Ecole inclusive : deuxième partie

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Nous publions ici un deuxième article. Témoignage du terrain qui donne aussi matière à réfléchir si l’on veut partir du réel. Ce texte s’inscrit dans le cadre de l’émission radio que nous avons consacrée à l’école inclusive. Le refus récent de la majorité du Sénat d’accorder un statut de fonctionnaire aux AESH en dit long sur le mépris de certaines forces politiques envers les personnels les plus précaires de l’Éducation. Mépris qui dégradent les conditions de travail des personnels, et aussi les conditions d’apprentissage des élèves.

 

Nous avons décidé d’écrire l’essentiel de ce texte au féminin, car cela correspond à la réalité professionnelle des concernées.

Inclusion : Parlons-en !

Quand des structures spécialisées annoncent qu’elles ne peuvent pas prendre tel enfant parce qu’il est trop dur, il ne reste qu’un seul recours : l’école.

Accueillir des enfants sans aucun moyen supplémentaire, sans formation pour les enseignantes sur les pathologies, les handicaps, sans aménagement des locaux, dans des classes déjà surchargées, c’est envoyer tout le monde au casse-pipe. Les parents ne sont pas informés de la réalité des écoles, l’Éducation nationale ne communiquant que sur un seul point : votre enfant a droit à la scolarisation. Rien n’est dit des conditions réelles d’accueil.

C’est une hypocrisie sans nom : le ministère fait miroiter aux familles en détresse que leur enfant sera bien accueilli. Et, malgré toute la bienveillance des équipes enseignantes, faire face au handicap s’apprend.

De nombreuses soignantes savent, et disent que tous les enfants ne peuvent pas aller à l’école, que leurs pathologies peuvent être telles que se retrouver dans un grand groupe d’enfants ne fera que renforcer leurs difficultés.

Mais les structures spécialisées ferment les unes après les autres

Faute de moyens et victimes de choix politiques ; il ne reste alors que l’école en termes d’accueil !

Coûte que coûte, sans moyen humain ni financier. Il est évident que la prise en charge d’un enfant à l’école coûte bien moins cher que dans un institut spécialisé. À l’école, il faut rémunérer une enseignante et, très éventuellement, une AESH (Accompagnante des Élèves en Situation de Handicap). Dans une structure spécialisée, c’est tout un staff médical, paramédical, social, éducatif, soit plusieurs personnes qualifiées pour un seul enfant qui doit être financé.

Les postes d’AESH ne sont qu’un pansement sur une jambe de bois et sont considérées comme LA solution à la scolarisation des enfants handicapés. C’est une véritable honte : on sous-emploie des gens souvent dans la précarité, sans véritable statut, pour un salaire bien en deçà du SMIC, à temps partiel, sans formation. Cela montre l’intérêt qui est porté au handicap par nos dirigeants et c’est d’une violence extrême.

Le rôle d’AESH mérite bien plus que ce mépris de classe : si on veut arrêter de ne compter que sur la bienveillance, il faut former les personnels, leur octroyer un véritable statut dans un métier reconnu et payé en conséquence.

Inclure un enfant, ce n’est pas que l’inscrire à l’école et dire qu’il ira dans telle classe.

C’est tout un projet qu’il faut mettre en route et cela doit se préparer conjointement avec les familles, l’école et les services de soins et de santé compétents.

C’est un gros travail en amont qui ne se fait jamais. Le plus souvent, il n’y a qu’un entretien entre la famille et la directrice. Pourtant, en fonction de la pathologie, du handicap, il faut de la préparation, une formation des personnels, des moyens humains et financiers, des locaux adaptés. Tout ceci afin d’éviter de commettre des erreurs qui peuvent avoir de lourdes conséquences pour tout le monde.

Oui, nous devons avoir une école réellement inclusive au bénéfice des enfants pour qui ce sera vraiment utile, avec des perspectives réelles et un vrai projet. L’école, actuellement, ne fait qu’accueillir, dans des conditions bien souvent catastrophiques, des enfants en souffrance. Et elle ne fait que rajouter de la souffrance à la souffrance lorsqu’il n’y a pas l’AESH prévue (malgré la notification de la Maison du Handicap qui attribue des heures d’accompagnement), lorsque l’enfant arrive dans une classe surchargée, lorsque la même classe accueille plusieurs enfants porteurs de handicaps parce qu’il faut « mutualiser » l’aide et qu’il faut gérer la pénurie d’AESH.

Comment faire avec un enfant qui a besoin de la présence permanente d’un adulte auprès de lui lorsque l’enseignante se retrouve seule avec 25 à 30 autres enfants ?

Et quel sentiment d’impuissance l’enseignante peut-elle ressentir face à cette difficulté insurmontable ? Et comment justifier la mise en danger des adultes des écoles lorsqu’un enfant entre en crise, et se met à violenter les personnes autour de lui ? Et dans quels désarroi et détresse plonge-t-on les familles lorsqu’on leur annonce que leur enfant ne peut pas être scolarisé dans de telles conditions, sous peine de se faire du mal ou faire du mal aux autres ? Quelle solution de repli offre-t-on à ces familles ? Toutes ces questions ne trouvent aucune réponse de la part de l’administration de l’Éducation nationale, aucun soutien autre que celui de répondre : « On cherche à recruter des AESH, mais il n’y a pas de candidates » ! Et pour cause…

L’école n’est pas une garderie pour enfants handicapés qui n’ont de place nulle part. Elle ne doit pas pallier les carences de l’État en matière de traitement du handicap.

L’inclusion implique une véritable politique publique en faveur du handicap et un regard autre que celui, hypocrite, de l’Éducation nationale. Derrière les belles paroles de la loi de 2005, rien ou si peu, n’a suivi dans le regard porté sur celui-ci. Le discours est faussé sciemment ; affirmer que les enfants porteurs de handicaps doivent avoir les mêmes droits que les autres,

  • c’est finalement nier leurs spécificités et les mettre dans les mêmes conditions que les autres enfants, c’est-à-dire les mettre dans des groupes de 20 à 35 enfants, sans plus de précautions ;
  • c’est les noyer dans la masse, sans moyens pour les stimuler, sans objectifs précis pour les faire avancer ;
  • c’est, finalement, bien souvent, les envoyer dans le mur, avec les enseignantes, la classe et les familles…

Je n’ai pas fini !

Les enseignants du second degré ne se rendent souvent pas compte du travail effectué dès la petite section. L’école maternelle accueille des enfants qui n’ont eu aucun contact avec une aide quelconque. Parfois, parce que les familles ne se sont pas rendu compte de la problématique, parfois parce qu’elles sont dans le déni. Ce sont les enseignants qui peuvent pointer d’éventuels problèmes et ce sont eux qui se retrouvent en première ligne pour en avertir les familles. C’est d’une grande violence de chaque côté. Et un « tri » (c’est le terme le plus adéquat qui me vient !) s’effectue en maternelle, puis en primaire. Ce qui fait que, dans le secondaire, les enfants accueillis ont déjà très souvent une aide en place, sont considérés comme pouvant intégrer une classe, ont un parcours de scolarisation réfléchi au mieux, avec les faibles moyens dont l’école dispose.

Imaginons une classe de 23 à 30 enfants qui se retrouve en présence d’un enfant, présentant des troubles envahissants, qui se met en crise : la trouille dans leurs yeux, leur impuissance, celle de l’enseignant, sans aide. L’angoisse de l’enfant en crise. L’angoisse des parents qui voient que leur enfant n’a pas ce dont il a besoin.

Le dogmatisme de l’antivalidisme met la charrue avant les bœufs et se porte en sauveur de l’humanité. Supprimer les structures, comme si l’école n’apportait pas son lot de violences ? Condamner toutes les structures d’un bloc, sans réflexion ni recul. Transférer tous les enfants dans les écoles alors qu’il n’y a aucune volonté d’accueillir le handicap.

L’idée du temps partagé est nécessaire

Réfléchir au temps partagé implique un travail collaboratif entre les différents partenaires, éducation au sens large (famille comprise) et soins. N’ayons pas peur d’être utopiques ! Ainsi, envisager une réflexion autour de l’accueil du handicap à l’école devrait aboutir à une prise en compte globale de l’enfant, chacun dans son champ d’action. Le temps partagé rythmerait la journée des enfants entre les soins nécessaires dans des structures spécialisées, un accueil adapté et proportionné à l’école avec des personnels formés aux handicaps (enseignants, éducateurs et éducatrices, accompagnants et accompagnantes…), et un projet personnalisé, pour des enfants dont la scolarisation serait bénéfique. Cela permet de garder le rôle premier de l’école : instruire, former de futurs citoyens. L’école ne soigne pas, ce n’est pas son rôle !

Cela entraîne aussi une vraie réflexion sur l’enfant et son projet personnel, dans l’échange et le partenariat, en individualisant les parcours. 

Donc, partager le temps entre tous celles et ceux qui peuvent permettre une véritable inclusion.

Il faut d’abord une réelle politique du handicap, retravailler l’image du handicap, reconnaître les spécificités de chaque handicap et adapter les moyens intelligemment. L’école ne peut pas tout. Il y a aussi besoin de structures adaptées, avec des personnels formés(1)https://www.ac-dijon.fr/les-reseaux-d-aides-specialisees-aux-eleves-en-difficulte-rased-nievre-122792..