Afghanistan : tout ça pour ça

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La situation catastrophique quant à la dignité humaine, au respect des droits des êtres humains notamment en ce qui concerne les filles écartées d’une scolarité émancipatrice donc laïque, les femmes victimes du patriarcat, les tribunaux appliquant la « charia » soulève, à juste titre, l’indignation. Ce serait pour le moins faire preuve d’angélisme que de donner crédit aux déclarations de certains dirigeants talibans en ce qui concerne le respect des droits humains comme le confirme la réalité sur le terrain.

Catastrophe humanitaire : l’angélisme n’est pas de mise

Cette situation catastrophique humainement parlant ne date pas de la prise du pouvoir par les Talibans à Kaboul mais depuis les diverses interventions occidentales de celles des Soviétiques à celles des États-Unis et de leurs alliés qui se sont appuyés sur les parties les plus obscurantistes de la région dans un premier temps contre l’occupation soviétique puis contre les Talibans qui protégeaient Ben Laden tout en soutenant le régime corrompu de haut en bas du président afghan Ashraf Ghani. Cette corruption conduisant à une absence d’État a plus fait pour faciliter la prise de pouvoir par les Islamistes que les armes elles-mêmes. Non seulement le financement a coûté, durant ces 20 ans au minimum mille milliards de dollars par les États-Unis, mais cet argent est surtout allé dans les poches du complexe militaro industriel américain pour la fourniture de matériels et d’équipements de guerre, et également des sociétés militaires privées. On en est arrivé au point que certains Afghans « apprécient le retour des talibans et espèrent que leur arrivée conduira à la paix et non à un bain de sang malgré le souvenir des atrocités commises par les talibans »(1)Extrait de l’article « Afghanistan : les talibans aux portes de Kaboul, les femmes s’effacent des rues », Elle, 15/08/2021 : « Nous apprécions le retour des talibans en Afghanistan, mais nous espérons que leur arrivée conduira à la paix et non à un bain de sang. Je me souviens, quand j’étais enfant, très jeune, les atrocités commises par les talibans », lâchait un commerçant trentenaire du centre de la capitale..

Outre les 89 morts parmi les soldats français, il est à déploré plus de 100 000 morts selon les Nations unies, des milliers de bombes projetées, une économie basée sur la drogue et son trafic alimentant 80 % du marché mondial d’opium, des morts indirectes causées par la pauvreté extrême, les maladies non soignées en raison du conflit, de l’absence d’État et de services publics dans les domaines de la santé et de l’éducation.

De tous temps, les Occidentaux dont les États-Unis ont favorisé des régimes autocratiques contre les mouvements émancipateurs, indépendantistes et, en partie, laïques pour assurer la main mise sur les ressources notamment pétrolières des grandes compagnies en Irak, en Iran, en Arabie Saoudite… Cette stratégie a été et est encore un terreau fertile pour la montée des intégrismes, une hydre qu’il nous faut à présent combattre et circoncire jusque dans nos sociétés. Ce combat ne peut que se faire sur une base laïque, sur la justice sociale et sur la construction de relations internationales équilibrées propices au développement intellectuel, culturel, social et économique de l’humanité.

Jeudi 27 août, un attentat suicide, revendiqué par une branche de l’État islamique (ennemi juré des Talibans et de l’Émirat islamique nouveau nom donné au régime afghan)(2)En Afghanistan, l’EI est « l’ennemi juré » des talibans, explique Rasha al-Aqeedi, chercheuse au Newlines Institute aux États-Unis, mais leur « victoire » en Afghanistan pourrait renforcer l’EI le poussant à « montrer qu’il est toujours bien présent » en Irak où près de 2 500 soldats américains sont toujours sur place., s’est produit près de l’aéroport de Kaboul. Plusieurs dizaines de personnes ont été tuées, parmi lesquelles treize militaires américains. Ces actes montrent que l’angélisme à l’égard des islamistes talibans ou de Daesh n’est pas de mise. D’autres attentats se sont produits depuis et sans doute d’autres se produiront de même que les actes répressifs à l’égard des opposants, des journalistes soucieux de faire leur travail d’information, des femmes refusant d’être « invisibilisées » avec le voile islamiste intégral…

Privatisation de la guerre

La débâcle américaine en Afghanistan tout comme l’enlisement dans l’intervention en Irak sont révélateurs d’une dérive stratégique qui consiste à sous-traiter à des officines privées de mercenaires les opérations de sécurisation sur le terrain. Ainsi en 20 ans de présence en Afghanistan les pertes en mercenaires états-uniens sont supérieures à celles de l’armée régulière(3)Données de la Défense Caualty Analysis System du 13 avril 2021 : 2 349 militaires de l’armée US tués dont 1 845 en opérations de combat et 94 tués de l’opération Freedom’s Sentinel et 3 800 « contractors », mercenaires sous contrat avec l’armée US, tués. Sur place, ils étaient encore 16 832 « contractors » ou mercenaires.. Ces missions ne se limitaient pas aux actions de sécurisation comme l’indique le site suivant : « Les missions de ces contractants ne peuvent être résumées aux seules questions militaires et sécuritaires… En Afghanistan, les marchés de la logistique et de la maintenance font travailler des contractants dans davantage de domaines que ceux strictement dédiés aux enjeux de sécurité. Le néo-mercenariat – compris comme la nouvelle forme managériale qu’a pris cette activité depuis les années 90 – a permis une augmentation radicale des activités de ces firmes. … Ces sociétés se sont immiscées au cœur des missions principales de l’État afghan, ce qui explique aussi en partie pourquoi ce dernier n’a jamais réussi à devenir autonome et à assurer pleinement le fonctionnement de ses structures régaliennes. »

Hélicoptère atterrissant en Afghanistan.
Photo by Andre Klimke on Unsplash

Causes diverses d’une défaite improbable

Une des principales raisons d’une défaite de l’intervention états-unienne et de ses alliés réside dans les clichés nourris par un imaginaire occidental éloigné de la réalité qui voit la société afghane comme essentiellement localiste et rétive à toute forme de présence étatique et d’une opposition culturelle entre la campagne et la capitale, Kaboul, entre une identité tribale et la notion d’État centralisé, considérant l’Afghanistan principalement comme un « pays de tribus ». Autant de clichés qui ont poussé les organisations d’aide internationale à contourner le pouvoir afghan au profit des petites assemblées (jirga, shara) créées quasiment artificiellement comme ce fut le cas avec le « Programme de solidarité de la Banque mondiale ».

Les militaires américains se sont impliqués dans les conflits sociaux sans coopérer avec le pouvoir. La sécurité a été confiée à des milices sous l’autorité de la CIA, milices ethniques pour lesquelles cette stratégie fut une aubaine afin d’écarter voire éliminer les rivaux locaux. Ainsi fut organisée une sous-traitance en cascade favorisant des collusions systémiques dans l’attribution des marchés, la captation des financements au bénéfice des entreprises occidentales. Les pratiques de la bulle humanitaire, soit quelques milliers d’étrangers vivant dans la capitale, ont contribué à déconsidérer la présence occidentale. Les forces occidentales ont constamment mené une politique de manipulation communautaire pour diviser.

Les recherches des années 1980 ont bien cerné la réalité d’un processus engagé par la société afghane de détribalisation aux antipodes d’une prégnance tribale, thème récurrent, cher à la vision occidentale, pour mieux excuser des échecs patents de plus en plus difficiles à dissimuler.

Autre cliché ou mauvaise analyse des forces talibanes est la certitude que les Talibans n’avaient aucun soutien au sein de la population afghane, qu’ils regroupaient des groupes d’insurgés sans aucune cohérence entre eux. La réalité est tout autre et révèle une organisation centralisée à l’idéologie fortement structurée regroupant de nombreuses ethnies, pachtoune (40 % de la population, vivier d’origine des fondamentalistes talibans), tadjike, ouzbek et renonçant à tout discours ethnique. Ce faisant, les Talibans ont pu apparaître comme des champions du nationalisme afghan.

La question de la justice a permis de rendre populaire les Talibans aux yeux des Afghans du fait de l’impartialité de leurs juges dans les milieux ruraux au point que certains pouvaient affirmer : « Si j’étais riche, je ferais appel aux juges du gouvernement : il suffit de payer et tu gagnes. Mais, quand on est pauvre, les Talibans sont la seule solution. »

Stratégies, stéréotypes occidentaux et corruption généralisée ont contribué, malheureusement, à délégitimer le pouvoir afghan soutenu par les alliés(4)Article du Monde diplomatique septembre 2021 : Adam Baczko & Gilles Dorronsoro, respectivement chercheur au Centre national de la recherche scientifique – Centre de recherches internationales (CNRS-CERI), auteur de La Guerre par le droit. Les tribunaux Taliban en Afghanistan, CNRS Éditions, Paris, 2021 ; et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), université Paris-I, auteur de l’ouvrage Le Gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite, Karthala, coll. « Recherches internationales », Paris, 2021..

Droits d’ingérence en cause

Des questions se posent, légitimement, quant à l’usage du droit d’ingérence tant controversé et dans les objectifs affichés et dans les résultats peu probants concernant l’émancipation des peuples, les droits sociaux et les droits des femmes pour ne citer que ces aspects.

Quelle que soit l’analyse que nous fassions sur les régimes politiques qui se mettent en place à l’issue des luttes de « libération », une constante apparaît : les motivations profondes des peuples que ce soit lors de Guerre du Vietnam, la Guerre d’Algérie, le conflit en Palestine et celle d’Afghanistan… résident dans le sentiment national et la volonté d’indépendance quitte à soutenir des mouvements d’essence plus ou moins totalitaire religieux ou athées.

L’universalisme dans sa version purement autocentrée et occidentale en question

Les Lumières occidentales ont bien éclairé les territoires où elles sont nées mais ont projeté des « ombres » à l’étranger. L’universalisme des droits pour se répandre et contrer les obscurantismes religieux et/ou idéologiques doit absolument s’appuyer sur la réalité quotidienne des peuples, leurs cultures, doit venir en appui aux individus, groupes, mouvements porteurs de ces principes et non les imposer de l’extérieur. Le bonheur, la démocratie, les principes républicains laïques ne s’exportent pas, ne s’imposent pas et doivent venir des peuples eux-mêmes.

À la lumière de ce qui se passe en Afghanistan, il est légitime de s’interroger sur l’avenir de l’opération Barkhane(5)L’opération Barkhane est une opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’Armée française, avec une aide secondaire d’armées alliées, qui vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la région du Sahel. Lancée le 1er août 2014, elle remplace les opérations Serval et Épervier. et de son efficacité. Il y a en effet des similitudes comme la présence de régimes politiques corrompus qui sont censés mettre en œuvre la démocratie, dont les armées nationales le sont également peu ou prou au point que de l’accueil positif des forces françaises qui a permis d’éviter l’instauration d’un pouvoir islamiste on passe à un rejet de plus en plus grand. Une des leçons à en tirer est qu’il n’est pas possible sur le long terme de contrer les Islamistes sans l’appui des populations. Cet appui ne peut que faiblir dès que les gens s’aperçoivent que les forces d’intervention préservent des régimes gangrénés par les malversations généralisées et l’absence de démocratie tout comme le manque d’investissements dans les services publics de santé ou d’éducation ou de mesures pour améliorer la situation sociale des plus pauvres.

Protection pour les auxiliaires afghans de l’armée française et devoir d’accueil

La situation des auxiliaires afghans de l’armée française est préoccupante de même que celle des opposants demandeurs d’asile. Tout doit être mis en œuvre pour les protéger et les conduire en lieu sûr sur notre territoire. Depuis la Révolution française, la République a toujours eu, au moins dans les mots, comme point d’honneur de soutenir les combattants de la liberté contre l’absolutisme royaliste à l’époque. Elle n’hésitait pas à les nommer citoyens français. La compassion du moment exprimée en haut lieu à l’égard de ces auxiliaires et de leurs proches ne doit pas occulter les manquements du gouvernement français et l’absence de réponses aux demandes répétées depuis 2018 pour prendre en compte leur situation. L’hypocrisie macroniste est patente(6)1er juin 2021, un collectif de 17 associations a envoyé un courrier à l’OTAN et à 8 chefs d’États, dont Emmanuel Macron, pour réclamer la protection des anciens personnels locaux autrefois recrutés par les armées présentes sur place. Pas de réponse. Demande d’une commission d’enquête sur leur sort en février 2019, les deux premiers signataires étaient Bastien Lachaud et Jean-Luc Mélenchon (https://www.assemblee-nationale.fr/…/l15b1691…).

Tribune publiée dans le Figaro de mars 2019 de Bastien Lachaud et Alexis Corbière, députés de la commission de la Défense. Tous les amendements portant spécifiquement sur la question des auxiliaires afghans déposés par le groupe LFI dans le cadre du débat sur la loi Asile Immigration en avril 2018 ont été tous rejetés ou déclarés irrecevables.
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Le communiqué, pour le moins ambivalent, de la Cour nationale du droit d’asile risque d’augmenter les difficultés pour rassembler les éléments permettant aux demandeurs d’asile soit de demeurer en France soit d’obtenir l’asile selon l’analyse de la Cimade(7)Les associations alertent sur un risque de protection moindre, ce que conteste la Cour nationale du droit d’asile.  « Depuis le 15 août et la prise de pouvoir des talibans, le conflit armé est achevé. Dès lors, écrit la CNDA dans un communiqué publié lundi 30 août, si l’Afghanistan n’est à ce jour plus touché par une violence aveugle, au sens de la jurisprudence du Conseil d’État, les demandes présentées par les ressortissants afghans devant la Cour sont désormais examinées systématiquement sous l’angle de la convention de Genève, beaucoup plus protectrice car pouvant conduire à un statut de réfugié valable dix ans. » « Le communiqué de la CNDA est un peu ambivalent, estime Gérard Sadik, responsable national de la thématique asile à la Cimade. Il semble signifier que la CNDA va donner plus de protection, mais on peut aussi comprendre qu’elle va demander plus de personnalisation dans l’étude des dossiers de gens qui ont parfois quitté l’Afghanistan il y a cinq ans, et peuvent avoir des difficultés à rassembler les éléments. ». La vigilance s’impose.

De la géopolitique

Le retrait des troupes états-uniennes répond également au souci de réorienter la stratégie de la Maison Blanche qui considère le Moyen-Orient comme moins important et que les régions de l’Asie-Pacifique sont le lieu d’affrontement et le deviendront de plus en plus. Quant à la Russie et la Chine, elles se sentent concernées de par leur proximité géographique, la Russie, indirectement, avec la République d’Ouzbékistan, ancienne République soviétique, la Chine de par une frontière commune (76 kilomètres) et surtout de par la région des Ouïghours qui sont opprimés(8)Les Ouïghours sont un peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ils représentent une des cinquante-six nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine. pour des raisons religieuses.

Quant à la Chine, préoccupée par la question des Ouïghours dont la répression ternit son image s’il est possible de la détériorer encore plus, a indiqué qu’elle souhaitait des « relations amicales » avec les talibans, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans. Ces « relations amicales » doivent faciliter la poursuite de son grand projet d’infrastructures des « Nouvelles routes de la soie »(9)Faute de sécurité, les investissements chinois demeurent modestes : 4,4 millions de dollars en 2020, selon le ministère chinois du Commerce..

Le Pakistan est un autre acteur régional avec son instrument de renseignement extérieur, l’ISI(10)La Direction pour le renseignement inter-services ou Inter-Services Intelligence (ISI) est la plus puissante des trois branches des services de renseignements du Pakistan, principalement orientée vers les opérations extérieures. Dirigée par un général, elle est officiellement dépendante des forces armées du Pakistan.. Il y a vingt ans, l’ISI avait été partie prenante pour créer et structurer les « étudiants coraniques ». Un grand nombre d’Afghans ne s’y trompent pas en considérant que les Talibans sont « les soldats du Pakistan » comme l’affirme une femme participant à la manifestation du 7 septembre à Kaboul contre l’influence pakistanaise et la violente répression de la résistance dans la vallée du Panchir, manifestation que le pouvoir taliban n’a pas réussi à disperser malgré les tirs en l’air d’armes automatiques.

La crainte des Iraniens est de voir confirmer la montée en puissance de Daech, État islamique qui a « profité du chaos pour s’implanter en Afghanistan. Or, l’Iran a très peur de cette influence grandissante car cette organisation sunnite entretient une logique quasi-génocidaire envers les chiites. » Le mouvement fondamentaliste taliban apparaît comme étant le seul en capacité de s’opposer à Daech. L’Iran souhaite donc des garanties et avancer diplomatiquement face aux rivaux régionaux et aux États-Unis. L’autre question importante est la présence de près de 780 000 réfugiés afghans sur le sol iranien.

Situation à venir

La victoire relativement aisée des Talibans, en grande partie due au manque de motivation de l’armée régulière afghane mais aussi en raison d’une logistique insuffisante et d’un manque avéré de munitions et vivres, a été la partie la plus facile. À présent, il s’agit pour l’Emirat islamique de créer un État, une administration, de régler la question sociale et notamment d’éradiquer la malnutrition dont une grande partie de la population souffre. Souvent les régimes politiques chutent non pour des raisons religieuses ou idéologiques mais pour des questions sociales. Pour autant, le blocus, l’interdiction d’accès à de la trésorerie est-elle la bonne solution pour affaiblir les Talibans ? Cela ne va-t-il pas aggraver la situation économique des populations, pousser encore plus le pays vers la narco-économie et en faire encore plus une plaque tournante du narcotrafic mondial(11)Information parue dans le Nouvel Obs du 17/08/2021. Selon la dernière enquête de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la superficie des terres afghanes affectées à la culture du pavot a augmenté de 37 % en 2020 après une décrue ces dernières années. Une augmentation qui concerne en premier lieu les régions du sud et de l’ouest du pays. ? À ce jour, il est impossible de prévoir ce qui va advenir hormis le fait qu’une chape de plomb obscurantiste va assombrir la vie des Afghans, et en premier lieu des femmes et des filles.

Vingt ans de présence occidentale, mille milliards de dollars déversés qui n’ont profité qu’à une minorité montrent que l’argent ne suffit pas s’il ne va pas là où il y en a besoin : santé, école, production alimentaire, infrastructures, police anticorruption… Une telle politique sociale n’aurait-elle pas été plus à même d’éviter le retour des fondamentalistes grâce au concours de la population ?

Un nouvel ordre international fondé sur l’émancipation culturelle, sociale… et la liberté absolue de conscience qui ne peut résulter que d’un rapport de force favorable. Quel rôle pour la République française dans le concert des nations ?

Un nouvel ordre international fondé sur des relations et échanges équitables, la justice sociale, l’éducation émancipatrice et libératrice et le développement économique soutenable du point de vue des grands équilibres écologiques s’imposent pour lutter efficacement contre les fléaux obscurantistes et pour l’universalisme des droits et principes humanistes qui ne sont pas l’apanage des seules sociétés occidentales. La laïcité, principe de valeur universelle, ne s’impose pas. Malgré son absolue nécessité, elle doit relever de la volonté des peuples, d’une bataille culturelle sur le court et long terme. Pour que ce principe émancipateur qui garantit la liberté de tous les cultes dans les limites des lois votées et n’accordant aucune place prépondérante à aucune option spirituelle, religieuse, agnostique ou athée devienne réalité ou que les sociétés humaines dans leurs diversités en prennent le chemin, un nouveau rapport de force et nécessaire.
À notre niveau force est de constater, en toute humilité, que nous n’y pouvons pas grande chose. Les débats lors de la campagne présidentielle en France devraient permettre d’aborder ce sujet afin que notre République, qui, au regard de son histoire, de la Révolution française en passant par la Deuxième République, l’insurrection de la Commune, le Front populaire, au programme « Les Jours heureux » de la Résistance… porte une responsabilité aux yeux des peuples du monde entier en lutte pour leur émancipation, se donne les moyens d’influencer les politiques internationales, devienne l’une des voix des peuples opprimés. Cela pourrait conduire à sortir de la simple incantation morale importante certes mais insuffisante. Cela suppose de s’appuyer sur les forces populaires dans tous les pays afin de mener la bataille culturelle et de créer le rapport de force idoine dans chaque pays et au sein de l’ONU pour une humanité émancipée.
La liberté, l’émancipation sont des combats de tous les instants et jamais achevés. Le mythe de Sisyphe est là pour nous le rappeler.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Extrait de l’article « Afghanistan : les talibans aux portes de Kaboul, les femmes s’effacent des rues », Elle, 15/08/2021 : « Nous apprécions le retour des talibans en Afghanistan, mais nous espérons que leur arrivée conduira à la paix et non à un bain de sang. Je me souviens, quand j’étais enfant, très jeune, les atrocités commises par les talibans », lâchait un commerçant trentenaire du centre de la capitale.
2 En Afghanistan, l’EI est « l’ennemi juré » des talibans, explique Rasha al-Aqeedi, chercheuse au Newlines Institute aux États-Unis, mais leur « victoire » en Afghanistan pourrait renforcer l’EI le poussant à « montrer qu’il est toujours bien présent » en Irak où près de 2 500 soldats américains sont toujours sur place.
3 Données de la Défense Caualty Analysis System du 13 avril 2021 : 2 349 militaires de l’armée US tués dont 1 845 en opérations de combat et 94 tués de l’opération Freedom’s Sentinel et 3 800 « contractors », mercenaires sous contrat avec l’armée US, tués. Sur place, ils étaient encore 16 832 « contractors » ou mercenaires.
4 Article du Monde diplomatique septembre 2021 : Adam Baczko & Gilles Dorronsoro, respectivement chercheur au Centre national de la recherche scientifique – Centre de recherches internationales (CNRS-CERI), auteur de La Guerre par le droit. Les tribunaux Taliban en Afghanistan, CNRS Éditions, Paris, 2021 ; et chercheur au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), université Paris-I, auteur de l’ouvrage Le Gouvernement transnational de l’Afghanistan. Une si prévisible défaite, Karthala, coll. « Recherches internationales », Paris, 2021.
5 L’opération Barkhane est une opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’Armée française, avec une aide secondaire d’armées alliées, qui vise à lutter contre les groupes armés salafistes djihadistes dans toute la région du Sahel. Lancée le 1er août 2014, elle remplace les opérations Serval et Épervier.
6 1er juin 2021, un collectif de 17 associations a envoyé un courrier à l’OTAN et à 8 chefs d’États, dont Emmanuel Macron, pour réclamer la protection des anciens personnels locaux autrefois recrutés par les armées présentes sur place. Pas de réponse. Demande d’une commission d’enquête sur leur sort en février 2019, les deux premiers signataires étaient Bastien Lachaud et Jean-Luc Mélenchon (https://www.assemblee-nationale.fr/…/l15b1691…).

Tribune publiée dans le Figaro de mars 2019 de Bastien Lachaud et Alexis Corbière, députés de la commission de la Défense. Tous les amendements portant spécifiquement sur la question des auxiliaires afghans déposés par le groupe LFI dans le cadre du débat sur la loi Asile Immigration en avril 2018 ont été tous rejetés ou déclarés irrecevables.

7 Les associations alertent sur un risque de protection moindre, ce que conteste la Cour nationale du droit d’asile.  « Depuis le 15 août et la prise de pouvoir des talibans, le conflit armé est achevé. Dès lors, écrit la CNDA dans un communiqué publié lundi 30 août, si l’Afghanistan n’est à ce jour plus touché par une violence aveugle, au sens de la jurisprudence du Conseil d’État, les demandes présentées par les ressortissants afghans devant la Cour sont désormais examinées systématiquement sous l’angle de la convention de Genève, beaucoup plus protectrice car pouvant conduire à un statut de réfugié valable dix ans. » « Le communiqué de la CNDA est un peu ambivalent, estime Gérard Sadik, responsable national de la thématique asile à la Cimade. Il semble signifier que la CNDA va donner plus de protection, mais on peut aussi comprendre qu’elle va demander plus de personnalisation dans l’étude des dossiers de gens qui ont parfois quitté l’Afghanistan il y a cinq ans, et peuvent avoir des difficultés à rassembler les éléments. »
8 Les Ouïghours sont un peuple turcophone et à majorité musulmane sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Ils représentent une des cinquante-six nationalités reconnues officiellement par la République populaire de Chine.
9 Faute de sécurité, les investissements chinois demeurent modestes : 4,4 millions de dollars en 2020, selon le ministère chinois du Commerce.
10 La Direction pour le renseignement inter-services ou Inter-Services Intelligence (ISI) est la plus puissante des trois branches des services de renseignements du Pakistan, principalement orientée vers les opérations extérieures. Dirigée par un général, elle est officiellement dépendante des forces armées du Pakistan.
11 Information parue dans le Nouvel Obs du 17/08/2021. Selon la dernière enquête de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la superficie des terres afghanes affectées à la culture du pavot a augmenté de 37 % en 2020 après une décrue ces dernières années. Une augmentation qui concerne en premier lieu les régions du sud et de l’ouest du pays.