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Un appel à la sédition en France : l’Amérique latine s’inquiète

dimanche 9 mai 2021
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Des généraux, hiérarques ou troupe de l’armée française, mais aussi gendarmes et policiers (tous en retraite dit le texte) qui appellent à la sédition : voilà de quoi surprendre l’Amérique latine. La France y est en effet considérée comme un pays dont la stabilité permet d’intervenir dans les débats du monde, de donner son avis, et même de menacer de sanctions ceux qui ne se soumettrait pas à ses injonctions !

L’Amérique latine, elle, est une terre de coups d’État souvent perpétrés par des généraux, mais commandés en sous-main la plupart du temps par les États-Unis, le pouvoir de l’argent s’imposant contre des régimes politiques jugés non conformes au libéralisme en cours, comme au Chili en 74, mais plus proche aussi en 2002 au Venezuela, en 2007 au Honduras, en 2008 au Paraguay, en 2019 en Bolivie… La liste est longue.

Le général Jorge Videla et la junte militaire en juin 1978 en Argentine. (Gilbert Uzan/Gamma-Rapho via Getty Images)

Un appel à la sédition publié en France dans un important hebdomadaire ? L’Amérique latine progressiste est inquiète. Elle sait qu’un appel de ce type n’est pas anodin, d’autant que la réaction des pouvoirs publics, ou celle de la plupart des partis politiques, ne semble pas à la hauteur de la menace.

L’Amérique latine a du mal à comprendre que le pays dit « des droits de l’homme », actuellement sous une menace terroriste permanente de ceux qui veulent faire taire les valeurs de la République, soit aussi menacé de l’intérieur par des nostalgiques du pouvoir par les armes.

Car il est difficile de ne pas voir qu’avec cet appel, les signataires et ceux qui sont derrière testent la réponse de l’État. Or justement, côté État, la ministre des armées a mis du temps à réagir. Le ministre de l’Intérieur, jusqu’à preuve du contraire, n’a pas encore fait auditionner ces ex-policiers et ex-gendarmes, qui sont pourtant nombreux à avoir signé. On l’a connu plus téméraire, quand, sur des plateaux de télévision il est vrai, il reprochait à la candidate de l’extrême droite de manquer d’audace.

La timidité de la réponse tant du pouvoir et que du contre-pouvoir a de quoi inquiéter car ce n’est pas en feignant d’ignorer la menace qu’elle cessera d’exister. L’Amérique latine progressiste sait bien ce que sont ces régimes militaires qui censurent, emprisonnent et torturent au nom de l’honneur de la patrie et de la défense de la liberté contre le péril du socialisme. Ils le savent bien, ces Argentins, ces Chiliens, pour ne citer qu’eux, qui ont fui leur pays tout simplement parce qu’ils étaient communistes, tandis que ceux qui restaient étaient arrêtés, emprisonnés, assassinés.

Tout récemment encore, en 2019, un coup d‘État a eu lieu en Bolivie à la suite de l’élection gagnée par Evo Morales (voir mon article précédent). Et pourtant, lorsque le peuple a pu voter à nouveau, il a encore voté pour le parti d’Evo Morales (et élu Luis Arce). Aujourd’hui, celle qui avait incarné ce pouvoir EN conquis par les militaires et l’extrême droite est emprisonnée, mais des voix s’élèvent au parlement européen pour qu’elle soit libérée !

L’Amérique latine le sait : une démocratie ne devrait jamais prendre à la légère une volonté de soulèvement, un appel à la sédition, une tentative de coup d’État. C’est pourtant ce qui semble se passer actuellement en France. Alors une question se pose : qui a intérêt à ce que les protagonistes de cet appel ne soient pas inquiétés?

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