Venezuela : une vision partagée L’Amérique latine, chasse gardée de Washington

You are currently viewing <span class="entry-title-primary">Venezuela : une vision partagée</span> <span class="entry-subtitle">L’Amérique latine, chasse gardée de Washington</span>

J’invite nos lecteurs à lire l’entretien de Maurice Lemoine avec Jean-Baptiste Mendes, qui paraît dans le blog de Thierry Deronne, sur la situation du Venezuela et l’ingérence américaine qui se poursuit, malgré l’arrivée de Joe Biden :  « Joe Biden face au Venezuela, il fait la même chose que Trump en plus faux-cul ».
Maurice Lemoine est vraiment l’un des meilleurs (si ce n’est le meilleur) spécialistes d’Amérique latine. Lorsqu’il affirme des faits, ils sont toujours vérifiés, ce qui est chose rare aujourd’hui.

Joe Biden a prolongé le décret Obama classant la situation au Venezuela comme une menace pour la sécurité nationale, reconduisant de fait l’arsenal de sanctions américaines à l’encontre de Caracas depuis 2015. Maurice Lemoine, spécialiste de l’Amérique latine, dénonce pour Sputnik une attitude hypocrite qui asphyxie le pays.

« Le Venezuela, qui n’a jamais attaqué personne, n’est en rien une menace pour les États-Unis. » Maurice Lemoine ne mâche pas ses mots face à la prolongation des sanctions contre Caracas par Joe Biden au-delà du 8 mars. Selon la Maison-Blanche, la situation au Venezuela représenterait une « menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis ».

Rien de nouveau du côté américain donc, malgré le changement d’administration. «En réalité, c’est la même chose en plus hypocrite, en plus faux-cul», dénonce Maurice Lemoine. John Bolton, l’ancien conseiller à la Sécurité nationale, n’avait pas hésité à citer la doctrine Monroe, symbole ultime de l’impérialisme américain.

«Dans cette administration, nous n’avons pas peur d’utiliser [l’expression] “doctrine Monroe”», avait-il déclaré en mars 2019.

Si Joe Biden ne le dirait « pas comme ça », n’étant pas Républicain, ironise Lemoine, il n’en penserait pas moins. « L’Amérique aux Américains », disait-on en 1823 à Washington pour souligner que le continent américain entier devait être la chasse gardée des États-Unis. Utilisée au XIXe siècle contre les puissances coloniales européennes, l’expression pourrait être aujourd’hui employée face à la Chine et la Russie.

Mais les raisons de l’ingérence de Washington sont aussi très prosaïques. Le Venezuela détient les « premières réserves de pétrole au monde, des réserves d’or très importantes, des mines de coltan et d’un certain nombre d’autres produits miniers ». L’essor de l’influence chinoise en Amérique latine – Pékin étant notamment le premier partenaire commercial du Brésil – inquiète les Américains. Celle de Moscou aussi, alors que le vaccin russe Spoutnik V a été massivement commandé en Amérique du Sud. En janvier, le Président argentin Alberto Fernandez en recevait une injection et Nicolas Maduro lui a emboîté le pas le 6 mars.

Une manière de signifier à Washington qu’ils ne sont ni isolés ni dépourvus d’alliés, explique Maurice Lemoine. Et un signal qui se vérifie également dans le domaine militaire: « L’armée vénézuélienne est devenue une armée puissante grâce en particulier à l’achat d’armes et de systèmes d’armement à la Russie .» Ce qui a évidemment valu à Maduro des accusations.

« Ce que l’on oublie régulièrement, rappelle Maurice Lemoine, c’est que lorsque Chavez est arrivé au pouvoir en 1998, l’armée de l’air vénézuélienne avait deux types de chasseurs: des Mirages français et des F-16 américains. En cessant de lui livrer des pièces de rechange, Washington a poussé Chavez à acheter des Sukhoi russes .»