Maintenant que nous connaissons les résultats complets et définitifs en Nouvelle-Calédonie(4)https://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/Actualites/Provinciales-2026-Resultats-complets-definitifs., nous pouvons faire un point d’étape. Nous nous bornerons à présenter dans la liste suivante les rapports de force au Congrès, qui regroupe les trois provinces de l’archipel.

  • UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE ! : 8 399 voix — 4 élus avec 10,2 % des votants dans la province Sud ;
  • KANAKY POUR TOUS : 12 842 voix — 6 élus avec 15,59 % des votants dans la province Sud ;
  • LES LOYALISTES ET LE RASSEMBLEMENT-FORTS ET UNIS : 41 294 voix — 22 élus avec 50,14 % des votants dans la province Sud
  • AGISSONS ENSEMBLE POUR LE NORD : 4 261 voix — 2 élus avec 16,33 % des votants dans la province Nord ;
  • UC FLNKS : 10 418 voix — 7 élus avec 39,93 % des votants dans la province Nord ;
  • UNION NATIONALE POUR L’INDÉPENDANCE (UNI) : 9 319 voix — 6 élus avec 35,72 % des votants dans la province Nord ;
  • PALIKA ÎLES : 2 481 voix — 1 élu avec 20,71 % des votants dans la province des îles ;
  • NATION AUTOCHTONE : 3 855 voix — 3 élus avec 32,18 % des votants dans la province des îles ;
  • UC FLNKS ILES : 3 946 voix — 3 élus avec 32,94 % des votants dans la province des îles.

Nous voyons donc que, dans la province du Sud (avec le Grand Nouméa), la droite calédonienne est largement majoritaire et unie. Pour la province du Nord, la division entre Kanaks est patente. L’UC s’est légèrement renforcée au détriment de l’UNI-Palika. Le paradoxe est que ce sont les deux élus de la droite calédonienne qui seront les arbitres pour la présidence de la région, sauf si un accord est noué in extremis entre les Kanaks. Dans la province des îles, les trois listes indépendantistes vont palabrer.

Pour le Congrès de l’archipel de 54 élus, c’est le parti des Wallisiens et Futuniens, l’Éveil océanien, avec 4 élus, qui sera l’arbitre pour les votes.

Si vous faites le total des pourcentages des votes séparément pour chaque province, il est à noter que, dans la province du Sud, 24,07 % des votants ne sont pas représentés, car ils sont divisés et ont fait moins de 5 %. Idem pour 8,02 % des votants dans la province du Nord et 14,17 % des votants dans la province des îles. Un trop grand nombre d’habitants de l’archipel n’est donc pas représenté par refus de voter pour la droite caldoche ou pour les indépendantistes. Il est probable également que certains d’entre eux estiment que les négociations n’incluent pas une politique économique et sociale à la hauteur des enjeux.  

Gouvernement de la République : nécessité de sortir du déni

Il faut lier plusieurs débats en un, à savoir celui des institutions de l’archipel et celui du développement économique et social.

Pour Paris, comme nous l’indiquons ci-dessus, le message nous semble clair : le gouvernement doit changer de ligne et arrêter de faire de la communication avec le soutien des médias dominants et de la droite calédonienne. Il lui faut comprendre que, pour de plus en plus de calédoniens (caldoches, kanaks, wallisiens et futuniens et autres), il faut lier plusieurs débats en un, à savoir celui des institutions de l’archipel et celui du développement économique et social, ce qui n’a pas été fait depuis des décennies malgré les satisfécits médiatiques du remplacement de la politique par de la morale. Il faut donc changer de politique et recommencer les négociations dans cette nouvelle séquence. Sans doute avec une autonomie locale plus forte respectueuse de la non discrimination et de la laïcité, une planification économique et sociale de haut niveau pour appliquer les principes de la République sociale.

Comprendre les divergences du mouvement kanak

L’UC est le parti historique du nationalisme kanak ; il a été créé en 1953 avec le mot d’ordre « deux couleurs, un seul peuple » et est devenu indépendantiste à la fin des années 70 sous l’impulsion de Jean-Marie Tjibaou. Ce parti se caractérise par une forte insistance sur la reconnaissance du peuple kanak comme peuple premier, par une forte implantation coutumière et par une priorisation de la décolonisation au détriment des problèmes économiques et sociaux.

L’UNI-Palika est dominé par le parti de libération kanak. Historiquement, il fut le mouvement le plus radical, fortement influencé par le marxisme, avant de devenir un courant plus pragmatique du mouvement indépendantiste. Ce parti fut incarné par Paul Néaoutyine et, plus récemment, par Louis Mapou. Il est aujourd’hui favorable à la réévaluation des problèmes économiques et sociaux.

Nation autochtone représente une génération plus jeune, plus militante, née dans le contexte des mobilisations de 2024.

Les acteurs de demain ne sont plus ceux des évènements qui ont produit les accords de Matignon et l’accord de Nouméa.

Les acteurs de demain ne sont plus ceux des évènements qui ont produit les accords de Matignon et l’accord de Nouméa. Ils ont vécu avec les institutions existantes, avec les crises économiques et les violences de 2024. Leur culture est différente. Ils sont plus réceptifs à la crise du nickel, à l’endettement public, aux problèmes sociaux et de l’emploi, au coût de la vie, à la reconstruction après les évènements de 2024.

Conclusion provisoire

Après 1953 (création de l’UC), 1989 (partage territorial du pouvoir), 1999 (accord de Nouméa), 2019 (cycle des référendums d’autodétermination), 2026 pourrait ouvrir une nouvelle séquence susceptible de produire de l’émancipation si et seulement si les conditions économiques, politiques et sociales notées dans cet article et dans celui de Wukong précité voient le jour. Sinon…

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-idees/respublica-crises/nouvelle-caledonie-ou-lincapacite-de-la-france-et-des-francais-de-penser-et-dagir-pour-une-republique-sociale-dune-part-et-pour-la-decolonisation-dautre-part/7436015.
2 Plus 10 500 inscrits grâce à la loi organique du 28 mai 2026.
3 Voir l’article de Wukong précité, qui déjà avait noté que l’on ne pouvait pas tenir longtemps avec un corps politique bloqué ad vitam.
4 https://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/Actualites/Provinciales-2026-Resultats-complets-definitifs.