Ce que nous disent les évaluations PISA 2022
Les évaluations PISA(1)https://www.slate.fr/story/257518/enquete-pisa-2022-baisse-niveau-eleves-france-resultats-tests-ocde-enseignement-education-nationale ; https://www.oecd.org/en/publications/pisa-2022-results-volume-i-and-ii-country-notes_ed6fbcc5-en/france_8008535b-en.html. sont des évaluations comparées des résultats scolaires des enfants de troisième (15 ans en moyenne) d’une cinquantaine de pays développés. La France est descendue à la 26e place en mathématiques et en sciences et à la 30e place dans la compréhension en lecture.
Reproduction sociale
Ces évaluations montrent que la France demeure l’un des pays où les résultats scolaires dépendent le plus du milieu social et culturel. Et certaines études montrent que la différence entre le mode de recrutement du secteur public et du secteur privé favorise ce dernier. L’expérimentation du plan « Marseille en grand » donnera peut-être sur ce point de nombreux enseignements quand nous pourrons l’obtenir.
Ségrégation géographique
Il va de soi que l’école subit aussi la ségrégation spatiale organisée dans les urbanismes récents des années 70 et suivantes, qui a fait reculer la mixité sociale de la plupart des quartiers. De plus, les politiques scolaires de sectorisation ont amplifié ce phénomène. On ne compte plus les collèges séparés de quelques centaines de mètres qui ont des IPS très différents. Il est en outre étonnant que les résultats français et allemands, qui sont très proches, aient entrainé dans les médias nationaux des réactions différentes. Dans la presse allemande, le mot « Achtung » fut souvent employé en demandant une réaction des politiques à ce recul européen de l’Allemagne. En France, la presse a minimisé le phénomène en critiquant les règles de l’évaluation PISA.
En fait, le combat pour l’égalité demande de grands efforts multisectoriels. Et il faudra prendre en compte le plus grand séparatisme – le séparatisme social grandissant – qui détruit les mixités scolaires favorables à un meilleur résultat scolaire pour tous. Les évitements réalisés par les options doivent être remplacés par l’installation de ces options dans les quartiers moins favorisés.
Reste qu’il y a de nombreux autres problèmes liés à l’école.
Liberté de conscience
En plus de la fracture sociale et scolaire, l’école doit assurer la liberté de conscience des élèves. Elle devrait considérer les sorties scolaires comme l’école hors les murs. Et donc que les accompagnateurs ne font que remplacer des fonctionnaires du ministère et doivent être soumis aux mêmes règles que les enseignants en matière de laïcité.
Transmission, développement de l’autonomie de jugement, rapport laïque à la morale
L’école doit instruire, c’est-à-dire qu’elle doit transmettre des connaissances fondamentales associées à la formation d’un esprit critique et autonome. Elle doit aussi éduquer, soit apprendre la vie sociale associée à l’apprentissage des valeurs qui accompagnent toujours la socialisation. L’éducation est aussi l’affaire de l’école, mais avec le primat à l’instruction. En même temps qu’on instruit, on s’attache à éduquer aux valeurs fondamentales.
Insuffisance des moyens
Les moyens financiers sont notoirement insuffisants. Cela ne concerne pas seulement les personnels immédiatement visibles, comme les enseignants, mais aussi les AED (assistants d’éducation), les AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) ainsi que les personnels administratifs terriblement insuffisants, qui permettent de faire tourner les établissements. Nous devons être contre le recours croissant et inquiétant de contractuels et réclamer une baisse des effectifs en classe, un suivi toute l’année en effectifs réduits et l’augmentation de l’attractivité du métier d’enseignant. L’économiste Lucas Chancel montre qu’en 40 ans, le salaire débutant des professeurs est passé de 2,17 fois le SMIC à 1,14 fois le SMIC(2)Vrai ou faux. En 40 ans, le salaire des professeurs a-t-il vraiment décroché face au SMIC, comme l’affirme Mathilde Panot ?..
Gardons les programmes nationaux : universalisme
Un programme est la garantie d’un cadre national connu de tous : profs, élèves, familles, directions et inspections, citoyens ordinaires. Il doit permettre l’instruction plutôt que la diffusion de gadgets idéologiques. Mais il n’a pas à exclure l’éducation.
CONCOURS ET FORMATION DES ENSEIGNANTS
Ne pas séparer la formation et les concours.
Les concours de recrutement (y compris internes) doivent reposer sur les connaissances disciplinaires. Il est absurde de demander à des candidats qui n’ont jamais enseigné (concours externe) un savoir-faire pédagogique.
Les formations initiales et continues
Elles doivent, elles aussi, s’appuyer sur les connaissances disciplinaires, même si elles peuvent s’accompagner de séances de savoir-faire pédagogique et de formation à la laïcité.
Une république sociale doit défendre son école
École privée favorisée pécuniairement au détriment du public
Fabienne Fédérini, dans Enseignement privé catholique. Comment l’État brise l’école de la République, montre que l’État favorise le privé face au public en lui ôtant la sectorisation, en lui permettant la sélection des élèves et l’exclusion des élèves à profil éducatif spécifique, en ne réagissant pas à la non-mixité sociale du privé en contradiction avec le Code de l’éducation (article 111-1).
Le consumérisme roi
Clémence Cardon-Quint, historienne et maîtresse de conférences à l’université Paul Valéry de Montpellier, estime, dans L’argent de l’école, qu’on est malheureusement passé d’un projet collectif par l’école à un projet individuel pour chacun comme noté plus haut dans cet article. L’école n’est donc plus un investissement, mais devient une charge de consommation qui creuse de la dette.
Hausse des inégalités scolaires
Nadir Altinok, maître de conférences à l’Université de Lorraine, et Claude Diebolt, directeur de recherche au CNRS à l’Université de Strasbourg, ont montré que, derrière la baisse de niveau vérifié par les évaluations PISA (Programme for International Student Assessment), se cachait une hausse des inégalités scolaires. Mais aussi une baisse généralisée des performances scolaires dans les pays européens, surtout face aux pays asiatiques qui trustent les six premières places des classements PISA, l’écart ayant doublé en 20 ans.
En France, près de trois élèves sur dix n’atteignent pas le seuil minimum de compétences (SMC, niveau 2 de PISA d’environ 400 points qui permet de réaliser des tâches simples dans chacun des domaines évalués). Par exemple, dans les pays asiatiques, le pourcentage des élèves ayant atteint un niveau avancé de compétences (niveau 6 de PISA) a augmenté entre 2003 et 2022, alors qu’il a baissé dans toute l’Europe à un niveau très inférieur au niveau asiatique. L’efficacité du système éducatif français est ainsi mise à mal, car la France ne parvient ni à diminuer les inégalités ni à élever une partie de sa population au niveau de l’excellence. Son niveau d’efficacité baisse de près de 13,8 % en mathématiques contre 5 % en lecture. Nos deux enseignants-chercheurs concluent : « Quant à la surperformance de certains pays asiatiques, elle devrait alarmer les décideurs politiques français et européens, dans un contexte de baisse de la productivité française notamment »(3)https://cae-eco.fr/baisse-de-la-productivite-en-france-echec-en-maths..
Que faire ? Retrouver une République réellement sociale et laïque
Nous proposons de rompre avec la République dégradée actuelle pour une République sociale. Alors, cette dernière privilégiera la sphère de constitution des libertés (école, services publics, Sécurité sociale) pour retrouver le chemin de l’émancipation humaine. La promesse d’égalité de notre République, qui se veut sociale, démocratique et laïque – il y a encore des progrès à réaliser – exige l’accès à un niveau intellectuel, à un haut niveau de culture universelle littéraire, mathématique, historique, géographique, artistique pour toutes et tous, y compris pour les élèves des milieux populaires.
Notes de bas de page
