Chronique d'Evariste

2012, début d’une ère nouvelle : un vent se lève !

dimanche 15 avril 2012
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À la fin des années 1970, se mettent en place les politiques néolibérales qui engageront, entre autres, la déformation du partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires directs et socialisés et en faveur des profits. Les faiblesses du communisme soviétique ouvrent la voie à son implosion à la fin des années 1980. À partir de ce tournant, le capitalisme met le turbo en développant une nouvelle phase de son existence. En outre, les caractéristiques sont claires : harmonisation des systèmes de protection sociale et écologique par le bas, privatisation des profits et socialisation des pertes, nouvelle gouvernance mondiale et régionale, alliance nécessaire des néolibéraux avec les communautarismes et intégrismes ethniques et religieux pour détruire le principe de solidarité et d’égalité de la sphère de constitution des libertés (école, protection sociale, services publics) éradiquée par les néolibéraux pour le remplacer par la charité des communautarismes et intégrismes ethniques et religieux, austérité et recul des acquis de l’émancipation humaine.
Bien sûr, ces politiques néolibérales se développent, car la gauche tarde à penser cette nouvelle phase. Il faut attendre la fin des années 1990 en France, avec le lancement d’ATTAC par Ignacio Ramonet et Bernard Cassen du Monde diplomatique, pour voir développer un discours et une pensée sur cette nouvelle phase du capitalisme globalisé qui agit alors depuis près d’une vingtaine d’années dans le monde et depuis le tournant néolibéral de 1983 en France. Pire que cela, la gauche et y compris la gauche de gauche1 est influencée par l’hégémonie culturelle du nouveau cours de l’histoire. La chute du communisme soviétique entraîne la chute de la social-démocratie. En fait, la social-démocratie n’est qu’une des faces de la même pièce de monnaie dont le communisme soviétique fut l’autre face. Le partage des gains de productivité qui est à la base de la social-démocratie n’est plus possible depuis que les dirigeants du monde n’en ont plus besoin pour lutter contre l’attrait du communisme soviétique auprès de la classe populaire. La gauche de gouvernement devient alors social-libérale et professe un néolibéralisme en apparence plus « soft », mais tout aussi destructeur des acquis de l’émancipation humaine.

Mais les dégâts ne s’arrêtent pas là. La gauche de gauche est quant à elle largement infestée par l’idéologie communautariste, car elle développe l’idée que les ennemis (souvent en apparence) de mes ennemis sont mes amis. Pour cette frange politique, tout ce qui en apparence s’oppose à l’impérialisme étasunien devient un allié potentiel y compris l’obscurantisme et l’extrême droite islamistes. L’idéologie victimaire se développe alors et des circonstances atténuantes sont données aux crimes et délits s’ils sont perpétrés par des personnes appartenant à des ethnies ou des groupes religieux qui ont subi naguère le colonialisme. (Voir dans ce numéro l’article de Denise Mendez, militante altermondialiste spécialiste des gauches latino-américaines, qui fustige à juste titre des positions victimaires et antilaïques fortement minoritaires dans les milieux gauchistes, trotskistes franckistes et altermondialistes.)
Par ailleurs, cette gauche de gauche a été pendant longtemps très divisée en considérant souvent celui qui était le plus proche comme l’adversaire principal. « Last but not the least », cette gauche de gauche s’écartait des couches populaires majoritaires et recrutait alors de plus en plus dans les couches moyennes comme les sociaux-libéraux.

Quatre éléments ont modifié cette période sombre.

– D’abord, la sauvagerie néolibérale devient débridée. Le contrat de travail, déjà soumission du salarié à l’employeur, voit petit à petit s’accumuler les reculs des acquis sociaux, la souffrance au travail se développe avec la croissance du nombre de suicides, le chômage progresse plus vite que ce que disent les 20 heures de TF1 et de France 2, les déremboursements Sécu, les dépassements d’honoraires, la raréfaction de l’offre de soins ici et là, les refus de soins pour cause financière deviennent légion, l’école devient à plusieurs vitesses, les services publics sont démantelés, la politique sécuritaire est promue contre le droit à la sûreté, les inégalités sociales s’accroissent de façon exponentielle, la laïcité est bafouée par ceux qui estiment « le curé supérieur à l’instituteur » et qui souhaitent renforcer les dérogations aux principes émancipateurs (exemple le Concordat Alsace-Moselle), la justice est entravée, la souveraineté populaire malmenée, l’avenir énergétique obscurci par le refus de la transition énergétique et écologique, la démocratie confisquée par des structures d’experts nommés bourrées de conflits d’intérêts, etc.
– Puis, le mouvement social des retraites, bien qu’il n’ait pas abouti à bloquer la loi scélérate, a agi comme une pédagogie du rassemblement unitaire. L’intersyndicale unitaire a semé pour l’avenir. Le mouvement social a, par son rassemblement massif, tourné le dos aux chapelles sectaires et aux simplifications surplombantes pour engager une pédagogie de l’unité salariale.
– Enfin, le processus Mélenchon traduit dans le champ politique cette pédagogie du rassemblement unitaire autour du modèle politique de la République sociale et symbolise le chemin différent à prendre pour relancer le processus d’émancipation humaine.
– Petit à petit, aidés en cela par les différents acteurs de l’éducation populaire tournée vers l’action, les citoyens, les salariés, le peuple prennent goût à la force intrinsèque du vivre ensemble dans la lutte.
Petit à petit, ils prennent la mesure de la phase actuelle du turbocapitalisme et comprennent qu’il faut dépasser cette phase.
Petit à petit, le social-libéralisme est sur le « reculoir » (selon un terme rugbystique !), les citoyens, les salariés, le peuple redécouvrent les principes républicains et la nécessité d’en globaliser les combats sans en isoler un seul. Ils découvrent la nécessité d’effectuer les ruptures démocratique, sociale, laïque et écologique. Ils se détournent des organisations repliées sur leur nombril, sur leurs surplombances, sur leurs sectarismes. Et cerise sur le gâteau, la classe populaire (53 % de la population) formée par les ouvriers et les employés redécouvre le chemin d’une gauche de rupture qui rassemble. Il est probable que Jean-Luc Mélenchon aura le 22 avril prochain au moins 15 à 20 fois plus d’ouvriers et d’employés que Marie-Georges Buffet cinq ans plus tôt. Cette condition est décisive !
Petit à petit, les conditions de la transformation sociale et politique se mettent en mouvement.

Bien sûr, nous ne sommes pas encore au bout du chemin. Plusieurs conditions de la transformation sociale et politique ne sont toujours pas au rendez-vous. ReSPUBLICA reviendra ultérieurement sur ces manques. Il faudra encore de l’intelligence collective, de la sueur et du courage… Mais rappelons-nous, que de chemin parcouru depuis l’adresse de ReSPUBLICA à la constitution du Parti de gauche dans l’objectif du Front de Gauche ! En liaison avec le Réseau Éducation populaire (REP, 160 initiatives par an), nous formons un beau duo pour apporter notre pierre à la construction du chemin de la transformation sociale et politique.

  1. Nous employons là le terme de « gauche de gauche » forgé par Bourdieu et non l’avatar « gauche de la gauche » qui dénature la force de ce concept. []
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