A quoi servent les COP ? Les "Conférences des parties" 14, 27 et 15 de 2022 sur les questions climatiques et écologiques

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Les COP (Conférence des parties) se suivent et se ressemblent. Elles réunissent des délégations de la quasi-totalité des pays de la planète Terre, des milliers de représentants d’ONG y participent soit directement soit en « annexe », de très nombreux chefs d’État ou de gouvernement viennent y faire des discours et des promesses, puis il ne se passe pas grand-chose. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à croître allègrement chaque année, la biodiversité continue de s’effondrer, les zones humides se réduisent sous la pression de l’activisme humain et l’on recommence l’année suivante.

Trois COP se sont tenues ou vont se tenir en cette fin d’année 2022 :

  • la COP 14 à la conférence de Ramsar[1] sur la protection des zones humides du 5 au 13 novembre à Wuhan en Chine et à Genève en Suisse par visioconférence ;
  • la COP 27 sur le climat à Charm El-Cheikh en Égypte du 7 au 18 novembre ;
  • la COP 15 sur la biodiversité qui doit s’ouvrir le 7 décembre à Montréal au Canada.

A ces conférences il faut ajouter la réunion du G20 (les 20 pays aux économies les plus puissantes) organisée à Bali en Indonésie les 7 et 8 novembre, qui a traité du climat. Toutes ces rencontres ont pourtant un rôle essentiel malgré leurs limites, elles permettent à l’ensemble des États du monde de dialoguer un minimum sur l’avenir de l’humanité sur notre seule planète. Alors, examinons les travaux ou objectifs de ces réunions dans l’ordre chronologique.

La COP 14 Zones humides

Cette COP a été peu médiatisée. Pourtant les zones humides sont des écosystèmes complexes abritant de nombreuses espèces animales et végétales, elles sont parmi les écosystèmes les plus riches de la planète. Elles sont indispensables aux oiseaux migrateurs, car elles constituent des étapes de repos et de ravitaillement dans leurs longs périples. Leur disparition est en conséquence une des causes essentielles de la disparition de nombreuses espèces du vivant.

Le manque d’eau douce, avec le développement des périodes de sécheresse et de canicules va devenir un problème majeur pour toute l’humanité. Tous les pays y seront confrontés, y compris un pays comme la France pourtant en zone tempérée.

Les zones humides jouent également un rôle primordial dans la régulation de la ressource en eau, l’épuration et la prévention des crues et dans les périodes de sécheresse. Or le manque d’eau douce, avec le développement des périodes de sécheresse et de canicules va devenir un problème majeur pour toute l’humanité. Tous les pays y seront confrontés, y compris un pays comme la France pourtant en zone tempérée. Le manque d’eau et les restrictions qui s’en sont suivies cet été dans de nombreux départements nous le démontrent à l’évidence. Beaucoup de fleuves et rivières prennent leur source dans des zones humides comme c’est le cas au plateau de Millevaches dans le Limousin (la Vézère, la Corrèze, la Vienne, la Creuse, le Taurion).

La déclaration adoptée par la COP précise que « l’étendue des zones humides naturelles a diminué de 35 % » au niveau mondial depuis l’adoption de la convention de Ramser il y a 51 ans, « entraînant une perte d’écosystèmes irremplaçables et de leurs fonctions et services qui touchent tous les individus et toutes les communautés ».

La Chine qui préside la réunion a fait adopter une déclaration de Wuhan, consultable sur le site du ministère de l’Écologie[2]. Cette déclaration réaffirme qu’il est urgent pour les parties contractantes de mettre en œuvre la Convention et toutes les actions nécessaires, à tous niveaux, pour la préservation et la restauration des zones humides. Elle formule l’intention commune de renforcer la volonté et l’action pratique et notamment :

  • d’agir pour les zones humides pour affronter les nombreux défis actuels, notamment pour atténuer les changements climatiques, s’adapter à leurs effets et réduire les risques de catastrophe, pour préserver la ressource en eau, et pour soutenir les nombreuses espèces qui dépendent de ces milieux ;
  • d’intégrer les actions pour les zones humides dans les politiques nationales ;
  • de soutenir la participation et une large mobilisation multi acteurs qui est d’importance critique pour la mise en œuvre de la Convention.

Cependant la déclaration, n’étant pas issue d’une négociation, n’est pas contraignante juridiquement.

La COP 27 sur le climat

C’est la plus médiatisée et la plus ancienne des COP. Les rapports du GIEC (Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) font régulièrement le point sur l’évolution des changements climatiques dus à l’action humaine et leurs conséquences prévisibles et nous les avons déjà analysées (https://www.gaucherepublicaine.org/a-la-une/sixieme-rapport-du-giec-resume-pour-les-decideurs-une-occultation-problematique-1-2/7431301 ; https://www.gaucherepublicaine.org/respublica-combats/respublica-combat-ecologique/sixieme-rapport-du-giec-resume-pour-les-decideurs-une-occultation-problematique-2-2/7431339). La COP 21, tenue à Paris en 2015 avait fixé l’objectif de maintenir l’augmentation de la température moyenne sur la planète en dessous de plus 2 ° Celsius et si possible en dessous de plus 1,5 °C par rapport à la période très industrielle, soit 1850. Nous en sommes à plus 1,2 °C et d’après l’Organisation météorologique mondiale, la période 2015 à 2022 est la plus chaude jamais enregistrée.

Selon les experts de l’ONU, les émissions mondiales doivent baisser de 45 % d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2010, pour tenir l’objectif de la COP 21. Mais les engagements actuels mèneraient au contraire à une augmentation de 10,6 % des émissions sur cette période.

Les objectifs de la COP 21 semblent aujourd’hui inatteignables à la plupart des climatologues. D’après deux rapports publiés par l’ONU mercredi 26 et jeudi 27 octobre, le monde va vers une augmentation « catastrophique » de 2,5 °C et certainement plus, car le réchauffement s’accélère compte tenu du fait que les dérèglements augmentent en même temps que la température et font « boule de neige ». En France la température moyenne a augmenté de 1,7 °C durant cette même période et pourrait atteindre plus 3,8 °C si les émissions de gaz à effet de serre restent au même niveau qu’actuellement au plan mondial. Selon les experts de l’ONU, les émissions mondiales doivent baisser de 45 % d’ici 2030, par rapport aux niveaux de 2010, pour tenir l’objectif de la COP 21. Mais selon la dernière synthèse des contributions déterminées au niveau national (en clair, les engagements des États), les engagements actuels mèneraient au contraire à une augmentation de 10,6 % des émissions sur cette période.

Lors de la dernière COP 26 en 2021 à Glasgow, les signataires de l’accord s’étaient engagés à réviser annuellement — au lieu de tous les cinq ans — leurs engagements en matière de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Ces émissions avaient diminué d’environ 5 % durant la période de confinement mondial en 2020 pendant la crise de la Covid-19; elles ont à nouveau augmenté en 2021 et dépassé le niveau de 2019, dernière année de pleine activité avant la Covid. Les émissions de C02, principal gaz à effet de serre, mais pas le seul, ont augmenté de 0,4 % par rapport à 2019, sans compter les changements d’affectation des sols et la déforestation. Ainsi les émissions mondiales de CO2 liées à la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui représentent encore 81 % de l’énergie utilisée, devraient augmenter de 1 % environ d’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Dans ce contexte, les enjeux de la COP 27 étaient de vérifier si les États étaient prêts à tenir leurs engagements, tant sur la réduction des gaz à effet de serre que les engagements financiers des pays du Nord, les pollueurs historiques, vis-à-vis de ceux du Sud qui subissent les conséquences les plus graves du réchauffement climatique, envers les pays en développement. En 2009, à la COP 15 à Copenhague (Danemark), les pays riches avaient accepté de consacrer annuellement 100 milliards de dollars américains de 2020 à 2100 aux pays en développement. Cette somme n’a jusqu’à aujourd’hui jamais été atteinte ; en 2020 elle était de 83 milliards. Quant aux gaz à effet de serre, l’engagement des États d’augmenter les ambitions de réduction de leurs émissions chaque année afin d’arriver à la neutralité carbone autour de 2050 (certains États se sont fixé des dates ultérieures) a bien des difficultés pour être tenu. Les propositions arrivent avec retard et dans les faits ne sont jamais tenues, comme le démontre l’augmentation des émissions de CO2.

La COP 27 qui a réuni les représentants de 197 pays, des centaines d’ONG et plus de 33 000 personnes, s’est conclue par… pas grand-chose. Elle a adopté deux textes.

La déclaration finale rappelle l’objectif de 1,5 °C d’augmentation de la température moyenne du globe à la fin du siècle, objectif que tout le monde sait aujourd’hui inatteignable. Si les engagements actuellement déposés auprès de l’ONU par les États étaient respectés, ce qui n’est pas le cas, la trajectoire est une augmentation des températures de 2,4 °C pour la fin du siècle. Hélas, nous pouvons parier sans crainte d’erreur que ce sera sans doute plus. Cette déclaration ne représente aucune avancée sur la sortie des énergies fossiles, seule est mentionnée la nécessité de sortir du charbon, déjà adoptée à Glasgow l’an dernier. « Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant, et c’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu », a déclaré Antonio Guterres, fidèle à lui-même.

Le deuxième texte est une résolution qui porte sur la création d’un fonds spécifique dédié aux pays les plus vulnérables (pertes et dommages), alimenté par les pays riches et les pays les plus pollueurs, dont on ne connaît ni le fonctionnement, ni qui l’alimentera réellement, la liste des contributeurs devant être établie avant la COP 28.

Pas de grande surprise, c’est comme cela depuis vingt-six COP, pourquoi changer ? Chaque fois les ONG sont déçues, mais reviennent à la COP suivante avec l’espoir de faire bouger les choses. La prochaine COP l’an prochain aura lieu à Dubaï, aux Émirats arabes unis, un des pays qui émet le plus de CO2 par habitant !

La COP 15 Biodiversité

Elle doit se réunir à partir du 7 décembre à Montréal au Canada sous présidence chinoise. Le changement climatique et la perte de biodiversité sont intrinsèquement liés. Pourtant la biodiversité n’a été abordée qu’avec retard par rapport au climat. La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) n’a été créée qu’en 2012. L’enjeu de la conférence est de parvenir à un cadre global d’engagement des États du type de celui de la COP 21 de Paris sur le climat. Les travaux préparatoires laissent entrevoir que ce sera difficile, car les États sont en fait insuffisamment mobilisés sur cette question. Aucun chef d’État — contrairement à la COP 27 où 120 d’entre eux étaient présents à l’ouverture — ne prévoit de se rendre à Montréal à cette occasion.

Le G 20

Les membres du G 20, qui représentent 80 % des rejets des émissions de CO2 dans le monde, sont convenus le 16 novembre de poursuivre leurs efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C, notamment en accélérant la réduction progressive de l’utilisation du charbon, l’énergie la plus polluante (mais pas du pétrole et du gaz !). Est-ce vraiment une bonne nouvelle ? « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », comme aurait dit un célèbre politicien du siècle dernier, d’origine corse.

Morale de l’histoire, à quoi servent toutes ces COP ?

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déclaré en ouverture de la COP 27 : « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif. C’est le combat de notre vie et nous sommes en train de le perdre », propos encourageants, comme ceux de Greta Thumberg. Depuis des années il ne cesse par des formules chocs d’alerter sur l’urgence d’agir : « L’alerte rouge pour l’humanité », la « course contre la montre que nous sommes en train de perdre », le « carnage climatique » en référence aux inondations au Pakistan cet été, « Il faut le dire franchement, nous allons vers la catastrophe », « C’est suicidaire. Il faut inverser la tendance, sans quoi nous ne pourrons plus garder un monde vivable. La responsabilité incombe aux pays du G20, responsables de 80 % des émissions ». Ce n’est qu’un échantillon. Mais ces déclarations sont de peu d’effet auprès des chefs d’État et de gouvernement ou sur les négociations entre États lors des COP ou des réunions préparatoires.

Nous pouvons nous demander si ces cris d’alarme ne sont pas un aveu de faiblesse, celle de ne pas pouvoir peser réellement sur les négociations. L’ONU offre un cadre de négociation, d’études et de publication de rapports. Elle a donc un rôle essentiel pour permettre aux États de se rencontrer, de discuter et négocier et de fournir l’état des lieux. Mais en dernier ressort ce sont les États qui décident. De plus les « décisions » des COP sont prises au consensus, c’est donc souvent le plus petit dénominateur possible qui ressort des travaux, et les décisions ne sont pas obligatoires, elles n’ont pas de portée juridique. Pour autant ces réunions sont indispensables en particulier sur les questions climatiques et écologiques, car les solutions sont mondiales, même si chaque pays a ses propres responsabilités.

La coopération et la solidarité entre États sur ces sujets sont la seule possibilité pour avancer. Cependant les obstacles à surmonter ne relèvent pas de la morale et de l’indignation, les intérêts immédiats prévalent sur le long terme.

La coopération et la solidarité entre États sur ces sujets sont la seule possibilité pour avancer. Cependant les obstacles à surmonter ne relèvent pas de la morale et de l’indignation, les intérêts immédiats prévalent sur le long terme. Les intérêts des multinationales qui visent le profit immédiat sont contradictoires avec une vision de long terme ; les mesures prises par un pays profitent à tous, cela favorise les pratiques de « passager clandestin » et le pays « vertueux » risque de pâtir de ses propres décisions à court terme ; la lutte contre le réchauffement climatique demande des investissements considérables dont les effets sont aussi à long ou moyen terme et bénéficieront aux générations futures — qui ne votent pas —, or ce sont les générations présentes qui financent et votent.

Peu de politiques et de gouvernements sont assez courageux pour investir sur l’avenir, ce n’est pas un hasard si les pays les plus allants sont ceux qui sont aujourd’hui les plus touchés par les conséquences du dérèglement climatique ; le fait que les pays n’aient pas la même responsabilité historique dans les émissions ne favorise pas les négociations : les pays les moins développés représentent 14 % de la population mondiale, mais ne contribuent que pour 4 % aux émissions, et ce sont souvent les plus touchés pas les conséquences. De plus, les pays ne sont pas également touchés par le réchauffement climatique et son impact sur l’activité économique n’est pas le même, selon que l’on a des moyens pour s’adapter ou pas.

La question des inégalités entre pays et à l’intérieur des pays, liée à un système économique prédateur, est peu présente dans les discussions, elle est pourtant essentielle.

Ainsi, la multiplication des COP selon les sujets segmente les négociations alors que le problème est global. Cette segmentation est une façon de travailler qui permet de mieux cerner la question, mais elle ne favorise pas les décisions en vue de solutions. La question des inégalités entre pays et à l’intérieur des pays, liée à un système économique prédateur, est peu présente dans les discussions, elle est pourtant essentielle. Les résorber et instaurer la justice sociale sont sans doute les premières mesures écologiques à prendre pour pouvoir lutter efficacement contre le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources.

Enfin, comment obtenir une coopération et des solidarités entre États alors que la guerre sévit partout dans le monde et que rien n’est plus destructeur pour le climat que le gaspillage des ressources que la guerre produit ?


[1]Adoptée en 1971 et entrée en vigueur en 1975, la Convention de Ramsar (Iran) sur les milieux humides regroupe aujourd’hui 172 pays. Elle engage les États membres à la conservation et à l’utilisation durable de leurs milieux humides, et prévoit la création d’un réseau mondial de zones humides d’importance internationale : les sites Ramsar.

[2] https://www.ramsar.org/sites/default/files/documents/library/wuhan_declaration_final_f.pdf)